Deux ministres pour les délocalisations
http://permanent.nouvelobs.com/economie/20040312.OBS5790.html
NOUVELOBS.COM | 12.03.04
Nicole Fontaine, ministre française déléguée
à l’Industrie, a estimé vendredi 12 mars, à l’issue d’une
visite en Inde, que certaines délocalisations d’entreprises peuvent être
positives si elles permettent d’étendre des activités au lieu d’aboutir
à des suppressions d’emplois. "La France n’a pas vraiment de problèmes
avec ce type de phénomène mais il faut être attentif
à donner une bonne signification au terme délocalisation",
a dit Mme Fontaine lors d’une conférence de presse à New Delhi.
Elle s’est inquiétée de situations où des entreprises transfèrent
l’intégralité de leurs activités hors de France en supprimant
la totalité des emplois.
En revanche, "la délocalisation positive, à l’inverse de la
première, ravageuse", peut favoriser une extension d’activités
et l’ouverture d’une filiale à l’étranger. "Dans ce cas
de figure, il n’y a pas de perte d’emplois".
S’exprimant en présence d’Arun Shourie, ministre indien
des Nouvelles technologies et des Communications, Mme Fontaine a déclaré :
"nous avons un intérêt commun, bien compris, d’encourager
ce type de développement, en particulier pour les petites et moyennes
entreprises indiennes et françaises".
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Shourie terms outsourcing as partnership
http://sify.com/finance/fullstory.php?id=13427869
’’ French Minister for Industry, Energy and Telecom Nicole Fontaine said
his country has been encouraging the ’’outsourcing’’ activity and added that
"French companies have benefitted from such jobs".
Shourie said there have been joint agreements between the two countries where
there will be exchanges of young IT professionals between the two countries.
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Outsourcing is partnership, says French Minister
http://www.hindu.com/2004/03/14/stories/2004031401330900.htm
The Hindu, Sunday, Mar 14, 2004
"In the midst of the raging global controversy over outsourcing, the
visiting French Industry and Energy Minister, Nicole Fontaine, has described
it as a "partnership" between two countries."
" Specifically in the area of information technology, however, she
was categorical that France was not really concerned about this aspect and did
not expect outsourcing to India to become a threat in any way. It was only in
sectors where jobs could possibly be lost by people who were not trained for
any other work that it could possibly become an issue, she said."
Ms. Fontaine, who was cautious in her response to the question on outsourcing,
reflected the European Union’s stance on the issue which was that operations
would naturally shift to more efficient countries as part of the globalisation
process.
During her stay in India, she would also visit the software park at Salt
Lake City in West Bengal and the French company ATOS SEMA’s software facilities
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A noter que parallèlement, alors que les groupements professionnels
de l’électronique redoutent une division par 2 des emplois d’ici 2006
dans leur secteur du fait des délocalisations (cf. http://www.drakkaronline.com/Actualite/Detail_Actu.asp?ID_Actu=31237),
Mme Fontaine, après les avoir reçu, a confirmé la "reconnaissance
par le gouvernement du caractère stratégique de cette industrie
pour l’économie du pays" et a décidé de créer
un groupe de travail ’Industrie électronique’, entre représentants
de la filière et du ministère.
à quand le tour des services informatiques ?
A noter également que quelques jours après cette
visite en Inde de Nicole Fontaine, le gouvernement indien cherche à recruter
des indiens francophones pour "rechercher de nouveaux jobs d’outsourcing"
Voir cet article assez édifiant : India to tap French-speakers to capture new outsourcing jobs
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Commentaires MUNCI :
1) Les déclarations tortueuses de Nicole Fontaine désignent
entre autres, assez clairement mais sans le nommer directement, l’offshore ("outsourcing")
tout en cherchant de diverses manières à admettre et même
encourager ces pratiques dans le cadre des relations commerciales franco-indiennes
et de la "coopération technologique" entre nos 2 pays
Nicole Fontaine reprend en effet à son compte certains arguments des lobbies
de l’offshore qui consistent à dire :
a- qu’il ne s’agit pas de délocalisations en tant que telles mais simplement
de relations commerciales et même de "partenariats"
("il faut être attentif à donner une bonne signification
au terme délocalisation"
"Outsourcing is partnership")
Ce à quoi nous répondons que l’offshore existe en effet principalement
sous 2 formes :
. celle basée sur des relations commerciales directes entre un client
local et un prestataire offshore (les seules, d’ailleurs, qui sont prises en
compte dans les études)
. celles d’externalisations menées (directement via des filiales ou indirectement
via des sous-traitants) par des sociétés informatiques locales
(SSII, éditeurs)
Si le terme de "délocalisation" convient en effet surtout au
2eme cas, le premier consiste quant à lui en un dumping sur les prix offrant
une concurrence sauvage, abusive et déloyale à nos SSII locales
comme à nous autres informaticiens victimes d’une explosion du chômage
dans notre secteur depuis près de 3 ans. Alors que certains secteurs bénéficient
d’une réglementation protectrice (ex. agriculture
), les prestations
intellectuelles quant à elles sont soumises au libre-échangisme
le plus total.
L’important est surtout de rappeler que dans les 2 cas, les effets sont évidemment
les mêmes sur l’emploi !
b- que l’offshore n’est pas destructeur d’emplois
("la délocalisation positive, à l’inverse de la première,
ravageuse", peut favoriser une extension d’activités et l’ouverture
d’une filiale à l’étranger, dans ce cas de figure, il n’y a pas
de perte d’emplois").
Ce discours est tout aussi trompeur car il consiste à déplacer
le problème de l’offshore et des pertes d’emplois sur celui de cette fameuse
"coopération franco-indienne dans les NTIC" qui prend notamment
la forme de création de filiales de nos sociétés informatiques
en Inde (Valtech, Cgey, Atos
etc). Dans le secteur informatique, cette "coopération"
est donc à sens unique et ce sens est celui des délocalisations
offshore : chacun sait que "l’informatique française", elle, ne s’exporte
pas (ou si peu ) en Inde
qui n’en a pas spécialement besoin !
Le discours de Nicole Fontaine vise aussi à jouer de manière
assez provocatrice sur les mots : s’il n’y a pas forcément de pertes d’emploi
directes avec l’offshore, il n’y a certainement pas de créations d’emplois
en revanche
en tout cas pas en France !
En parlant ainsi "d’extension d’activités et l’ouverture d’une
filiale à l’étranger", Madame Fontaine pensait sans-doute
au centre de développement d’ATOS SEMA à Bombay, fort de ses 1000
informaticiens indiens, qu’elle a visité au cours de son séjour
en Inde.
Mais il s’agit bien là précisément d’emplois qualifiés
de développeurs qui sont délocalisés pour les besoins des
clients occidentaux
- En affirmant :
"La France n’a pas vraiment de problèmes avec ce type de phénomène"
et "Specifically in the area of information
technology, however, she was categorical that France was not really concerned
about this aspect and did not expect outsourcing to India to become a threat
in any way. It was only in sectors where jobs could possibly be lost by people
who were not trained for any other work that it could possibly become an issue,
she said.",
Nicole Fontaine sous-estime (sciemment ??) à son tour l’impact de l’offshore
en France sur l’emploi informatique dont les études montrent pourtant
la forte croissance. Nous renvoyons nos visiteurs à notre dossier Offshore,
chiffres et perspectives où nous expliquons pourquoi le véritable
coût social de l’offshore en France est BIEN PLUS IMPORTANT que les estimations
actuelles, probablement plus du double au moins avec un chiffre qui doit se situer
entre 15000 à 20000 emplois perdus à la fin 2004.
Madame Fontaine a peut-être tendance à penser, elle ne serait hélas
pas la seule, que les emplois d’informaticiens délocalisés sont
peu qualifiés
ce à quoi nous répondons, au contraire,
que les prestations délocalisées en offshore concernent des projets
de plus en plus exigeants en compétences.
Mais peut-être faut-il désormais considérer les métiers
de base de l’informatique tel que le métier de développeur comme
des métiers peu qualifiés et sous-valorisés, c’est en tout
cas le sentiment croissant d’un grand nombre d’informaticiens
- En affirmant :
-"nous avons un intérêt commun, bien compris, d’encourager
ce type de développement"
-"France has been encouraging the ’’outsourcing’’ activity and French companies
have benefitted from such jobs"
Traduction => "la France a encouragé l’externalisation
(offshore ???) et les entreprises françaises ont profité de ces
emplois (délocalisés ???)
Cette phrase extrêmement équivoque de Nicole Fontaine sème
le doute : veut-elle parler d’outsourcing offshore
? Aux USA en tout cas, le
terme "d’outsourcing" est désormais clairement associé
à l’offshore
- "Shourie said there have been joint agreements between the two countries
where there will be exchanges of young IT professionals between the two countries".
Le MUNCI s’intérroge sur la nature de tels échanges étant
donné qu’ils concernent de jeunes professionnels plutôt que des
étudiants
Nous espérons simplement qu’il n’est pas question ici d’une forme quelconque
de dumping social telle que celles que nous connaissons parfois dans nos sociétés
informatiques avec par exemple le problème des "stages abusifs"
où des projets commerciaux sont confiés à des stagiaires
dans le cadre de stages de longue durée et avec une certaine obligation
de résultat
Nous espérons également que de tels échanges n’ont rien
à voir avec des prestations offshore !
2) Avec ces nouvelles déclarations, le doute n’est plus permis sur
le rôle BIENVEILLANT du Gouvernement vis à vis des délocalisations
offshore en Inde.
Jusqu’ici, on pouvait qualifier de plutôt "suspecte" et surtout
discrète l’attitude française vis à vis de l’outsourcing
en Inde, comme nous l’expliquons dans notre dossier "Le Gouvernement et certains
syndicats patronaux suspectés d’encourager l’offshore" où
nous relatons la visite de Raffarin en Inde accompagné du PDG de Valtech
(1er cas d’école en France pour l’offshore) pour représenter le
secteur informatique et surtout sa remise d’une médaille au PDG d’Infosys
(une des 1eres SSII indiennes assurant l’essentiel de son activité avec
l’offshore) dont "l’action a contribué à renforcer les liens
entre ces deux pays" sur décision du "groupe d’initiatives franco-indien"
présidé par le sénateur Jean FRANÇOIS PONCET
Loin de chercher à favoriser prioritairement la régionalisation de l’emploi Hitech ("nearshore" en province) et d’autres alternatives à l’offshore (sociétés-coopératives, réseaux d’indépendants, télétravail etc), Nicole Fontaine semble continuer à ignorer sciemment l’explosion du chômage dans notre secteur depuis près de 3 ans (ce qui pouvait être déjà perçu par cette réponse contournant la question étrange du sénateur Tregouet et qui renvoie le problème du marché de l’emploi informatique à des "tensions prévisibles à court-moyen terme" en se basant sur un rapport du Commissariat au Plan qui date de Novembre 2002 et qui prédisait alors des années continues de forte croissance pour le secteur informatique Voir aussi : http://forums.MUNCI.org/viewtopic.php?t=911) mais elle prend le parti d’aller à contre courant de la tendance croissance aux USA visant à protéger les emplois hi-tech des délocalisations après les décisions en ce sens du sénat et d’un nombre croissant d’Etats, tendance qualifiée forcément de "protectionniste" par les commentateurs (à défaut d’être plus simplement et légitimement .protectrice pour l’emploi) et qui est au coeur de la campagne présidentielle.
3) Pour le MUNCI, cette attitude devient réellement PROVOCATRICE
ET DANGEREUSE pour nos professions, il est temps qu’elle soit clarifiée
par le gouvernement !
Des actions sont en cours :
- Nous allons diffuser un communiqué qui va demander précisément
au gouvernement de clarifier ses positions
- Nous allons écrire directement à Nicole Fontaine pour lui demander
de s’expliquer
- Nous avons demandé à un député de poser une question
ORALE au gouvernement sur la question du marché de l’emploi informatique,
de l’offshore et de l’AGCS. Cette question sera posée début mai
à l’assemblée.
(notez que nous avons également demandé à un autre
député de saisir le gouvernement par une question écrite
concernant les contrats de mission
)
- Nous avons écris à tous les candidats aux élections
régionales pour leur demander de favoriser la régionalisation de
l’emploi hi-tech comme alternative à l’offshore :
Voir notre article.
(Ce courrier a fait l’objet d’une évocation dans Les Echos du
03/03/04 :"La résistible tentation des délocalisations")
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A lire :
Offshore, chiffres et perspectives
"Le Gouvernement et certains syndicats patronaux suspectés d’encourager
l’offshore"
Emploi informatique : les chiffres-clés






















