BILAN 2008 :
1. Les recrutements de cadres dans la fonction Informatique ont diminué de 24%, le nombre d’embauches s’est ainsi établi à 28 500.
Selon l’Apec, ce ralentissement est lié au fait que de nombreuses entreprises ont mis en « stand by » certains projets informatiques, dès que les effets de la crise se sont fait sentir.
Rappelons que dans le panel de l’année précédente (voir : [Apec] Panel entreprises 2008 (données sur l’emploi cadre, secteur SSII-Editeurs)), l’Apec prévoyait entre 36 000 et 40 000 recrutements pour 2008, l’erreur d’appréciation s’élève donc à
environ 25 % !!
Le dernier trimestre 2008, où la crise a commencé à faire ses effets, a-t-il été à ce point catastrophique dans notre secteur pour avoir entrainé à lui seul une telle erreur de projection sur l’ensemble de l’année ? Peu crédible !
Toujours plus haut, toujours plus fort (mais nous sommes désormais habitués
), le Syntec Informatique nous annonçait quant à lui, lors de sa conférence annuelle du 05 novembre 2008 (cela fait seulement 3 mois
), 40 000 à 45 000 recrutements rien que pour les services informatiques en 2008 !! (voir page 40 de cette présentation)
Cette forte baisse des recrutements est à rapprocher de la hausse du chômage des informaticiens en 2008.
2. Parallèlement, l’Apec nous annonce que les offres d’emploi (Apec) pour cadres dans l’informatique ont, elles, augmentées de 21% en 2008 pour atteindre le niveau RECORD de 92 112 !!!
Non seulement cette hausse des offres d’emploi est pour le moins incongrue par rapport à la baisse des recrutements sur la même période, mais nous constatons de surcroît que l’Apec se distingue des autres grands canaux de recrutements (Anpe, Les Jeudis
etc) qui ont connus eux plus logiquement une (légère) baisse de leurs volumes d’offres d’emploi en informatique au cours de l’année passée.
Voir à ce sujet nos tableaux de compilation OFFRES D’EMPLOI et PRESTATIONS en INFORMATIQUE dans notre dossier Chiffres de l’emploi en informatique.
Le site de l’Apec "deviendrait-il" le jobboard-leader des offres d’emploi « fictives » (non suivies d’un recrutement) en informatique ?
Cela semble bel et bien le cas !
Rappelons que le dépôt d’offres d’emploi y est gratuit tout comme à l’Anpe
Ces dernières années, des études
de l’Apec ont analysé cette singularité de notre marché du travail en ce qui concerne le décalage entre les offres d’emploi et les recrutements :
Informatique : beaucoup d’offres mais un faible taux de recrutements (étude Apec)
SSII, le trompe l’oeil de "l’effet pénurie" (étude Apec)
Conclusions : seule 1 offre d’emploi en informatique sur 2 débouche réellement sur une embauche, la part des recrutements abandonnés en cours de procédure est deux fois plus élevée dans l’informatique que tous secteurs confondus.
Principales explications : stockage de candidatures (pour de futures missions), offres fictives utilisées à des fins commerciales (porteuses de bonne image pour la société), offres diffusées dans la perspective d’un contrat de prestation ou en réponse à un appel d’offres (puis recrutements annulés en raison de la non-conclusion du contrat commercial et par les prestataires non retenus dans l’appel d’offres), « espionnage économique » par des commerciaux
et bien entendu la forte « spécialisation » des offres en elle-même (recherche de moutons à cinq pattes ou de profils très spécialisés
difficiles à trouver), autant d’offres d’emploi qui ne déboucheront pas sur un recrutement immédiat !
3. Gardons le meilleur pour la fin : selon l’Apec, le secteur a créé
SEULEMENT 700 nouveaux emplois cadres en 2008 !!
(page 66 de l’étude complète)
Soit un tout petit +0.3% par rapport à 2007
contre +1.6% en moyenne tous secteurs confondus (cf. page 7 de l’étude complète) !! Il y a donc eu proportionnellement 5 fois moins de créations de postes de cadres dans l’informatique que tous secteurs confondus !! 700 créations de postes pour 28 500 recrutements : vous avez dit "turnover"
ou "intérim déguisé" ?
Sachant que le chiffre de l’Apec ne concerne que les cadres, et qu’il y a 75% de recrutements au niveau cadre dans notre secteur pour 25% au niveau technicien supérieur (TS), le nombre total de créations d’emplois nettes (cadres + TS) n’a donc logiquement pas dépassé le MILLIER de nouveaux emplois.
Ce chiffre est en contradiction flagrante avec celui du Syntec informatique qui parle de 15 000 à 20 000 créations nettes de postes chaque année depuis 5 ans.
Une question se pose cependant : qui a raison à travers ces "deux extrêmes", l’Apec ou le Syntec Informatique ? La source la plus fiable demeure celle des Assedic dont nous ne connaitrons les chiffres 2008
qu’au mois d’août 2009.
Un autre chiffre, qui nous vient de l’Urssaf, nous invite d’ailleurs à nuancer celui de l’Apec : selon les chiffres de l’Urssaf pour l’Ile-de-France, il y avait fin 2008 180.000 salariés répertoriés dans les activités informatiques en région parisienne, soit une hausse de 4% par rapport à fin 2007. Ce qui représente environ 7000 créations de postes sur l’année 2008 pour la région IDF. Par extrapolation (l’IDF représente 60% de l’emploi IT en France), on arrive à environ 12 000 créations nettes sur toute la France.
Nous sommes habitués à une certaine « démesure » des chiffres de l’emploi dans le secteur des services informatiques, mais c’est bien la première fois qu’on assiste à un tel DÉRAPAGE entre la « fiction et la réalité »
OR, une évaluation faussée de notre marché du travail (basée uniquement sur les volumes d’offres d’emploi et de recrutements bruts ainsi que sur les prétendues "difficultés de recrutement" annoncées par nos employeurs
au lieu des créations d’emploi nettes et du taux de chômage sectoriel) peut avoir des conséquences néfastes en termes de politiques publiques, de décisions économiques/syndicales et de choix de carrière pour les étudiants : flexibilité accrue sur le marché du travail, offshore mieux légitimé (notamment auprès des pouvoirs publics et par l’administration), immigration économique injustifiée (c’est précisément sur les volumes d’offres d’emplois et de recrutements que s’est basé le gouvernement pour établir en 2008 les listes de "métiers en tension" ouverts à l’immigration économique avec en premier lieu les métiers de l’informatique), abus de financements publics (ex. formations financées par les Assedic pour le compte de SSII), multiplication des filières de formation en informatique (avec risque consécutif d’excédent de main d’oeuvre sur le marché du travail, ex : années 2001-2004)
PERSPECTIVES 2009
Selon l’Apec, la fonction Informatique devrait faire de la résistance (tout comme la R&D) :
« Après une année 2008 mitigée, le volume des embauches de cadres informaticiens pourrait avoisiner les 30 000, traduisant là aussi les efforts d’investissement des entreprises. Au total, la progression pourrait être comprise entre +6% (28 000) et +15% (30 500).
On constate qu’en 2002 et 2003, dernière période de retournement du marché de l’emploi, il y avait eu un effondrement des recrutements de cadres dans cette fonction, ce qui ne devrait pas être le cas en 2009.
Enfin, sur le plan sectoriel, les « Etudes techniques Ingénierie » et les « Activités informatiques » devraient se maintenir également, constituant un socle solide à une future sortie de crise. »
« La fonction informatique résiste également, avec 28 000 embauches envisagées. Il y aura des opportunités pour les informaticiens dans les SSII
» observe Jacky Chatelain, directeur général de l’Apec.
MIRACLE il y aura des opportunités dans les SSII
nous sommes sauvés ! MERCI de nous rassurer de la sorte M. le Directeur de l’Apec
Plus sérieusement : étonnantes prévisions que celles-ci alors que les effets de la crise économique sur le secteur IT sont désormais reconnus
y compris par l’Apec dans le bilan 2008 !
Personne d’autre, en tout cas, n’estime que le marché va se redresser en 2009
bien au contraire.
Nous aimerions partager avec l’Apec (mais aussi le Syntec) ce relatif optimisme mais nous ne voyons, hélas, aucune raison de penser que la situation en 2009 sera meilleure qu’en 2008
bien au contraire puisque notre secteur réagit traditionnellement aux crises avec un certain retard, et que l’issue de la présente crise est sans cesse repoussée.
Ceci nous donne l’occasion de rappeler une chose : les informaticiens, et plus généralement les salariés, préfèrent mille fois l’objectivité à la méthode Coué (il est toujours préférable de savoir à quoi s’en tenir
), qu’on se le dise !
Entre l’optimisme irrationnel et le pessimisme viscéral, il y a tout de même une place pour le réalisme !
Puissent l’Apec et le Syntec nous donner tort, mais il faudra déjà faire beaucoup mieux qu’en 2008 en terme de prévisions
REVUE DE PRESSE :
Pas de catastrophe en 2009 pour les cadres informaticiens (01net)
Commentaire intéressant de M. Pierre Lamblin, de l’Apec :
« Il faut mettre un bémol à ces chiffres : ces huit dernières années, quelle que soit la conjoncture, bonne ou mauvaise, nous avons observé que les entreprises, utilisatrices ou SSII, ont toujours pêché par optimisme. Dans la pratique, elles risquent de ne pas réaliser ces prévisions. C’est structurel. Toutefois, près de 30 000 embauches, souligne-t-il, restent un volume important, même si on est loin des années glorieuses. »
L’emploi cadre s’effrite, mais ne s’effondre pas (01informatique)
Cadres informatiques : chute des recrutements en 2008, flou pour 2009 (LeMagIT)
Emplois IT 2009 : l’arbre du recrutement cache-t-il une forêt de licenciements ? (JDNet)
Bilan MUNCI succinct de l’emploi informatique en 2008 (Programmez)
Bilan MUNCI succinct de l’emploi informatique en 2008 (Solutions-logicielles)
Bilan succinct de l’emploi informatique en 2008 (Artesi Idf)























