Marre de travailler comme des brutes. Horaires à rallonge, dossiers chauds que l’on rapporte à la maison, missions qui débordent sur le week-end : dans les métiers du consulting et de l’audit, toujours très prisés par les jeunes en début de carrière, les revendications commencent à poindre.
Bien sûr, au début on entre dans l’audit comme on entre en religion. Eric l’a bien compris. Il en est à son troisième stage chez un des « Big Four » de l’audit - les quatre grands mondiaux KPMG, Ernst & Young, Deloitte et Price Waterhouse : « Je n’y ferai pas carrière. Les horaires des consultants, de 8 h 30 à 21 heures minimum tous les jours, c’est très dur. » Mais à 24 ans, il relativise : « Je ne ménage pas ma peine pour l’instant, car c’est une sorte de formation, très recherchée ensuite dans les entreprises pour les directions administratives et financières », convient-il. C’est pire encore dans le conseil en stratégie. « Quand les décisions sont graves et doivent être prises rapidement - racheter une entreprise, par exemple -, les clients paient très cher pour avoir face à eux des gens très réactifs », analyse Pierre Tapie, directeur du groupe Essec, dont plus de 20 % des dernières promos ont malgré tout plongé dans le conseil. Alors, accros du boulot, d’accord, mais pour un temps seulement. Ensuite, on négocie.
Les syndicats frappent à la porte. Echaudée par les années de crise où, entre 2000 et 2004, les cabinets ont perdu 25 % de leur chiffre d’affaires et ont dû réduire leurs effectifs de 12 000 postes, la jeune génération se méfie. Elle exige maintenant du donnant-donnant. Révolution au pays de la paix sociale, certains vont même jusqu’à appeler les syndicats à l’aide. Accenture en a fait les frais. Après une vague de licenciements il y a cinq ans, le cabinet de conseil né des cendres d’Arthur & Andersen après l’affaire Enron a vu les syndicats frapper à la porte. « Au début, nous avons été très mal perçus. On compliquait la vie de l’entreprise, on s’est pris des coups », explique Eric Pigal, senior manager et délégué CFE-CGC de la maison. Mais, ensuite, les choses ont avancé. L’organisation, majoritaire chez Accenture, s’est battue pour obtenir des accords sur le temps de travail, des compensations lors des déplacements en mission. De son côté, la société a pris acte de la nécessité d’un dialogue social. Signe qu’une alarme avait retenti, la maison a créé un plan de gestion des ressources humaines baptisé « Great Place to Work ». Une sorte de méthode Coué, destinée à attirer 700 nouvelles recrues cette année et à les garder. Au menu, des temps partiels accordés plus facilement pour les femmes avec enfants ou la possibilité de travailler de chez soi. La maison clame même qu’elle a enregistré 50 congés de paternité cette année. Du jamais-vu ! Pour devancer l’apparition d’une grogne organisée, l’auditeur Ernst & Young mise aussi sur un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Il arrive maintenant que des managers puissent s’absenter jusqu’à six mois. Mais pas question de buller. Il faut un projet à la clé : un trekking insolite, une mission humanitaire, des compétitions sportives de haut niveau. Quant aux jours de RTT, chez Ernst on préfère les appeler JET - « Jour Espace Temps » -, car il ne s’agit pas de réduire la charge de travail, mais de l’aménager.
Les indicateurs étant de nouveau favorables au métier, les recrutements repartent : 2 000 à 3 000 recrues viendront cette année gonfler les effectifs du conseil et de l’audit. « Au dernier forum des métiers du conseil à HEC, 29 cabinets étaient présents cette année, contre 9 l’an dernier », témoigne Bérengère Pagès, responsable des relations avec les entreprises de la grande école. Il leur faudra donc savoir attirer les candidats. « Quand d’autres secteurs offrent maintenant des salaires équivalents à ceux du conseil, il vaut mieux gérer les troupes, reconnaît Jean-Luc Placet, président de Syntec Management, syndicat professionnel qui représente la moitié des cabinets français. Proposer des évolutions internationales, améliorer les temps de travail et construire de vraies carrières. ». Une priorité pour certains cabinets, dont le turnover atteint 20 % par an !






















