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MOTS-CLES

Délégation de personnel : les SSII à la limite de la légalité
Rubrique : ACTUS, INFOS > DSI, prestations, relations clients-prestataires > Régie, forfait, prêt de main d’oeuvre
Mots-clés : Prêt de main d’oeuvre, régie
Publié le 12 novembre 2001
Nombre de visiteurs uniques : 6818


01 Informatique - le 12/11/2001
http://www.01net.com/article/166640.html
Dans le cadre de projets, la sous-traitance se limite souvent à de la location de main-d’oeuvre. Client et prestataire commettent là le délit de marchandage

Extraits pertinents :

Le seul contrat de prestation peut déjà renfermer de nombreux éléments délictueux. Facturation définie en termes de temps passé (à la journée ou à la semaine) et non au forfait, lien de subordination prévu entre donneur d’ordres et prestataire, existence d’une période d’essai, comme pour un contrat de travail, mention nominative d’intervenants de la SSII…

Jérôme Saleur, avocat associé chez Lamy-Lexel, donne son avis d’expert sur cet état de fait :
“Nous sommes frappés de voir la quantité de contrats laconiques, qui se contentent d’indiquer le nombre d’informaticiens détachés et pour quelle durée. Or, il faut en dire plus que " quelques bras et quelques têtes ". Le donneur d’ordres ne doit pas juste mentionner avoir besoin de cinq ingénieurs et de trois analyste-programmeurs, mais aussi qu’il doit créer un site web, améliorer un outil informatique, passer à l’euro… Le prestataire doit apporter quelque chose que le donneur d’ordres n’a pas. Il faut qu’il y ait conseil, préconisation, avec remise d’un support écrit, plus qu’une simple location de main-d’oeuvre. Certains contrats induisent un lien de subordination. Ce qui enlève ce rôle de conseil de la SSII. Dans nombre de contrats également, le donneur d’ordres se réserve le droit de faire remplacer des consultants. C’est un indice de prêt de main-d’oeuvre illicite. Il peut prévoir qu’un consultant sera au-dessous des compétences requises. Mais il faut le formuler de manière plus large, et ne pas être nominatif dans sa requête.”

"Les SSII s’imaginent à chaque fois que l’on veut négocier le prix", commente Eric Desforges. " Elles sont plus préoccupées par leurs relations avec le client, leur image de marque, que par les contrats, estime Jean-Luc Gardie, fondateur de Web-Profils."

"Ne pas nommer l’intervenant ! C’est un sujet sur lequel je me bats avec les donneurs d’ordres , insiste Jean-Marc Lavallart, avocat associé au cabinet Lamy-Lexel. On sait bien que, dans la pratique, ils veulent travailler avec Untel ou Untel. Mais il ne faut pas oublier que l’on traite avec une SSII, et non avec monsieur Untel. La SSII est censée avoir la compétence de toute façon."

De même que s’il ne faut pas parler de période d’essai, il est toujours possible de biaiser, en prévoyant explicitement, par exemple, un délai d’appréciation d’une quinzaine de jours, censé permettre aux deux parties de mieux définir les compétences et d’évaluer le temps du projet.

L’un des plus gros problèmes reste la définition de la mission informatique. Plus elle est floue, moins elle se distingue de l’activité normale du client, et plus on se rapproche de la fausse prestation de services et du délit de marchandage. Idem pour le renouvellement du contrat : " On doit pouvoir vérifier une difficulté technique précise, mentionner un problème particulier mis en lumière par la SSII et qui n’était pas prévu , explique Jean-Marc Lavallart. L’assistance technique ad vitam aeternam n’abuse personne. Ou alors, il faut embaucher. " On en revient toujours là.

Au-delà du contrat, il suffit parfois d’observer le terrain. Des prestataires figurant dans l’organigramme, les listings téléphoniques, le planning des congés payés du client, munis de badges d’entrée, de cartes de visite, de tickets-restaurants indistincts de ceux des salariés du client, signant du papier à en-tête du client ou dont les heures supplémentaires payées par le client… sont autant d’indices de délit.

Les juges étudient la globalité d’une situation de sous-traitance - à la fois le contrat et les circonstances sur le terrain. La loi restant assez peu précise, ils procèdent par faisceaux d’indices. C’est leur nombre, leur degré de gravité et leur combinaison qui permettent de dire s’il y a délit ou non.

Des problèmes humains s’ajoutent. Comment les salariés maison peuvent-ils interpréter la présence permanente d’informaticiens délégués, qui font un travail identique au leur ? Ils y verront une façon, pour l’entreprise, de ne pas embaucher, voire un désaveu de leur propre travail. Sans compter que ces informaticiens, qui empiètent sur leur terrain, ne disposent pas de la même connaissance, de la même culture de l’entreprise, et donc de la même légitimité.

La grogne sera exacerbée quand le client accordera une prime aux prestataires et pas à ses salariés, alors qu’ils font la même chose. Le préjudice est ici flagrant. Mais c’est surtout en cas de plan social que les salariés sont susceptibles de réagir. Si des informaticiens externes sont là pour faire le même travail qu’eux, on imagine très bien un syndicat s’intéresser au cadre juridique de cette sous-traitance. Pour faire annuler le contrat et préserver les emplois en interne.

Au regard du droit, le recours à des informaticiens indépendants est-il plus difficile ? La situation est effectivement délicate : l’entreprise traite avec un interlocuteur qui est son propre patron. L’expertise technique de la société et l’informaticien lui-même ne font qu’un. Le risque de la relation de personne à personne est plus grand. Le client s’adresse à un individu, mais il doit le considérer comme une SSII. L’indépendant organise donc son travail selon ses propres contraintes et horaires, et doit avoir plusieurs clients, afin d’éviter toute relation de dépendance économique.

Et pourtant. Si l’arsenal juridique est bien là, le secteur de l’informatique connaît peu de condamnations au regard des pratiques. L’esprit tranquille, les entreprises s’exposent à des conséquences, qui, au-delà des conséquences juridiques, peuvent s’avérer lourdes à supporter. Et le danger vient généralement de l’intérieur.

En effet, à force de vivre au rythme du client (horaires, congés, management), les consultants d’une SSII finissent par vouloir y rester. Après un recours à la justice, le délit constaté, le contrat de sous-traitance sera requalifié en contrat de travail : les consultants de la SSII deviennent, du jour au lendemain, salariés du client. Avec les obligations sociales et financières que cela suppose.

Même les quelques condamnations peinent à servir de signal d’alarme. Un donneur d’ordres obligé d’embaucher vingt informaticiens après requalification du contrat de prestation ne va certainement pas l’ébruiter, histoire d’éviter de donner des idées à des salariés de ses autres prestataires. De même qu’on imagine mal un ou deux informaticiens engager une action en justice pour se faire embaucher. Leur carrière chez l’ancien client ne démarrerait pas dans la meilleure des ambiances.


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2 juillet 2004, par Yves Roussin Wportage

Les seules structures habilitées légalement a "déléguer du personnel" en entreprise sont les sociétés d’intérims, les autres offres sont la pour combler les autres demandes.

Pour repondre à votre deuxiéme sentiment, tel que mentionné dans votre texte (l’exploitation par les SSII). Il n’y a pas de loi générale, beaucoup de SSII sont respectueuses de leurs collaborateurs. Sinon essayez l’indépendance ou le portage. Ce mode de fonctionnement à pour but de placer face à face la personne "qui va faire" et celle "qui décide" et ceci est la base du commerce, de la relation humaine, celle que l’on oublie aujourd’hui et que l’on delaye, comme vous le dite, sous de pseudo entretien de recrutement ect ect.

……….

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15 avril 2004, par Barbapapa

Bonjour,

Ceci est un témoignage car je me suis d’ores et déjà frotté aux SSII françaises au cours de ma première recherche d’emploi. J’ai pris du recul depuis et je vous livre mon analyse sans pitié pour ce milieu sans foi ni loi :

Si nos anciens ont inventé le délit de marchandage, c’est sans doute à cause du plus vieux métier du monde. Voilà une entrée en matière fracassante s’il en est. Cessons donc de tergiverser et de pinailler sur des détails à n’en plus finir, alors que tout le monde sait la vérité et elle est structurellement très simple : ces "marchands de viande" sont des proxénètes cyniques pour la plupart. Appelons donc un chat un chat : "proxénète" a le mérite d’être efficace, tandis que "marchand de viande" ne signifie rien. Le délit de marchandage est très souvent constitué de fait, et depuis très longtemps pour tout dire, sauf qu’on en parlait pas avant.

De toute façon, le délit de marchandage reste, dans le meilleur des cas, implicite, invisible et improuvable, au cours de la recherche d’emploi en particulier, d’ou ces nombreuses récriminations d’ingénieurs au chômage psychologiquement fragilisés par les SSII. Ils se sentent à juste titre systématiquement grugés et floués par ces entretiens d’embauche structurellement biaisés (CV à en-tête, CV bidouillés, "vivier" de CV, déplacement et entretien sans réel poste proposé en face, etc……..). Le processus de recrutement avec une SSII n’est pas clairement limité et défini dans le temps et dans l’espace : vivier de CV, CV à en-tête chez les clients et à votre insu ne sont que des symptômes qui vous empêchent en réalité de refermer le livre de la "transaction" si vous n’y prenez garde. Vous ne pouvez pas calculer précisément la probabilité d’embauche associée à un déplacement. Bref, c’est le brouillard total et l’incertitude vous submerge . Multiplier des entretiens avec ces SSII toutes identiques dans ces conditions risque fort de dépersonnaliser l’ingénieur à terme. Limiter sa recherche d’emploi à une seule SSII, c’est reconnaître de fait un lien de subordination implicite car sans contrat ; c’est pourtant ce que sous-entend le manager (proxénète) qui vous demande systématiquement si vous avez déjà envoyé votre CV à des SSII concurrentes voire aux clients. Les CV à en-tête des SSII et sans vos coordonnées personnelles, alors que vous n’êtes pas encore sous contrat, risquent en effet de se retrouver simultanément sur le bureau d’un seul et même client et la plupart du temps à votre insu : ce serait presque risible si ce n’était écoeurant. En tous cas, c’est bien l’indice qui prouve le vice inhérent à la structure même du système SSII / Grands-Comptes.

Disons clairement que ces recruteurs sont rompus aux techniques de manipulation et que le chômeur, même ingénieur, n’est qu’un "objet" qui doit abdiquer sa liberté intérieure sous peine d’exclusion, et avant même la signature d’un hypothétique contrat : Voilà, tout est dit !

Mais revenons à nos moutons, c’est à dire à nos proxénètes : S’il y a un problème de "délit de marchandage" seulement aujourd’hui, c’est vraisemblablement parce qu’un délit de racolage passif a été créé tout récemment (en janvier 2003 pour être précis). Cela change tout, non seulement rue St Denis à Paris, mais aussi dans les SSII. Je le sais : je "tue" les SSII par cette simple remarque assassine, mais je n’ai pas affaire à des enfants de coeur, loin de là. Et pour cause justement.

Les « clients », Grands-Comptes (ou plutôt Grands-Ducs monarchiques) sont très souvent des ZINZINS, c’est à dire des INvestisseurs INstitutionnels voire de grands industriels soigneusement verrouillés par l’Etat. Il s’agit donc non seulement de précarité institutionnalisée , mais de prostitution institutionnalisée pour être tout à fait clair, le tout sous couvert d’un "libéralisme" dévoyé. Désolé d’être si sévère. Cela ne date pas d’hier d’ailleurs.

Peut-être que le rapport de Virville avait justement pour objectif de faire évoluer les SSII en les privant des intercontrats. De toute façon, pendant les intercontrats les proxénètes (managers) maltraitent et harcèlent moralement les malheureuses prostituées (consultants) , parce que les "passes" (régies voire même forfaits) ne sont plus assez nombreuses à leur goût. Donc ce n’est pas une solution, soyons réalistes. Le contrat de mission aurait au moins le mérite de contribuer à assainir le secteur en appelant un chat un chat, là encore. Mais je m’aventure peut-être un peu ici : c’est sans doute mon côté optimiste invétéré qui me laisse espérer si naîvement que nos politiques ne nous veulent décidément que du bien. Je suis en effet très, très sage et je ne suis pas révolutionnaire pour un sous.

Trop peu d’entreprises innovantes ont été créées en France et nos ingénieurs sont condamnées aux SSII à leur corps défendant, c’est à dire à une prostitution sans avenir. Dommage et surtout quel gâchis ! Personne ne travaille en SSII par choix ; tout le monde espère un poste fixe à terme, c’est évident. Peut-être que les incubateurs d’entreprises innovantes, créées grâce aux chercheurs si injustement décriés, apporteront bientôt une alternative viable et crédible à nos ingénieurs. En attendant ne confondons plus ingénieur et consultant, de grâce.

Je termine néanmoins par une note d’espoir : j’ai gardé un bon souvenir du processus de recrutement de la société General Electric Medical Systems. Ce n’est certes pas le paradis non plus, mais au moins il y a une cohérence non feinte avec l’idéologie du marché dont cette entreprise se réclame : General Electric n’exploite pas de "vivier" à homards de CV et fait comme s’il n’y avait pas de chômage, tandis que les SSII françaises jouent à fond la carte du chantage à l’exclusion (fusion du chômeur avec la SSII dès l’entretien et AVANT même la signature d’un contrat éventuel sous peine d’exclusion immédiate).

Voici le processus General Electric en 1997 :

Début du processus. 1. annonce de presse avec quatre profils précis de postes budgétés (le coût de l’annonce fait partie intégrante de ce budget-poste j’imagine) 2. convocation le même jour (le matin) d’une quinzaine de candidats sélectionnés uniquement par les CV récoltés grâce à l’annonc (pas de bases de données ou de « vivier » de CV). 3 réunion collective DRH le matin + 45 entretiens individuels avec des opérationnels organisées au cours de cette même journée grâce à une organisation millimétrique et impressionnante (rien à voir avec le bordel français). 4. réunion le soir même des décideurs (DRH + opérationnels) et prise de décision 5. Réponse le lendemain matin même dont quatre télégrammes pour les gagnants. 6. General Electric ne garde pas votre CV dans des bases de données débiles ("vivier" à homards de candidats). Fin du processus.

Bref, le processus de recrutement est ici parfaitement limité et défini dans le temps et dans l’espace et j’insiste lourdement sur ce point ; il n’y a donc pas de risque de dépersonnalisation à priori. Une saine émulation s’installe entre les compétiteurs car vous pouvez calculer en toute transparence votre probabilité d’embauche au cours de la réunion du matin : ratio postes / candidats soit une chance sur quatre, ce qui reste tout à fait raisonnable. J’ai gardé un excellent souvenir de cette journée : une porte s’est ouverte. Sans doute que General Electric a compris que les catégories ne sont pas figées, que l’exclusion n’est pas définitive et qu’il ne faut jamais préjuger de l’avenir : chômeur aujourd’hui certes mais pourquoi pas futurs fournisseur, futurs client plus tard…..Qui sait ?

Je suis désolé de mettre ainsi les pieds dans le plat ainsi avec les "proxénètes-managers français" , mais autant dire les choses franchement comme elles sont afin de faire bouger les choses. J’aime le risque et l’innovation et j’ai droit à l’erreur contrairement aux recruteurs des SSII engoncés dans leur hypocrisie mortifère.

Salut.

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17 mai 2004

c’est vrai que tu as raison dans ta comparaison et beaucoup de salariés de SSII utilisent et pensent (parfois sans se l’avouer) à cette image "proxénète-manager"/"prostitué-consultant". Le problème principal est que tout cela se fait sous l’égide de l’Etat qui trouve cette situation "normale"… Peut-être n’a-t-il jamais mis véritablement le nez dans le dossier ?. Quelque chose que je déteste particulièrement est effectivement le fait que les ssii t’intègrent avant même d’avoir signé le contrat de travail ! J’ai personnellement demandé à signer avant d’aller faire un entretien chez le client. Ces charlots m’auraient envoyé à Tombouctou la fleur au fusil et sans contrat ! non merci… Les viviers de CV ? Quelle est leur durée de vie ? Qu’en font-ils réellement ? Je parie qu’ils maquillent des cvs de chômeurs et les envoient au client… Perso quand je pose une candidature à une société ce n’est pas pour qu’ils la dispatchent chez tout leurs clients, fermant ainsi d’autres portes au chercheur d’emploi, grillé malgré lui par un faux CV. En tout cas bravo pour cet article

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30 mai 2004, par Barbapapa

Délit de marchandage et SSII en France (rectificatif et corrections / version 1.1 )

Bonjour,

Ceci est un témoignage, car je me suis d’ores et déjà frotté, contraint et forcé, aux SSII françaises, pendant ma première recherche d’emploi. J’ai pris du recul depuis, et je vous livre mon analyse sur ce milieu sans foi ni loi :

Si nos anciens ont inventé le délit de marchandage (marchands de sueur au 19ème siècle), c’est aussi à cause du plus "vieux métier du monde". Voilà une entrée en matière sidérante s’il en est. Cessons de tergiverser et de pinailler sur des détails à n’en plus finir, alors que chacun d’entre nous ressasse dans son coin l’évidence, on ne peut plus simple structurellement parlant : ces "marchands de viande" sont des PROXENETES, cyniques pour la plupart. Appelons désormais un chat un chat : "proxénète" a le mérite d’être efficace, tandis que "marchand de viande" ne signifiait rien, tout en vexant mon boucher, personnage pourtant fort sympathique. Le délit de marchandage est très souvent constitué, de fait, et depuis très longtemps, sauf qu’on en parlait pas avant.

Le délit de marchandage reste, dans le meilleur des cas, implicite, invisible et improuvable, en particulier au cours de la recherche d’emploi ; d’ou ces nombreuses récriminations d’ingénieurs au chômage, fragilisés à dessein par les SSII. Le site internet "recruteurs-bidons", le bien nommé, regorge de témoignages tous aussi explicites les uns que les autres. Ces informaticiens se sentent, à juste titre, systématiquement grugés et floués par ces entretiens d’embauche structurellement biaisés de l’intérieur (CV à en-tête des SSII, CV bidouillés, "vivier" de CV, déplacement et entretien sans réel poste proposé en face, etc……..). Le recrutement en [Grands-Comptes / SSII ] n’est surtout pas cadré et défini dans le temps et dans l’espace : vivier de CV, CV à en-tête des SSII chez les clients et à votre insu, ne sont que des symptômes qui vous empêchent de refermer le livre de la "transaction", si vous n’y prenez garde. Vous ne pouvez pas calculer précisément la probabilité d’embauche associée à un déplacement à l’autre bout de la France. Bref, c’est le brouillard total et l’incertitude vous submerge : le monstre assaSSIIn vous a déjà paradoxalement "embauché" à votre insu.

MULTIPLIER des entretiens avec ces SSII, INCONTOURNABLES et toutes semblables (marchandage oblige), risque fort de dépersonnaliser l’ingénieur. Limiter sa recherche d’emploi à UNE SEULE SSII, c’est reconnaître, de fait, un lien de subordination sans contrat, c’est à dire une soumission absolue ; c’est pourtant ce que laisse induire lourdement le manager, lorsque ce dernier vous demande si vous avez déjà envoyé votre CV à des SSII concurrentes. Les CV, à en-tête des SSII et sans vos coordonnées personnelles, alors que vous n’êtes pas encore sous contrat, risquent en effet de se télescoper, bêtement, sur le bureau d’un seul et même client (le véritable employeur parmi 36000, compte tenu de vos rares contacts antérieurs) : ce serait presque risible si ce n’était écoeurant. En tout cas, c’est bien l’indice qui prouve le vice inhérent à la structure imbriquée [ Grands-Comptes / SSII / Exclusion], avec sous-traitances en cascade si possible. Et en filigrane, le dilemme irrépressible de l’informaticien français : dépersonnalisation insidieuse (entretiens MULTIPLES) ou écrasement instantané (UN SEUL entretien). Le vrai CHOIX finalement : changer de métier ou s’expatrier.

Disons clairement que ces recruteurs sont rompus aux techniques de manipulation. Le chômeur, même ingénieur, n’est plus qu’un "objet". Celui-ci doit abdiquer sa liberté intérieure, sous peine d’exclusion, et AVANT la signature d’un hypothétique contrat : Voilà, tout est dit !

Mais revenons à nos moutons, c’est à dire à nos proxénètes : Si le "délit de marchandage" (CAUSE) pose problème seulement aujourd’hui, c’est vraisemblablement parce qu’un "délit de racolage passif" (EFFET) a été créé tout récemment (en janvier 2003 pour être précis). Cela change tout, non seulement rue St Denis à Paris, mais aussi dans ces SSII sordides. Je le sais : je "tue"ici le monstre assaSSIIn, mais je n’ai pas affaire à des enfants de choeur, loin de là. Et pour cause justement.

Les « clients », Grands-Comptes (ou plutôt Grands-Ducs monarchiques) sont très souvent des ZINZINS autoritaires, c’est à dire deS INvestisseurS INstitutionnels, voire de grands industriels, tous soigneusement verrouillés par l’Etat. Il s’agit donc non seulement de précarité institutionnalisée , mais de prostitution institutionnalisée OBLIGATOIRE, pour être limpide, le tout sous couvert d’un "libéralisme" dévoyé. Désolé d’être si sévère. Cela ne date pas d’hier, pour tout dire.

Le rapport "de Virville" avait peut-être pour objectif d’émanciper les consultantes "protégées", en supprimant les intercontrats, c’est à dire en fragilisant le proxénète qui ne peut renforcer son emprise qu’entre deux "passes". En effet, pendant les intercontrats, les proxénètes (managers) maltraitent et harcèlent moralement les malheureuses prostituées (consultantes) , parce que les "passes" (régies voire même forfaits) ne sont plus assez nombreuses.Ce n’est pas là un "progrès social", c’est le moins que l’on puisse dire. Le contrat de mission avait au moins le mérite de commencer à assainir le secteur, en appelant un chat un chat, là encore. Mais je m’aventure peut-être un peu ici : c’est sans doute mon côté optimiste invétéré qui me laisse espérer, si naîvement, que nos politiques ne nous veulent décidément que du bien. Je suis en effet très, très sage et je ne suis pas révolutionnaire pour un sou.

Trop peu d’entreprises innovantes ont été créées en France et nos ingénieurs sont contraints de passer sous les Fourches caudines de ces SSII en situation de monopole. C’est à dire qu’il doivent accepter, à leur corps défendant, une prostitution stérile, destructrice et sans avenir. Dommage et surtout quel gâchis ! Nul n’est implicitement censé "tapiner" en SSII par CHOIX, surtout si le faux "manager" français vous assène explicitement le contraire sous couvert de libéralisme. c’est ici LE point essentiel : pas de CHOIX en réalité. La plupart espère, heureusement, un poste fixe, dans une entreprise "normale" avec de vrais produits. Peut-être que les incubateurs d’entreprises innovantes, créées grâce aux chercheurs si injustement décriés, ouvriront bientôt une alternative viable et crédible à nos ingénieurs. En attendant ne confondons plus ingénieur et consultante "protégée", de grâce.

Je termine néanmoins par un motif d’espoir : j’ai gardé un bon souvenir du processus de recrutement proposé par la société General Electric Medical Systems. Ce n’est certes pas le paradis non plus, mais au moins cette entreprise reste en cohérence non feinte avec les règles du marché qui la font vivre : General Electric ignore superbement le chômage. General Electric n’exploite donc pas de "vivier à homards" sans valeur de CV. A l’inverse des SSII françaises qui, de leur côté, jouent à fond la carte du chantage à l’exclusion : fusion du chômeur avec la SSII, dès l’entretien, et AVANT la signature d’un contrat éventuel, sous peine de rejet immédiat.

Voici le processus General Electric en 1997 : Début du processus. 1. annonce de presse avec quatre profils précis de postes budgétés (le coût de l’annonce fait partie intégrante de ce budget-poste je présume) 2. convocation le même jour (le matin) d’une quinzaine de candidats sélectionnés uniquement par les CV récoltés grâce à l’annonce (pas de bases de données ou de « vivier » de CV). 3 réunion collective DRH le matin + 45 entretiens individuels avec des opérationnels, organisées au cours de cette même journée, grâce à une organisation millimétrique et impressionnante (aucune comparaison avec le bordel de ces entreprises françaises). 4. réunion le soir même des décideurs (DRH + opérationnels) et prise de décision 5. Réponse le lendemain matin, dont quatre télégrammes pour les gagnants. 6. General Electric ne garde pas votre CV dans des bases de données sans valeur ("vivier à homards" de candidats). Fin du processus.

Bref, le processus de recrutement (éventuellement informatisé) offre ici un cadre extérieur strictement limité et défini dans le temps et dans l’espace et j’insiste lourdement sur ce point. Il n’y a donc pas de risque de dépersonnalisation a priori, et c’est bien le moins que l’on puisse exiger en l’échange de la confiance du candidat. Une saine émulation s’instaure entre les compétiteurs d’un jour, car vous pouvez calculer, en toute transparence, votre probabilité d’embauche au cours de la réunion du matin : ratio postes / candidats soit une chance sur quatre, ce qui reste tout à fait raisonnable et vaut effectivement le déplacement. J’ai gardé un excellent souvenir de cette journée : une porte s’est ouverte. General Electric a sans aucun doute compris que les catégories ne sont pas figées, c’est à dire que l’exclusion n’est pas définitive : chômeur aujourd’hui, certes, mais pourquoi pas futur fournisseur, futur client, voire futur actionnaire plus tard…..Qui sait ? Il ne faut jamais préjuger de l’avenir.

Je suis désolé de mettre, ainsi, les pieds dans le plat ainsi avec les "proxénètes High-Tech français" , mais autant rester franc, afin de faire bouger les lignes. J’aime le risque, l’innovation et j’ai droit à l’erreur, contrairement à ces recruteurs de SSII engoncés dans leur hypocrisie mortifère.

Finalement, quelle organisation archaîque en guise de High-Tech sophistiquée !

Salut.

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