Le temps n’est pas si éloigné (1997-2001) où nombre de nos décideurs économiques, analystes, journalistes
mais aussi responsable politiques criaient à la "PENURIE DE QUALIFICATIONS" et
à la "SURENCHERE SALARIALE" dans notre secteur IT, réclamaient
la création massive de nouvelles filières de formation d’informaticiens (voir
cette page : Accroître
le nombre de professionnels des technologies de l’information) mais aussi
l’ouverture des frontières à une immigration qualifiée…etc
Voir cet article
LMI de fév.2000 et celui-ci
de 01informatique de nov.2000
Puis la demande de prestations IT s’est fortement ralentie à
partir de la mi-2001…
Si notre marché du travail s’est inversé, à son tour, aussi rapidement et avec une telle ampleur, c’est peut-être aussi parce que la
"pénurie globale" d’informaticiens était
davantage un mythe qu’une réalité !
Etonnant tout de même de passer en si peu de temps d’une "pénurie"
d’informaticiens…à un tel
sureffectif d’informaticiens !!?
La vérité est qu’il n’y a jamais eu de "pénurie
globale d’informaticiens" mais toujours un minimum de 15 000 (années 1999-2000) à 23 000 (fin 2001) informaticiens
au chômage pendant ces années fastes de (quasi) plein-emploi.
(et même 6000 à 7000 de plus en prenant en compte les techniciens en informatique : voir ce tableau de statistiques sur 1999-2002 sources ANPE)
On pourrait parler de chômage tournant si cela n’avait concerné
que les jeunes cadres informaticiens, mais tel n’a pas été le cas
: en effet, parmi ces chômeurs de l’informatique, on trouvait surtout
des seniors comme des techniciens débutants (ETAM)…
Il est clair en effet que les informaticiens les plus âgés et les moins diplômés ne
se sont pas toujours sentis à leur avantage pendant cette période :
Le "jeunisme" dans l’informatique et plus précisément dans
les SSII (moyenne d’âge : 36 ans) est un
problème majeur pour les informaticiens de plus de 40 ans…
Quant au diplôme, de nombreuses SSII et DSI ne regardent pas en dessous de Bac+4, et c’était déjà le cas à cette période
(une bonne partie d’entre elles ne recrutent même que des diplômés d’écoles d’ingénieurs en informatique)
En réalité, la "pénurie" d’informaticiens a été surtout ressentie du fait du fonctionnement même des
SSII consistant à déposer une annonce à chaque appel d’offre
reçu de la part d’un client qui lui-même s’adresse à un nombre
important de SSII… mais au final, il n’y a qu’un poste à pourvoir !
En effet, la plupart du temps, les besoins sont immédiats et le recrutement doit se faire rapidement.
Dès lors que le "mouton a 5 pattes" ou "multi-spécialiste" n’est pas trouvé dans les délais escomptés (c’est-à-dire le plus souvent pendant l’appel d’offre du client), le recrutement sera abandonné (comme c’est le cas bien plus souvent dans les SSII par rapport à l’ensemble des sociétés)…et certaines SSII estimeront alors bien entendu le marché en situation de pénurie de compétences voire carrément d’informaticiens !
Voici un certain nombre d’autres éléments attestant du…mythe de la "pénurie globale d’informaticiens" :
Le Syntec évoquait une "pénurie" de l’ordre de 30 000 informaticiens professionnels…soit environ 5% d’un marché qui en compte 550 000 : un pourcentage tout de même peu significatif !
Voici un extrait d’une lettre
reçue de la part du rapporteur du groupe "besoin en spécialistes"
du CSTI (Conseil stratégique des technologies de l’information)
en juin 2001 : "…comme vous, à côté
des indicateurs objectifs de tension sur le marché (en particulier dans
les tableaux de bord de l’APEC), j’ai relevé de nombreux indices opposés
: un taux de chômage important, des salaires peu supérieurs à
ceux d’autres cadres, la fin des recrutements exceptionnels pour le passage à
l’an 2000 puis à l’euro, un tassement prévisible à moyen
terme des besoins des entreprises utilisatrices, etc."
Le baromètre hebdomadaire des offres et des demandes d’emplois
publié par l’APEC stagnait autour d’un rapport moyen de l’ordre de
8 demandes pour 1 offre d’emploi dans l’informatique de gestion.
Certains grand comptes, membres du CIGREF, reprochaient publiquement aux SSII
de créer une pénurie artificielle pour mieux renchérir leurs
factures, en pratiquant notamment le "cherry picking", une technique
commerciale qui consiste grossièrement à donner la priorité
aux contrats à forte marge, au détriment de la fidélisation
de clientèle (voir cet article Courrier Cadres (APEC) n°1266, 11 septembre
1998)
Extrait d’un article de 01informatique de nov.2000 : Comment
pallier la pénurie d’informaticiens ?
"Face à ces revendications, Stéphane Amiot, directeur exécutif
de la division informatique de Michael Page a formulé une contre-proposition
: " Vous critiquez la sélection des DESS. Mais en tant que chasseur
de têtes, je vois que sur huit CV proposés, vous n’acceptez de rencontrer
que deux candidats. Je vous demande donc officiellement d’être moins sélectifs.
""
De surcroît, des études (de
l’APEC notamment) ont bien montré qu’il n’y a jamais eu de forte surchauffe
salariale globale dans l’informatique ces dernières années et que les salaires
des cadres informaticiens sont restés équivalents voire parfois même inférieurs
à ceux de leurs homologues cadres (étonnant dans un contexte de prétendue «
pénurie d’informaticiens »…), il n’y a eu d’importantes hausses que pour des profils minoritaires…
Nous pouvons dire à présent que la situation nous a été, certes, globalement
favorable pendant ces quelques années (1998-2001) mais nous disons simplement
qu’en réalité ce marché du travail était alors pour une fois GLOBALEMENT EQUILIBRE
(et nos nombreux entretiens ne finissaient pas tous par un contrat, loin de là
!!) ce qui se traduit par "pénurie d’informaticiens" pour d’autres
: on assistait alors à rien d’autre qu’à la « vive frustration » de
nombre de nos recruteurs qui ne pouvaient profiter à ce moment-là de la «
grande flexibilité habituelle » sur leurs recrutements…
Bien que le secteur a connu pendant ces quelques années une situation
de (quasi) plein-emploi, il n’y a jamais eu de véritable "pénurie globale"
d’informaticiens dans le sens où les offres d’emplois auraient été nettement
supérieures aux demandes (ceci il est vrai grâce aux embauches de scientifiques
reconvertis à l’informatique).
Mais force est de constater que cette situation exceptionnelle de (quasi) plein-emploi,
correspondant à un marché du travail équilibré, n’a
pas été du tout du goût d’une grande partie du monde patronal…ce
qui est pour le moins inquiétant !
Il suffit de se rappeler les pressions constantes et les discours habituels auprès
des pouvoirs publics et des média par le Syntec, le Medef et d’autres
grands patrons pour la création massive de nouvelles filières de formation d’informaticiens
mais aussi l’ouverture des frontières à une immigration qualifiée…
Bien que, fort heureusement, ces revendications de nos décideurs pour une plus
grande flexibilité (à leur avantage) du marché du travail informatique
furent peu écoutées, nous payons tout de même aujourd’hui
en partie les pots cassés de leurs piètres calculs et prévisions…et
de leurs "frustrations" !
Mais ne soyons pas trop "rancuniers" : finalement celui-ci a manqué
de peu d’être bien plus "dilué" que ce qu’il est à l’heure
actuelle !!!
DES ARTICLES DE PRESSE "DISSIDENTS" POUR L’EPOQUE…
Les informaticiens jetables (Marianne, 02/03/1998)
La pénurie d’informaticiens, une escroquerie ? (01 Informatique, le 01/03/2002)
Que cache le discours sur la pénurie d’informaticiens ? (Ugict CGT fin 2001)
Fuite des cerveaux (et pénuries de main d’oeuvre) : halte aux manips ! (Le Nouvel Observateur, août 2001)
La pénurie d’informaticiens…mais quelle pénurie ? (01 Informatique, le 15/06/2001)
Une pénurie d’informaticiens surestimée (Informatiques Magazine, 25 mai 2001)
Le paradoxe des laissés-pour-compte de la pénurie (01 Informatique, le 20/04/2001)
Pénurie d’informaticiens ? Cherchez l’erreur… (01 Informatique, le 16/03/2001)
Communiqué de la place de marché HitechPro (mars 2001)
La vraie-fausse pénurie d’informaticiens (Entreprise & carrieres, 2001)
Une pénurie d`informaticiens moins grave que prévue (01 Informatique, le 10/11/2000)






















