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MOTS-CLES

Conditions de travail (statut, salaires…) des informaticiens étrangers en France : recherche d’infos et de témoignages
Rubrique : ACTIONS, VIE DU MUNCI > Actions du Munci
Mots-clés : Onshore (immigration, dumping social)
Publié le 26 mai 2010, mis à jour le 12 août 2011
Nombre de visiteurs uniques : 3907


MUNCI, MAJ 12.08.2011
Nous sommes alertés depuis quelques temps au sujet de la remontée du travail "onshore" dans nos SSII et chez nos clients, à savoir le recrutement et le détachement d’informaticiens étrangers pour des prestations d’assistance technique (régie) dans des conditions douteuses (dumping social…).

Depuis que les métiers de l’informatique figuraient dans les deux listes de métiers en tension (établies en janvier 2008 à partir des données du marché du travail de l’année 2007…) pour lesquelles la situation de l’emploi ou l’absence de recherche préalable de candidats déjà présents sur le marché du travail local ne peut être opposée aux ressortissants étrangers, l’immigration professionnelle a fortement progressé en France dans nos professions principalement depuis le Maghreb mais aussi depuis l’Afrique noire, la Chine et les pays d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie).

En témoigne l’étude d’impact réalisée en mars 2010 par l’Assemblée Nationale dans le cadre du projet de loi "relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité" selon laquelle les métiers de l’informatique représentent 70 % de l’ensemble des autorisations de travail délivrées pour les 150 métiers figurant sur ces listes… quand les métiers du BTP n’en représentent que 15 % !

MAJ 12.08.2011 : la "liste des métiers en tension" vient enfin d’être réactualisée, soit 2 ans et demi après le début de la crise…

Cette immigration professionnelle existe à travers deux modes :

1. l’embauche (directe ou, le plus souvent, indirecte via des officines de recrutement) pour le compte de SSII, plus rarement d’entreprises utilisatrices, sous différents statuts :
- le visa “long séjour” type VSL/TS qui concerne les travailleurs temporaires ainsi que les jeunes professionnels
- la carte de séjour temporaire mention “salarié”
- la carte de séjour temporaire mention “compétences et talents”
(ces embauches sont facilitées notamment dans le cadre des accords bilatéraux)

PROBLÈME : il semble, bien souvent, que ces informaticiens étrangers perçoivent en France des salaires inférieurs à ceux de leurs homologues français (généralement autour de 10 à 30% de rabais).
Ceux-ci sont parfois même alignés sur les minima conventionnels Syntec-Cicf, c’est à dire 1845€ brut/mois pour les IC débutants et 2039€ brut/mois pour les cadres avec plus de 2 ans expérience, sachant que le salaire moyen d’un ingénieur informaticien français débutant se situe quant à lui entre 2500 et 3000 € bruts/mois…
Cette situation de DUMPING SOCIAL est intolérable, d’abord, bien évidemment pour ces informaticiens étrangers eux-mêmes, mais aussi pour la profession dans son ensemble : en effet, le recours à des “ressources humaines concurrentielles” sur le marché peut avoir un impact négatif sur les salaires de manière générale.
De même, en raison de leur méconnaissance de notre droit du travail, une plus grande “flexibilité” est parfois imposée à ces informaticiens étrangers (…).

2. le détachement de salariés effectué depuis des structures offshore sous la forme :
- soit de mobilité inter-groupes au moyen de visas (“long séjour” type VSL/TS ou même “court-séjour” type visa de circulation)
- soit de mobilité intra-groupe via la carte de séjour "salarié en mission", dont la rémunération minimum est fixée légalement à 1,5 fois le SMIC soit 2047€ brut/mois, c’est à dire au niveau du minimum conventionnel Syntec-Cicf position 2.1 pour les -26ans…

Certains continueraient même à percevoir leur salaire dans le pays d’origine (un salaire largement en dessous de nos minima conventionnels…), en touchant simplement des frais de mission sur place avec fourniture d’un logement pendant la période de détachement.

PROBLÈME : outre, là encore, le dumping social généré par ce genre de situation, ceci crée également :
- une concurrence déloyale pour les structures offshore qui respectent, elles, les règlementations en vigueur
- un énorme risque juridique pour le client final qui n’imagine pas la situation dans lequel il se met en cas de contrôle de l’inspection du travail (il s’agit en effet bien souvent de prêts illicites de main d’oeuvre et délits de marchandage étant donné que le lien de subordination entre le salarié détaché et l’employeur situé dans le pays d’origine est évidemment rompu…), mais aussi pour ces ressources humaines qui sont sous-payées et en situation illégale malgré elles.

Ce risque est à son paroxysme en cas de travail dissimulé, surtout depuis la nouvelle loi de mai 2011 "relative à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité" qui retient la possible responsabilité de l’ensemble des intervenants d’une chaîne de sous-traitance en cas d’infraction d’emploi d’étranger sans titre par un cocontractant.
Rappelons également que depuis le 1er janvier 2011, tout donneur d’ordre doit s’assurer que son sous-traitant s’est bien acquitté de ses obligations déclaratives mais aussi de ses cotisations et contributions sociales…

Pour en savoir plus : Détachement transnational des salariés étrangers (prestations de services) : les multiples facettes du dumping social et fiscal

Bien entendu, ce phénomène ne se limite pas à la France, il est en recrudescence dans tous les pays d’Europe de l’Ouest depuis l’intégration à l’UE des pays d’Europe de l’Est et depuis l’accélération de la libéralisation des services au niveau européen (Directive EU sur les services ex. Bolkestein) comme au niveau mondial (AGCS).
A lire à ce sujet :
- Le Royaume-Uni veut limiter les abus des SSII en matière d’emploi de salariés étrangers
- CSC sous-paie ses Indiens… basés au Danemark

A lire aussi :

- Rapport "Immigration, qualifications et marché du travail" (Gilles Saint-Paul, Conseil d’Analyse Économique, 2009)
Extrait (page 127) :
"(…) à caractéristiques observables identiques, un immigré homme gagne approximativement 12,4 % de moins qu’un natif, 13 % de moins pour une femme immigrée. Ces pourcentages s’élèvent respectivement à 20,7% et 16,8% pour les immigrés d’Afrique du nord."

- Des salaires 10 % moins élevés pour les immigrés (Les Echos, oct.2010)
Fait référence à l’enquête Trajectoires et Origines (enquête sur la diversité des populations en France) (Insee/Ined, 2010-2011)

En attendant, le MUNCI déplore VIVEMENT l’extraordinaire OMERTA autour de ces pratiques, bien qu’il s’agisse d’un "secret de polichinelle" dans nos SSII.
Si le dumping social relève évidemment de l’entière responsabilité de nos SSII, nous constatons que l’OMERTA, quant à elle, est entretenue aussi bien par les salariés concernés eux-mêmes que par les syndicats, sciemment ou non…

En voici les raisons :

- Les informaticiens étrangers des pays à bas coûts (principalement du Maghreb) sont très souvent désireux, pour bon nombre d’entre eux, de venir travailler dans "l’eldorado français" (une petite recherche sur certains forums et groupes Facebook suffit à le montrer…) où les salaires sont nettement supérieurs à ceux de leurs pays, ils se suffisent donc souvent d’un salaire inférieur aux salaires moyens du marché sans chercher à le comparer à ceux de leurs collègues et homologues français…
Nous voulons pourtant leur rappeler qu’ils bénéficient des MÊMES DROITS que les salariés français (voir notamment l’alinéa 5 de l’article R.5221-20 du Code du Travail et [Justice] A travail égal, salaire égal : arrêt important de la Cour de Cassation) !

- L’isolement des salariés détachés en clientèle rend difficile tout contrôle par les syndicats qui sont de toute façon peu présents et peu puissants dans nos sociétés (taux de syndicalisation estimé des salariés de la Branche : 1%, contre 5% sur l’ensemble du privé en France), et quant ils sont présents les collusions ne sont pas rares avec la direction (sans compter que les salariés étrangers ne sont pas vraiment des adhérents potentiels…).

Nous sommes donc à la recherche d’infos et de témoignages concernant ces dérives : ceci est TRÈS important !

Vous pouvez nous contacter :
- sur l’adresse alerte munci.org
- ou bien via le formulaire d’alerte de la page Contacter le Munci (ANONYMEMENT si vous le souhaitez).

Une fois que nous aurons reçu un nombre suffisant de témoignages, une action pourra être entreprise auprès des Ministères du Travail et celui de l’Immigration.

Merci d’avance,
L’équipe du MUNCI



PS :
A lire ABSOLUMENT dans l’immédiat :
- Le recours à l’immigration redevient plus sélectif dans l’informatique
- Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
- [Presse] Restrictions sur l’immigration légale : Claude Guéant inquiète les SSII ( !)
- Détachement transnational des salariés étrangers (prestations de services) : les multiples facettes du dumping social et fiscal
- [Presse] Les SSII françaises puisent dans les ressources stratégiques de la Tunisie
- [Presse] Immigration : quand les SSII françaises font leur marché au Maghreb
- [Presse] Témoignage : la galère d’un ingénieur tunisien en France



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21 avril 2011, par Eric

Grosso-modo il y a deux cas de figure :

- Les SSII offshore qui n’ont aucune représentation légale en France, et qui sont rémunérées par des petites SSII françaises qui les payent directement au Maghreb. Là c’est quasiment indétectable puisque le salarié n’a tout simplement pas d’existence légale en France.

- Des SSII offshore qui ont une représentation légale en France, et qui obtienne une carte de travail de type CSM. Ces sociétés là s’inscrivent sans complexe sur les places de marché de type hightechpro…

Dans les deux cas l’ingénieur a obtenu un visa d’affaire et/ou une carte de travail de type CCT, IME ou SEM, l’autorisant à travailler mais qui ne garanti en aucun cas qu’il est déclaré et que sa DUE a été faite. La présentation de ce titre de séjour trompe le client final qui reste probablement de bonne foi.

Vous imaginez bien que tout cela n’est pas facile à prouver, personne n’ayant intérêt à dévoiler cette fraude. Même l’ingénieur, qui est la plupart du temps un jeune rêvant de s’installer en France, ne fera rien car il sait qu’en cas de problème ce sera le retour assuré au pays, avec une forte probabilité de ne plus jamais pouvoir obtenir de visa pour l’espace Schengen et de mettre fin à sa carrière, c’est du moins ce dont la SSII le persuade. La relation qu’entretiennent ces SSII avec leur salariés est d’ailleurs franchement moyenâgeuse.

J’attire votre attention sur le fait que l’objectif n’est pas de stigmatiser les SSII, ni les clients finaux, ni les ingénieurs, qui sont tout trois les dindons de cette farce, mais de s’attaquer à la racine du problème : les pratiques de quelques sociétés offshore qui profitent de la crédulité de jeunes ingénieurs d’une part et des réseaux de confiance entre clients et SSII en France d’autre part, cela pour pervertir les liens commerciaux et humains à leur seul profit financier, par pure avidité.

Eric

PS : un autre débat intéressant sur le sujet : http://blog.offshore-boosting.com/2…

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20 avril 2011, par K

Bonjour,

Voici ce qui se passait au sein de la SSII Datavance il y a quelques années avec des pratiques consistant à recruter des ingénieurs tunisiens en tant que détachés.

En fait, ces pratiques remontent à la fin de l’année 2007 / début de l’année 2008 avec un premier groupe d’ingénieurs recrutés chez la filiale tunisienne d’un des plus grands éditeurs de progiciels de finance de marché au monde (en France pour l’histoire) en tant que salariés détachés pour une durée de 3 mois avec salaire tunisien + frais pour vivre en France, ce qui fait des salaires autour de 2400/2500€ net par mois suivant les années d’expérience mais sans payer les charges sociales et tout ce qui va avec (…), ceci le temps que la procédure d’introduction normale (CDI) soit terminée et l’accord de la DDTE acquis. Et c’est à partir de ce moment là ou commence la vraie arnaque ; en débarquant en France et en enchaînant les premières missions (chez des grands noms de la finance de la place parisienne ; donc très bien facturés comme vous pouvez l’imaginer !), on fait savoir à ces personnes que la procédure de détachement va durer plus que prévu, c’est à dire plus que les 3 mois initiaux, et va être prolongée jusqu’à 9 mois. Et ce n’est qu’à partir du 9ème mois que la procédure d’introduction (le CDI) sera entamée auprès de la DDTE (Département de Travail des Etrangers). En sachant que cette procédure prenait en moyenne 3 mois pour être finalisée, la personne (ou les personnes) en question passaient 1 année (au lieu de 3 mois) en tant que salarié détaché.

A cette époque les personnes impliquées étaient :
- “S.L” (le PDG grand arnaqueur en personne) avec son associé
- "C.L" la DRH
- 2 autres personnes du service RH : “C.B” (j’imagine bien la scène du candidat devant lui une belle blonde à forte poitrine) et surtout une personne qui a quitté la société depuis : "T.B" (alias le mythomane).

Tout cela ne pouvait être mis en place sans l’aide d’une société Tunisienne (de portage si on peut l’appeler comme ça) chez qui les personnes recrutées signaient un CDI tunisien pour qu’ils puissent être envoyées en France en tant que détachés. A l’époque, on faisait croire aux salariés de Datavance que leur chère et bien-aimée société vient de lancer sa filiale tunisienne (ce qu’ils adorent appeler "centre offshore" pour développer quelques projets en forfait en Tunisie) alors que réellement ce n’est absolument pas le cas !!! La société en question s’appelait : "MAG Ingénierie" et son patron s’appelle "K.G" (une personne de nationalité française possédant beaucoup de connaissances dans le milieu des affaires en Tunisie et en France). Cette personne gérait presque tout (en concertation avec “S.L”) et était aidé dans ses tâches par un(e) manager du nom de "I.A".

A l’époque Datavance avait aussi recruté un juriste du nom de "JP.M" pour s’occuper de toute cette affaire (licenciée entre temps pour laisser la place à la gestion globale et totale par le dénommé “K.G”) : dossiers de détachement, changement de statuts, gestion des problèmes avec la société de portage, etc. Ceci suite à une plainte déposée par le grand éditeur de progiciels de finance (la filiale tunisienne) à qui on piquait quelques uns de ses meilleures éléments !

Je ne sais pas comment ça se passe actuellement pour les ingénieurs recrutés en tant que détachés, mais tout ce que je vous décrits ci-dessus est bien ce qui se passait à cette époque (ne me demandez surtout pas comment j’ai pu me procurer ces informations, tout ce que je peux vous dire que c’est que ce sont des sources dignes de confiance…).

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21 avril 2011, par SSII_master

A part le mensonge sur la durée du détachement, tout le monde est gagnant dans l’affaire. Un détachement de 2500 E est très intéressant pour le salarié qui profite de l’avantage fiscal. Attirer des cerveaux est bon pour la France et ces détachés peuvent être chassés par d’autres sociétés une fois en France qui peuvent faire les introductions. Il n’y a rien de mauvais là dedans.

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