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MOTS-CLES

Délit de marchandage : le Cigref se laisse tenter à son tour par l’irresponsabilité sociale
Rubrique : DOSSIERS, POSITIONS > Prestation de services, externalisation
Mots-clés : Cigref / Prêt de main d’oeuvre, régie
Publié le 9 janvier 2008, mis à jour le 23 janvier 2008
Nombre de visiteurs uniques : 3739


Le club de DSI réclame la suppression de la loi sur le délit de marchandage, pour mieux "libérer le marché du travail"…

Consulté par la Commission ATTALI pour la Libération de la Croissance (voir nos commentaires à la fin de cet article), le Cigref a diffusé ses propositions pour "Libérer la Croissance Française par l’Usage des Technologies de l’Information et de la Communication" dans un document d’une vingtaine de pages.

Si l’on ne peut qu’approuver les propositions économiques, il en est autrement de cette proposition totalement IRRESPONSABLE (voire même…IRRÉFLÉCHIE ?) figurant en page 3 visant à "libérer le marché du travail" :

Proposition : Supprimer la loi sur le délit de marchandage
Dans le domaine des TIC, les sociétés ont de plus en plus fréquemment recours à des prestataires de service afin de gagner en expertise dans des domaines qu’elles ne maîtrisent pas. Il conviendrait, afin d’assainir les relations liant l’entreprise et les prestataires de services, de supprimer la loi sur le délit de marchandage. Il faut redonner sa valeur au travail et arrêter la différenciation entre les entreprises fonctionnant principalement en régie, et les sociétés d’intérim.

BIEN AU CONTRAIRE !
Afin "d’assainir les relations liant l’entreprise et les prestataires de services", le droit du travail doit être renforcé sur la question de la sous-traitance et du prêt de main d’œuvre (prêt illicite de main d’œuvre et délits de marchandage) avec une séparation plus nette entre le travail intérimaire/à durée déterminée et la prestation de services/sous-traitance dans le cadre du SALARIAT :
- Le travail temporaire/à durée déterminée ne doit concerner que les missions à durée limitée (ou prenant fin à la réalisation de l’objet pour lequel le contrat de travail a été conclu), le surcroît temporaire d’activité, le remplacement de personnel, les travaux saisonniers et emplois d’usage.
- La prestation/sous-traitance de services, elle seule, doit relever de l’expertise ou de compétences non disponibles chez le client, en étant dédiée à l’exécution précise et contractuellement bien définie d’une prestation : les sociétés de services et de conseil doivent (re)devenir de vrais fournisseurs de services et de conseil, c’est à de vraies sociétés d’expertise (ce qu’elles sont sensées être depuis leur origine) et non plus de simples fournisseurs de main d’œuvre comme c’est bien trop souvent le cas, ce qui fait d’une grande partie d’entre elles de « faux sous-traitants », c’est-à-dire de véritables entreprises de travail illégal, avec la complicité des donneurs d’ordres (notamment les membres du CIGREF !)
- Les deux doivent être limités dans le temps et ne doivent donc avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise (ce qui est loin d’être le cas dans la réalité à travers nombre de contrats en régie).

Il est GRAND TEMPS de remettre de l’ordre également sur notre marché du travail !
En dehors des SSII, existe-t-il d’autres sociétés "d’expertise", dans notre tissu économique, où les commerciaux occupent aussi souvent des responsabilités managériales ?
Néanmoins, s’agissant de délits pénaux (travail illégal), il faut reconnaitre que les peines encourues par nos dirigeants, pour cause de prêt illicite de main d’œuvre ou délit de marchandage, peuvent être excessives. Aussi sommes-nous favorables à une dépénalisation de ces délits.
(propositions extraites du Document de position du MUNCI, partie II. PRESTATION DE SERVICES, SOUS-TRAITANCE ET EXTERNALISATION)

La POSITION du CIGREF vise, au contraire, très clairement à légitimer le fonctionnement en régie des SSII (estimé à environ 2/3 des contrats de prestations avec détachement de prestataires…) qui correspond depuis toujours à de "l’intérim de luxe".
Rien d’étonnant à cela étant donné la parfaite "complicité" entre grands comptes (CIGREF) et grandes SSII (SYNTEC) pour une "prestatérisation" accélérée de la profession chez les SSII, ces sous-traitants sur qui est reportée toute la flexibilité ainsi que la délicate gestion des carrières…

A LIRE : les positions du SYNTEC à ce sujet.


A propos de la Commission ATTALI pour la Libération de la Croissance :

Cette Commission (pas forcément représentative de tout ce qui peut contribuer réellement à la croissance dans notre pays…) se compose essentiellement de dirigeants et de grands patrons parmi lesquels :

- Pierre NANTERME, Président d’Accenture France et de la fédération Syntec.
- Luc François SALVADOR, Président directeur général de Sogeti.
- Geoffroy ROUX de BEYZIEUX (fondateur de The Phone House, président du club Croissance Plus)
- Eric LABAYE, Directeur général de McKinsey France (le cabinet d’analyste le plus favorable au monde aux externalisations et délocalisations, dont les études sur ces sujets sont les principales sources de revenus…)
- Michel De VIRVILLE, secrétaire général et DRH du groupe Renault (promoteur d’une généralisation du contrat de mission ou contrat de projet, et probablement piètre DRH si l’on en juge aux problèmes de RH rencontrés chez Renault et ses filiales…)

Si le modèle des sociétés de services doit devenir le futur modèle de la croissance économique, il y a de gros soucis à se faire !

A lire :
Commission Attali : la croissance selon Gribouille


MAJ 23.01.2008 :

La proposition en question n’a, fort heureusement, pas été retenue parmi les 316 propositions du rapport Attali.
Un non-évènement par conséquent…


MAJ 29.01.2008 :

Le rapport Attali, les TIC et l’emploi : commentaires du MUNCI


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18 février 2008

L’irresponsabilité du CIGREF consiste surtout à faire des propositions vagues, dans des domaines qu’il ne maitrise pas, et donc a créer de l’ambigüité sur ses positions. Dommage quand on prétend représenter - une partie au moins - de la profession !

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10 janvier 2008, par Mimisue

Bon, le CIGREF est de mauvaise foi puisque la loi en l’état prevoit que l’apport d’un savoir faire spécifique distinct de celui des salariés de l’entreprise utilisatrice en vue d’effectuer un transfert de connaissance depuis les consultants vers les salariés de l’entreprise utilisatrice est autorisé. Donc le delit de marchandage comme frein à l’innovation… mon oeil.

Néanmoins, je me demande s’il ne faut pas les laisser faire. "Pourquoi ?" me direz vous.

Parce que les sociétés de services constituent une particularité bien francaise (cela n’existe nulle part ailleurs en Europe) générée par la loi sur le délit de marchandage. Initialement la raison pour laquelle le délit de marchandage a été institué, c’était pour éviter les rapaces du style SSII : « Nous voulons l’abolition du marchandage, parce qu’il est odieux qu’entre le patron et l’ouvrier se glissent de rapaces intermédiaires qui exploitent le second et, quel que soit le bon vouloir du premier, font descendre le salaire au niveau marqué par la faim. » Louis BLANC 1848

Marrant comme certaines dispositions donnent lieu au phenomene inverse de celui qui est attendu, hein ?

Comme les entreprises utilisatrices ont peur du délit de marchandage, elles preferent recourir aux SSIIs. Maintenant si le délit de marchandage n’existe plus, cela signifie que moi, petit indépendant, je peux proposer mes services directement à qui bon me semble, sans etre obligé de passer par la SSII rapace… Non ?

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14 janvier 2008, par Alice

Pour rentrer dans un grand groupe comme prestataire, il faut maintenant être dans une société "référencée". C’est à dire avoir négocié un contrat-cadre de fourniture de "services". Ce qui n’est pas à la portée d’un indépendant ou d’une TPE.

Autre point, j’ai lu que pour échapper à la réglementation sur les clauses de "non-concurrence" dans le contrat de travail, des clauses de non-embauche du prestataire par le client étaient maintenant insérées dans les contrats entre commerciaux et clients. Aucun contrôle possible à ce niveau, et c’est complètement invisible du salarié concerné (et piégé).

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