Assises du numérique 2009 : le rassemblement très sélect de la « France numérique d’en haut »…
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Mot(s)-clé(s) : Economie numérique
Publié le 1er octobre 2009, mis à jour le 9 octobre 2009
Site web des Assises du Numérique 2009
Le Munci dénonce le côté élitiste et faussement représentatif de cet évènement, les représentants des utilisateurs et, surtout, des (véritables) « forces vives » de l’économie numérique étant largement sous-représentés (voire non-invités) à la différence des responsables publics, grandes entreprises et lobbies patronaux du secteur des TIC.
On note d’ailleurs la forte croissance du nombre de ces derniers depuis plusieurs années… tout en regrettant qu’une telle croissance ne profite pas plutôt à l’économique numérique elle-même !
Au-delà de cet aspect, nous restons attentifs aux progrès réellement accomplis depuis l’annonce des 154 actions du plan France-Numérique 2012 lancé il y a 12 mois (le moins que l’on puisse dire est que ces "actions" n’ont pas vraiment profité à l’emploi IT jusqu’ici avec une hausse de +45% du nombre d’informaticiens au chômage en un an)…
Enfin, c’est l’occasion pour le Munci de rappeler nos premières propositions en rapport avec le secteur du logiciel et la société de l’information.
1. Représentation des acteurs de l’économique numérique : peut mieux faire !
Rappelez-vous, c’était le 29 mai 2008 à Paris-Dauphine, jour du lancement des Assises du numérique sous la présidence d’Eric Besson, alors Secrétaire d’État au Développement de l’économie numérique : à la différence d’aujourd’hui, c’est-à-dire sous la présidence de Nathalie Kosciusko-Morizet, l’entrée était libre.
Un signe d’ouverture qui, néanmoins, n’avait pas caché une réalité plus contestable, à savoir celle de la représentation des intervenants :
50% de représentants politiques ou d’organismes d’Etat
20% de représentants des lobbies patronaux
10% de grands groupes français (Sfr, Orange, Casino, Bull, Iliad)
10% de grands groupes étrangers (Microsoft, Ibm, HP, Intel, Ericsson)
… les représentants des grands groupes étant pour la plupart les… sponsors de l’évènement !
A côté de tout ce beau monde :
… 10% de miettes pour les représentations d’associations et petites entreprises,
…aucun éditeur de logiciel français sinon un seul représentant de start-up française,
…aucune organisation de professionnels des TIC (hors organisations patronales, c’est-à-dire exclusivement représentatives de personnes morales) et utilisateurs, à l’exception des représentants du logiciel libre !
Avec les Assises du Numérique 2009, on prend (quasiment) les mêmes et on recommence :
Responsables politiques et organisme (para)publics : 45%
Syndicats et clubs patronaux : 25%
Grandes entreprises françaises : 12% (en incluant l’entreprise « franco-indienne » Cap Gemini…)
Grandes entreprises étrangères : 8% (Hp, Intel, Lg, Toshiba)
… et en marge des « grands » :
PME hi-tech françaises : 4%
Associations non patronales (…) : 6% (Quadrature du Net, Cercle des économistes, Acidd)
Par conséquent :
Toujours aussi peu d’intervenants dans le secteur du logiciel et plus généralement de l’innovation hi-tech en France
Aucune organisation représentative de personnes physiques (professionnels ou utilisateurs des TIC), comme si l’économique numérique n’était qu’une affaire de politiciens et de dirigeants…
2. Un accès à l’évènement profondément inégalitaire…
Même constatation du côté des inscriptions :
D’un côté l’inscription gratuite pour les dirigeants d’une RIBAMBELLE d’organisations patronales directement liées aux TIC (ADEN, AFDEL, ALLIANCE-TICS, APROGED, BSA, FICOME, FIEEC, FFT, FNILL, GITEP, SFIB, SNJV, SYNTEC INFORMATIQUE…) ou plus généralistes (CGPME, UPA, CROISSANCE PLUS, FEVAD…), dirigeants qui, comme chacun sait, n’ont pas les moyens de se payer l’entrée à cet évènement…
De l‘autre, un ticket d’entrée fixé à 90€ pour la plupart des personnes physiques et membres d’associations de personnes physiques (à l’exception de l’AFUTT et de l’APRIL qui figurent parmi les "chanceuses" dans la catégorie ci-dessus…)
Certes, on pourra nous rétorquer que d’autres organisations patronales, elles-mêmes liées aux TIC, n’ont (visiblement) pas été invitées non plus (parmi lesquelles : 3SCI, ACSEL, AFNET, ASIC, CEFTEC, CIGREF, CRESTEL, GEICET, GESTE, RENAISSANCE NUMÉRIQUE, SEE…).
Il est vrai que face à cette MULTITUDE d’associations et d’organisations patronales dans le secteur des TIC, dont le nombre est en forte CROISSANCE depuis quelques années (une croissance que l’on souhaiterait davantage voir profiter l’économie numérique…), il n’y avait probablement plus de place pour les TRÈS RARES représentants des « forces vives » (et utilisateurs) de l’économie numérique en France, c’est-à-dire les représentants des personnes physiques, professionnels (salariés, indépendants…) et TPE concrètement à l’œuvre dans les projets et les produits qui bâtissent la société de l’information, les logiciels et les systèmes d’information de nos entreprises, parmi lesquelles le Munci (ou encore le Cicf-Informatique) !
En ce qui nous concerne, n’ayant reçu aucune invitation, nous avons écrit au commissariat du salon (avec copie au cabinet du Secrétariat d’Etat) en formulant une demande d’inscription afin de faire bénéficier nos membres d’une participation gratuite au même titre que les organisations pré-citées, mais nous n’avons même pas obtenu de réponse de politesse ! Naturellement, nous ne manquerons pas d’en informer ceux-ci…
Faut-il comprendre que le cabinet du Secrétariat d’État au Développement de l’économie numérique choisit les uns parmi ses alliés et ignore totalement les autres (notamment ceux qui se montrent un peu plus "critiques" à son égard… ou qui représentent davantage les "citoyens") ?
(au risque de transgresser notre neutralité politique, on peut se demander d’ailleurs si cette stratégie de la division, à savoir rapprochement avec les uns et éloignement avec les autres, n’est pas celle de notre Gouvernement actuel de façon plus générale…).
En conclusion, le fossé qui sépare la « France (numérique) d’en haut » de « celle d’en bas » s’est manifesté encore une fois de façon éclatante avec cette édition 2009 des Assises du Numérique. Un nième exemple du fossé qui sépare toujours plus les "élites" de la société civile…
Vraiment, on attendait mieux de la part de Madame Nathalie Kosciusko-Morizet…
3. Un premier bilan très attendu du plan France-Numérique 2012…
Au-delà de ces aspects (qui ont malgré tout une réelle importance « morale » pour des centaines de milliers de professionnels…), il sera intéressant de prendre connaissance des progrès accomplis depuis le lancement du plan France Numérique 2012…
Le Munci, après avoir été auditionné dans le cadre de ce plan, avait réagi dans l’article : Réactions du Munci au Plan Besson "France Numérique 2012".
Les actions suivantes, en particulier, que nous avions commentés dans cet article, avaient retenu toute notre attention :
Action n°100 : "Adapter les formations initiales aux besoins des entreprises".
Action N°101 : "Mettre en place, dans les universités, des cursus pour les jeunes diplômés et pour les professionnels, offrant un complément de formation pluridisciplinaire et professionnalisant orienté sur les métiers du logiciel et de l’Internet".
Action n°102 : "Mettre en place, dans les universités, des filières de formation tout au long de la vie dans le domaine des technologies numériques".
Action n°104 : "Mettre en place des “ambassadeurs du numérique pour les PME“"
Action n°105 : "Mobiliser les réseaux d’appui aux entreprises pour indiquer aux TPE/PME les bonnes pratiques et les initier aux usages. 1 000 conseillers au numérique seront déployés à partir des réseaux d’appui aux entreprises (…)"
Action n°108 : "Soutenir le développement d’un réseau social de “webschool“ sur l’ensemble du territoire fondé sur des initiatives personnelles et associatives, de formation aux usages des TIC par les utilisateurs."
Action n°138 : "Faciliter l’accès des PME innovantes du secteur du numérique aux marchés publics(…)"
Action n°139 : "Faciliter et renforcer les relations entre les PME innovantes du secteur du numérique et les grands comptes (…)"
… qu’en est-il un an après ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ceci n’a pas vraiment profité à la croissance et, surtout, à l’emploi IT jusqu’ici… à lire à ce sujet : Le chômage des informaticiens repart à la hausse... puis à la baisse !
4. Industrie du logiciel et société de l’information : les premières propositions du Munci
Nous emboitons le pas au Syntec Informatique (« Pour le développement d’une industrie française du logiciel ») et aux instigateurs du site emprunt-national-2010.fr (cf. article 01net) pour réitérer nos analyses et nos propositions suivantes.
La société de l’information exige une vision à long terme qui passe nécessairement par :
une approche plus valorisante et plus protectrice de notre industrie du logiciel
le développement de grands projets technologiques, si possible européens (via des partenariats public-privé)
les moyens d’aller vers une plus grande indépendance technologique dans le Vieux Continent.
L’Europe, en effet, doit faire preuve d’un bien plus grand réalisme économique vis-à-vis des « prédateurs » américains, et maintenant asiatiques, dont les acquisitions et prises de participation dans les sociétés IT européennes augmentent chaque année (à lire).
Le rapport Carayon de Juillet 2006 (voir aussi l’article Le député Carayon propose la création d’un Conseil de sécurité économique), tombé dans l’oubli comme la plupart des rapports publics (on pourrait citer également le [Rapport] du député Jean-Paul Charié sur la compétitivité numérique des entreprises ainsi que le [Rapport] L’économie de l’immatériel, la croissance de demain…), avait préconisé d’une part la nécessité d’une industrie du logiciel (et de l’internet) plus indépendante au niveau européen, d’autre part un plus grand soutien à la compétitivité numérique des PME.
En ce qui concerne le logiciel, les 100 premières entreprises européennes du secteur (le « Truffle 100 ») représentent un chiffre d’affaires total inférieur à celui de Microsoft : 20,7 milliards d’euros contre 34,5 milliards d’euros. Sur les quinze premiers éditeurs mondiaux, un seul est européen (SAP), les quatorze autres sont américains. L’Allemagne génère la moitié du chiffre d’affaires total du Truffle 100, devant le Royaume-Uni (20,6%), la France (14,7%).
Le logiciel français est en voie de satellisation, sa part dans l’industrie diminue à la faveur d’une tendance à la concentration qui voit chaque année nombre des acteurs français changer de nationalité.
Le Munci considère que l’aide au financement et le soutien à l’international sont des approches nécessaires mais insuffisantes pour le développement de notre industrie du logiciel et notamment pour faire dépasser nos éditeurs du stade de la PME.
Pour faire émerger des champions nationaux et européens du logiciel et de l’Internet, aucune proposition ne doit être taboue :
RECOMMANDATIONS d’achats de Logiciels & Services (voire OBLIGATIONS par quotes-parts) auprès de l’ensemble des acheteurs (para-)publics favorisant PRIORITAIREMENT les FOURNISSEURS FRANÇAIS et EUROPÉENS, ainsi que le LOGICIEL LIBRE, avant les fournisseurs EXTRA-EUROPÉENS.
A ceux qui nous répondent que toute velléité de "patriotisme économique", ou "préférence européenne", serait sanctionnée en retour sur les marchés internationaux, nous répondons :
- que de nombreux pays (USA, Asie…) pratiquent déjà ce "patriotisme économique" avec leur propre industrie du logiciel plus ou moins discrètement (…)
- qu’il ne s’agit pas non plus d’acheter exclusivement français ou européen et que les commandes publiques ne représentent que 10 à 15% du marché
- que cela n’entraverait pas le développement de notre industrie du logiciel… dans les pays qui ne sont pas eux-mêmes exportateurs de logiciels !
Création d’une PLATEFORME COLLABORATIVE, à forte valeur ajoutée, de l’industrie française du logiciel recensant les acteurs de la filière, leurs communications, les appels d’offres et les demandes (il s’agit d’ailleurs d’une idée initiée par la DRIRE-IDF pour la région Ile de France)
TVA RÉDUITE sur le logiciel (… uniquement français ou européen ? … uniquement pour les PME ?)
A noter que cette demande de TVA réduite est également exprimée par les professionnels du secteur des biens et services culturels depuis une quinzaine d’années.
Ajout du secteur du logiciel dans la liste des SECTEURS STRATÉGIQUES de l’économie française (loi « Breton » du 26 juillet 2005 et décret du 31 décembre 2005 définissant les secteurs stratégiques dans lesquels le gouvernement peut s’opposer à la prise de contrôle d’une entreprise française par un investisseur étranger)
MESURES FISCALES favorisant l’implantation des sociétés IT (éditeurs, centres de services…) en province dans le cadre de l’aménagement du territoire afin, d’une part, de régionaliser davantage l’emploi hi-tech (concentré à 60% sur l’Ile de France), d’autre part de combattre les délocalisations offshore de services IT.
Le plan France Numérique 2012 est par ailleurs très franco-français…
Nous pensons qu’il faudrait lancer un important programme de développement du numérique (décision 62 du rapport Attali) à l’échelon européen à travers :
des PARTENARIATS PUBLICS-PRIVES (des pôles de compétitivité européens ?) pour le développement de grands projets technologiques en Europe. Nous pensons notamment à un moteur de recherche sémantique européen (par exemple à partir des moteurs français Exalead, Sinequa…) ou encore un "cloud computing" européen.
De même, des fonds publics (ex. France Investissement) devraient favoriser la création de grands sites de e-commerce dans des domaines où la concurrence est devenue inexistante avec les sites US (ex. Ebay).
la création d’une AGENCE EUROPÉENNE des TIC pour harmoniser et conseiller les politiques nationales en matière de développements et de choix technologiques, renforcer les normes, règles interprofessionnelles et services labellisés en matière de sécurité, qualité et interopérabilité au niveau européen (décision 54 du rapport Attali), mais aussi promouvoir la participation d’un plus grand nombre d’experts européens auprès des ORGANISMES INTERNATIONAUX de normalisation (W3C, IETF, ICANN, OASIS…)
MAJ 09.10.2009 :
A noter que peu de temps après la publication de notre article, le fil d’actus Wikio qui se situait dans la colonne de droite du site des Assises (en dessous des partenaires), et qui avait référencé notre article en tête de liste, a été carrément supprimé !
Il en est de même pour le fil Twitter qui se situait en dessous et qui comportait des commentaires… eux aussi parfois critiques.
Y a-t-il derrière cet acte une volonté de cacher les critiques ou plus généralement "l’expression citoyenne" ? Étrange car en insérant ces flux, les responsables de l’évènement savaient tout de même à quoi s’en tenir…
Parallèlement, on ne peut que regretter et s’étonner vivement de L’ABSENCE QUASI-TOTALE de couverture médiatique de l’évènement !
Ces Assises du Numérique 2009 ont-elles été à ce point décevantes… un non-évènement en quelque sorte ?
REVUE DE PRESSE & BLOGOSPHERE :
Assises numériques:l’urgence de la concertation ! (Webs du Gévaudan)
Retour sur les Assises du Numérique 2009 (Legaletic)
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Commenter cet article
J’étais également aux assises numériques et j’ai réalisé qu’il n’était pas nécessairement facile de donner la parole aux citoyens :-)
Dés le lendemain j’avais posté « à chaud »une réaction sous le titre "l’urgence de la concertation" sur le blog de l’association lozérienne « Les Webs du Gévaudan » http://websdugevaudan.wordpress.com/ .
J’avais fait de même à la suite du salon Odébit de la semaine précédente
Si le coeur vous en dit je vous invite à les lire…et à les commenter car j’ai besoin d’un maximum de "matière à réfléxchir" pour nous aider à "affiner" notre argumentation pour espérer avoir un jour du trés haut débit en zones rurales !
Merci de votre contribution…si vous le voulez bien :-)
Pierre Ygrié Webs du Gévaudan http://websdugevaudan.wordpress.com/
Bonjour,
je viens de prendre connaissance de votre article :
Je suis co-fondateur du mouvement Webschool, et président de Webschool Orléans et Webschool France. Il y a aujourd’hui des Webschools à Orléans, Tours, Blois, Montluçon, Pau, dans le Jura, …
Et je vous confirme ne pas avoir été invité… Bizarre…
C’est bien dommage ! Je ne vois pas bien comment ils veulent nous aider, et aider au déploiement des Webschool si les organisateurs ne nous invitent pas !
Cordialement Fabien Pretre














