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MOTS-CLES

Contrat de projet ("CDD à objet défini") et portage salarial : lettres aux parlementaires
Rubrique : DOSSIERS, POSITIONS > Prestation de services, externalisation
Mots-clés : Contrats flexibles
Publié le 13 avril 2008, mis à jour le 3 décembre 2008
Nombre de visiteurs uniques : 5937


Le projet de loi sur la modernisation du marché du travail sera débattu à partir de ce mardi à l’Assemblée Nationale.
Il fait suite à l’Accord National Interprofessionnel du 11.01.2008 négocié par les partenaires sociaux.
Le MUNCI a écrit aux parlementaires (députés et sénateurs) pour exprimer certaines inquiétudes et proposer des amendements sur le contrat de projet ou "CDD à objet défini" (bien qu’entouré d’un certain nombre de garde-fous, il présente des incertitudes juridiques et suscite du mécontentement dans nos professions), ainsi que pour défendre le portage salarial.

SUITE DE : Retour du contrat de projet/mission : vers une compromission des syndicats ?.

Liens vers les différentes parties :
13.04.2008 : 1er COURRIER
MAJ 03.06.2008 : 2eme COURRIER
MAJ 03.12.2008 : RÉSULTATS et COURRIERS OBTENUS
REVUE de PRESSE


13.04.2008 : 1er COURRIER

Nos craintes portent essentiellement sur la possibilité de rupture à la date anniversaire de la conclusion du contrat par l’une ou l’autre partie pour un "motif réel et sérieux".

Extraits :

"(…)

Tout d’abord, nous considérons qu’il appartient au Parlement de reprendre la main sur ce dossier par le dépôt d’amendements (à moins d’être réduit à une simple « chambre d’enregistrement »…)
En effet, si la loi n° 2007-130 du 31 janvier 2007 de modernisation du dialogue social laisse plus de place à la concertation et à la négociation collective avec les partenaires sociaux en amont de l’élaboration des lois (ce qui est une excellente chose), toute extension du pouvoir des syndicats au niveau de la négociation nationale leur donnerait un rôle quasi-officiel dans le processus législatif, ce qui ne constituerait pas un progrès social mais au contraire un recul de la démocratie représentative. Rappelons en effet que les représentants syndicaux ne sont pas des élus de la République et que la représentativité des syndicats est plus que jamais remise en cause.

(…)

La principale valeur ajoutée de nos sociétés de services par rapport à l’intérim réside dans l’excellent système de mutualisation des risques appelé « intercontrat » (ou « intermission ») qui assure la continuité du contrat et du salaire versé au collaborateur entre deux missions (période souvent mise à profit pour se former), ce qui permet d’avoir un taux de CDI élevé dans nos sociétés (95%).

(…)

En cas de retournement de la conjoncture (particulièrement cyclique dans notre secteur, comme le montre la succession des crises et des reprises du marché ces vingt dernières années), la tentation deviendra grande pour l’employeur de faire coïncider le contrat de travail sur le contrat commercial, autrement dit de faire du « sous-intérim ».
A ceux qui considèrent que ce risque n’est pas d’actualité (la plupart des entreprises cherchant surtout à fidéliser leurs salariés dans notre secteur), rappelons que l’on écrit pas le droit du travail en fonction de la conjoncture et qu’il serait maladroit de tomber dans une vision trop court-termiste…

Un tel contrat est – qui plus est – en contradiction avec les politiques de sécurisation des parcours professionnels et surtout de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) pour lesquelles nos professions, entre autres, sont fortement demandeuses face aux exigences d’employabilité et de formation.
Son existence nous paraît superflue avec l’adoption, en parallèle, du principe de « rupture conventionnelle » (article 5) pour lequel nous sommes globalement favorable.
Et puis quelles garanties financières peut fournir un salarié avec pareil contrat pour l’octroi d’un prêt bancaire ou la signature d’un bail ?

(…)

Enfin, le « CDD à objet défini » se superpose abusivement à l’activité des professionnels autonomes, notamment en portage salarial (un système plébiscité par un nombre croissant d’informaticiens, ainsi que par notre organisation professionnelle sous certaines conditions).
Mais à la différence des salariés, les « solos » ont fait, eux, le choix de cette flexibilité voulue et (généralement) non imposée en contrepartie de revenus nettement plus élevés. De plus, ils assument leur responsabilité professionnelle en véritables maîtres d’oeuvre des projets de leurs clients.
Ceux-ci pourraient donc se voir marginalisés par un tel contrat beaucoup plus profitable pour des sociétés ayant écarté, par la même occasion, tout partage des risques…

Il n’y a aucune raison, par conséquent, d’étendre cette flexibilité aux salariés.

(…)

Le projet de loi contient néanmoins un certain nombre de garde-fous encadrant, pour le moment, l’utilisation de ce contrat : durée minimum de 18 mois, subordination à un accord de branche précisant les nécessités économiques de son recours, contreparties diverses… Pour ces raisons, nous sommes partiellement et provisoirement rassurés sur le champ de son application… à un point près qui est loin d’être négligeable.
Nous voyons encore un risque important d’incertitudes juridiques et de détournement de son utilisation normale avec la « possibilité de rupture à la DATE ANNIVERSAIRE de sa conclusion par l’une ou l’autre partie pour un MOTIF REEL et SERIEUX » (alinéa 7 de l’article 6).

Nous vous renvoyons tout d’abord aux observations formulées dans le Rapport fait par M. Dominique DORD au nom de la « Commission des affaires culturelles, familiales et sociales » sur le projet de loi (n° 743) portant modernisation du marché du travail.
Le paragraphe « Une faculté de rupture unilatérale anticipée » (4) relatif à cet article 6 montre bien les nombreuses incertitudes qui pèsent sur cette disposition : « Au regard de l’importance des enjeux financiers, le « motif réel et sérieux » pourrait se retrouver au cœur de contentieux nombreux… »
Malheureusement, plutôt que de prendre ses responsabilités, le législateur renvoie ici les nécessaires précisions et clarifications aux négociateurs dans chaque branche et entreprise !
« La mise en œuvre du nouveau contrat impliquant des accords de branche ou d’entreprise, c’est à ce niveau que ce type de dispositions devront être clarifiées (…) Il sera de l’intérêt des partenaires conventionnels de préciser cette question de la motivation dans les accords de branche ou d’entreprise qui déclineront le dispositif (…) ». Ceci ne pourra qu’entraîner de graves inégalités selon les branches et les entreprises (il y en a déjà suffisamment comme çà avec les conventions collectives…) sur des points réglementaires qui ne concernent en rien les particularités propres à chaque secteur d’activité ou à chaque entreprise.

Madame, Monsieur le Parlementaire, il ne serait pas responsable de laisser cet article en l’état et de faire porter aux partenaires sociaux dans les branches et les entreprises la future responsabilité de ce flou juridique et des inégalités prévisibles.

Notre principale inquiétude réside donc dans la possibilité de rompre le « CDD à objet défini » au bout de 12 mois (première date anniversaire) pour un « motif réel et sérieux », même non fautif, et non pour une faute grave comme dans le droit commun des CDD.
D’une part, la conciliation de cette règle de la date anniversaire avec celle fixant une durée minimale de contrat de 18 mois n’est pas claire, d’où la proposition d’amendement de la commission qui est la bienvenue.
D’autre part, il y a un risque important de ruptures abusives pour motif non « réel et sérieux », ce qui pourrait accroître significativement la précarité induite par ce contrat.
Les contentieux fleuriront certainement sur la qualification de la cause de la rupture (comme c’est le cas pour les licenciements) car les enjeux financiers pourront être importants s’il s’agit d’indemniser jusqu’au terme initialement envisagé et figurant dans le contrat. Cette possibilité est d’autant plus surprenante qu’elle s’applique aussi au salarié qui devra justifier d’un motif réel et sérieux de rupture.
Aura-t-il toujours, pour autant, la possibilité de rompre ce contrat pour une embauche en CDI chez un nouvel employeur, comme cela est possible dans le CDD de droit commun ?

Outre la réalisation de son objet, nous considérons que les autres motifs de rupture de ce contrat avant l’échéance du terme doivent continuer à relever du droit commun du CDD, avec notamment la rupture qu’en cas de faute grave ou de force majeure ainsi que la possibilité de démission par le salarié en cas de CDI chez un nouvel employeur.

(…)"


03.06.2008 : 2eme COURRIER

Un nouveau courrier a été envoyé aux membres de la Commission Mixte Paritaire (qui se réunit aujourd’hui) chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion du projet de loi portant modernisation du travail.

Ce courrier porte toujours sur le CDD à objet défini, mais aussi sur le portage salarial.

Lien vers le nouveau courrier : PDF

Extraits :

Du côté du salarié, notre interrogation repose principalement sur la possibilité de démission en cas d’embauche en CDI dans une autre entreprise : cette disposition autorisée pour le CDD de droit de commun est-elle maintenue pour le CDD à objet défini ?

Si ce n’est plus le cas, le salarié n’aurait pas d’autre choix que d’attendre le 18eme mois puis le 24eme mois pour exercer son droit à la démission sous la double condition :
1. que la démission puisse relever d’une cause réelle et sérieuse de rupture ( ?)
2. qu’il puisse justifier d’une embauche en CDI à ces dates précises… ce qui est pour le moins hypothétique !
Il s’agirait donc d’une vraie régression sociale quant on sait que le CDI de chantier (CDIC) prévoit quant à lui la possibilité d’une démission à n’importe quel moment moyennant simplement le respect d’un préavis de départ.

(…)

Notre inquiétude porte surtout sur la mainmise de la future organisation du portage salarial par la branche "concurrentielle" de l’intérim (qui n’est pas réputée pour être la plus favorable à son développement…) et ce d’autant plus qu’à la faveur d’un amendement adopté au Sénat le 7 mai, l’activité de portage salarial est étendue aux entreprises de travail temporaire elles-mêmes !

Par conséquent, nous invitons les membres de la Commission Mixte Paritaire à modifier l’alinéa 3 de l’article 8 de façon à permettre une négociation réellement concertée entre la branche du travail temporaire et les organisations représentatives du portage salarial (remplacer "APRÈS CONSULTATION des organisations représentant des entreprises de portage salarial" par : "EN ACCORD avec les organisations représentant des entreprises de portage salarial").


Cet article sera mis à jour après l’adoption définitive du projet de loi par le Parlement avec les RÉPONSES et les RÉSULTATS obtenus, ainsi que nos dernières RÉACTIONS.


03.12.2008 : RÉSULTATS et COURRIERS OBTENUS

RÉSULTATS de notre campagne auprès des parlementaires sur l’élaboration du texte de loi final :

Voir ce document d’extraits choisis des débats parlementaires.

- Après notre premier courrier :

Les sénateurs ont clarifié la notion de date anniversaire dans la rupture du CDD à objet défini pour un motif réel et sérieux, cette rupture pouvant intervenir au bout de dix-huit ou de vingt-quatre mois.

- Après notre second courrier :

Les sénateurs ont précisé l’exigence de consultation des acteurs du portage salarial dans le processus d’encadrement conventionnel de cette activité qui va s’engager dans la branche de l’intérim.

M. Dominique Dord, rapporteur UMP pour l’Assemblée nationale, a fait voter un amendement visant à supprimer la disposition adoptée par le Sénat qui autorisait les entreprises de travail temporaire à exercer l’activité de portage salarial.

Le député PS Jean-Patrick Gille a demandé en CMP si un salarié titulaire d’un contrat à durée déterminée à objet défini aurait le droit de rompre son contrat dans le cas où il serait embauché en CDI dans une autre entreprise, comme l’autorisent les dispositions applicables au CDD de droit commun.
M. Pierre Bernard-Reymond, rapporteur UMP pour le Sénat, a estimé qu’il devrait pouvoir le faire, dans la mesure où les règles générales applicables au CDD s’appliquent aussi à ce contrat, sous réserve des dispositions particulières prévues dans le projet de loi (…).

RÉPONSES obtenues à nos courriers :

- Réponse téléphonique (encourageante) du secrétariat du groupe UMP à l’Assemblée nationale (suite à notre premier courrier).

- Courte réponse de politesse du cabinet parlementaire de M. Dominique Dord, rapporteur UMP pour l’Assemblée nationale (suite à notre premier courrier).

- Courriel de M. Philippe Duron, député PS, évoquant les amendements N°27 et N°32 (suite à notre premier courrier).

- Lettre de M. Pierre Bernard-Reymond, rapporteur UMP pour le Sénat (suite à notre premier courrier) : page1 et page2.

- Lettre de M. Pierre Bernard-Reymond, rapporteur UMP pour le Sénat (suite à notre second courrier) : lettre.

NON-RÉPONSES à nos courriers :

Malgré PLUSIEURS RELANCES (par courriers et courriels), nous sommes CONSTERNES de n’avoir obtenu aucune réponse (pas même de politesse) de la part :

- du député PS Jean-Patrick Gille à qui nous avions demandé des précisions sur la réponse du sénateur M. Pierre Bernard-Reymond en CMP (possibilité de rupture immédiate d’un CDD-OD en cas d’embauche en CDI).

- du Ministère du Travail (M. le conseiller Franck MOREL) sur la même question (lettre envoyée).

CONCLUSIONS :

Nous avons pu obtenir SATISFACTION sur les 2 points suivants :
- clarification des possibilités de rupture du CDD à objet défini
- consultation obligatoire des représentants du portage salarial dans le processus d’encadrement conventionnel de cette activité qui va s’engager dans la branche de l’intérim + interdiction faite à cette branche d’exercer ce type d’activité
(Bien entendu, nous ne sommes pas la seule organisation à être intervenue dans la bataille des amendements, nous avons joué avant tout un rôle de soutien auprès d’autres d’organisations telles que le SNEPS en ce qui concerne le portage salarial…)

Nous exprimons notre AMERTUME à l’égard de l’OPPOSITION PARLEMENTAIRE (notamment le député PS Jean-Patrick Gille) qui ne nous a visiblement pas accordé beaucoup d’attention (à l’exception du député PS Philippe Duron).

Nous REMERCIONS M. Pierre Bernard-Reymond, rapporteur UMP pour le Sénat, pour s’être donné la peine de nous répondre à deux reprises.

Nous exprimons un VIF RESSENTIMENT à l’égard du Ministère du Travail (M. le conseiller Franck MOREL) qui ne nous a pas répondu !
Nous sommes confrontés à ce SCANDALEUX "2 POIDS 2 MESURES" entre la "France d’en haut et la France d’en bas" : alors que les ministres et leurs conseillers consultent TRÈS RÉGULIÈREMENT les organisations patronales, les clubs économiques et les grandes entreprises (déjeuners, conférences, rencontres privées…etc), les organisations de défense des salariés ne rencontrent quant à elles que leur mépris !

Enfin, nous avons suivi une bonne partie des débats (vote des amendements) au moment de ce projet de loi et nous avons été souvent déçus par la médiocrité des interventions, sans parler du flottement total des discussions sur certains sujets (ex. date anniversaire du CDD-OD, avec des députés complètement perdus sur les 2 propositions d’amendements…), et cela par manque de connaissance des parlementaires sur les réalités professionnelles : il est tout à fait NAVRANT de constater que les politiques publiques se font parfois à la va-vite sans une bonne connaissance des dossiers…


REVUE DE PRESSE :

- Pas de place pour les CDD à objet défini dans les SSII (S.Chicaud, 01net., le 15/04/2008)

- Le MUNCI alerte les parlementaires sur le contrat de projet (M.Gros, LMI, 14/04/2008)

Voir aussi : Retour du contrat de projet/mission : vers une compromission des syndicats ?.


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