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Emploi IT : 2009 "annus horribilis" pour les informaticiens
Rubrique : DOSSIERS, POSITIONS > Emploi, marché du Travail
Mots-clés : Bilan 2009 / Chômage des informaticiens / Chiffres emploi informatique
Publié le 11 février 2010, mis à jour le 1er octobre 2010
Nombre de visiteurs uniques : 5037


Munci, 11.02.2010 | MAJ 21.12.2010
Le nombre de demandeurs d’emploi dans les métiers IT (informatique & télécoms) a augmenté de +58% en 2009 pour s’élever en fin d’année à environ 30 000 chômeurs (soit 6.5% de la profession) : une progression trois fois supérieure à celle constatée sur l’ensemble du marché du travail sur la même période ! Depuis le début de la crise, la hausse s’élève à même +90% !
Le secteur des services informatiques a perdu plus de 9000 emplois en 2009. Certes, cela aurait pu être pire… et les perspectives s’annoncent un peu meilleures pour 2010.

 Sur le plan du chômage et des pertes d’emplois

En ce qui concerne le CHÔMAGE dans nos professions :

Sources : Dares/Pôle-emploi
- Cat. A (sans emploi) : Onglet Metier_V3 A, colonne CW
- Cat. A+B+C (tous demandeurs d’emploi, donc ceux ayant eu une activité réduite) : Onglet Metier_V3 ABC, colonne CW
(la colonne CW correspond aux demandeurs d’emploi dans le domaine professionnel des "systèmes d’information et de télécommunication", qui remplace depuis février 2010 les "professionnels de l’informatique", à lire à ce sujet)

L’année 2009 restera comme l’une des pires qu’ait connu la profession sur le plan du chômage, avec des hausses spectaculaires de :
- +58% (+10 300) demandeurs d’emploi en cat. A
- +55% (+11 900) demandeurs d’emploi en cat. A+B+C

Soit une progression trois fois supérieure à celle constatée sur l’ensemble du marché du travail (+18,5% / +407.200 personnes) sur la même période !!!

Depuis l’été 2008 et le début de la crise, où l’on avait atteint un point bas de 14 800 demandeurs d’emploi en juin 2008, le chômage a progressé de… +90% dans les métiers IT !!!

On dénombre actuellement :
- 28 100 demandeurs d’emploi en informatique/télécoms en cat. A
- 33 700 demandeurs d’emploi en informatique/télécoms en cat. A+B+C

Rapporté aux 515 000 salariés et demandeurs d’emploi de la profession (cf. tableau p.7, les indépendants ne sont pas pris en compte dans les chiffres du chômage), nous obtenons un taux de chômage sectoriel d’environ 6.5%… désormais bien loin d’un marché de plein emploi.
Un taux de chômage par ailleurs supérieur à celui des cadres estimé à 4.2% selon l’Apec (70 à 80% des informaticiens sont cadres).

Ces chiffres et progressions sont comparables à ceux de la "grande crise" des années 2002 et 2003 (à lire).


En ce qui concerne les OFFRES D’EMPLOI & LES RECRUTEMENTS :

Étude Pôle-emploi "Les recrutements et la crise" :
"L’évolution du recueil d’offres dans le domaine professionnel de l’informatique (-35 %) est très proche de celle qui a été constatée pour le secteur d’activité des activités/services informatiques (-33 %).
Cependant, il convient de garder présent à l’esprit le fait que ce dernier propose dans près de la moitié des cas des emplois correspondant à d’autres métiers (commerciaux, employés administratifs), et que les professionnels de l’informatique trouvent d’autres débouchés que dans les SSII.
Cela posé, on peut observer que l’évolution est moins défavorable pour les techniciens (-30 %) que pour les ingénieurs (-40 %), qui sont un peu plus nombreux et bénéficient de contrats plus stables (70 % de CDI contre 54 % pour les techniciens)."

A noter que selon le dernier bulletin de la Dares sur "les tensions sur le marché du travail" (4eme trimestre 2009) :
- "Au cours de l’année 2009, le recul des tensions sur le marché du travail reste globalement marqué (-9,0 %) ; presque tous les domaines s’inscrivent en baisse particulièrement l’informatique (-37,4 %)"
- le rapport entre les offres d’emploi collectées et les demandes d’emploi enregistrées n’est plus que de… 0,43 offres par demandeur d’emploi en informatique.

De même, selon l’étude Dares 2010-069 - Les métiers en 2009 : seuls quelques métiers résistent à la dégradation du marché du travail, les métiers de l’informatique font partie de ceux qui ont le plus souffert de la crise de 2008-2009 en étant classés dans le groupe 3 (voir page 6 du pdf), à savoir les "domaines dont les tensions sur le marché du travail ont fortement chuté et pour lesquels aucun rebond n’était encore observé fin 2009" : "les domaines professionnels de ce groupe ont subi entre 2008 et 2009 une forte chute des tensions qui témoigne d’une nette dégradation du marché du travail. Il en est ainsi pour les métiers de l’informatique et pour les cadres et ingénieurs de l’industrie (…)."

(A la page 8 de cette étude, on lit par ailleurs un chiffre intéressant : en 2009 on dénombre 316 000 ingénieurs informatique & telecoms, soit une hausse de 68 000 (+25%, environ 11500 par an) entre 2003 et 2009.


En ce qui concerne les PERTES D’EMPLOI : les effectifs du secteur des services informatiques ont fondu davantage qu’annoncé au cours de l’année 2009, passant de 366 643 salariés fin 2008 à 357 345 fin 2009, soit 9 298 suppressions de postes (3% des effectifs) !
Sources : Unistatis / Pôle-emploi : Année 2008 - Année 2009

Les chiffres en provenance de l’Insee (voir : onglet "Niveau", ligne "31 JC : Activités informatiques et services d’information") sont du même ordre : les effectifs du secteur "Activités informatiques et services d’information" (selon le nouveau périmètre de l’Insee, c’est à dire hors éditeurs de logiciels), sont passés de 315 600 fin 2008 à 307 200 fin 2009, soit une perte de 8400 postes environ.

Ces pertes d’emploi sont, elles-aussi, comparables voire même supérieures à celles des années 2002 et 2003 (à lire).


Une question qui revient assez fréquemment :
Pourquoi certains observateurs du marché (dans la presse, chez les dirigeants/DRH… ou parmi les informaticiens eux-mêmes) ont une vision nettement plus favorable de l’emploi informatique, allant même jusqu’à parler encore de "difficultés de recrutement" ?
Réponse :
Beaucoup voient l’emploi informatique de façon stéréotypée à travers le "profil-type" de l’ingénieur informaticien francilien, de préférence expérimenté. Or il est vrai que ce profil n’est généralement pas le plus en difficulté…
Mais c’est là une vision parisianiste (…) et réductrice des choses puisque ce profil-type ne correspond grosso-modo qu’à 40% des postes.

(Rappelons en effet que 60% de l’emploi IT est concentré sur l’Ile de France et qu’environ les 2/3 des informaticiens sont de niveau > bac+4…)


LES RAISONS DE LA HAUSSE DU CHÔMAGE :
Trois raisons expliquent principalement cette forte hausse du chômage dans nos professions :
- La première est bien évidemment la crise économique qui ampute les budgets IT des grands comptes comme des PME (fortement corrélés à l’évolution du PIB), ce qui se traduit par une diminution des recrutements comme des demandes de prestations de services IT.
- La deuxième raison est le sur-effectif de candidats (et plus particulièrement de jeunes diplômés) à l’embauche : ces dernières années, en effet, nos dirigeants, responsables publics et certains médias ont agité le spectre (spectre pour les uns… miroir aux alouettes pour les autres) de la "pénurie d’informaticiens", entraînant ainsi la multiplication de filières de formation en informatique (formations initiales, mais aussi formation à la va-vite de chômeurs scientifiques et autre profils non techniques dans des domaines très (trop ?) spécialisés de l’informatique…).
Ces candidats sans expérience, les plus nombreux à se retrouver au chômage, font aujourd’hui les frais de ce mensonge récurrent qu’est la "pénurie d’informaticiens".
Il se reproduit ainsi exactement le même phénomène que dans un passé proche : la crise des années 2002-2004, qui a suivi le plein-emploi des années 1996-2001…
La raison est bien connue : prétextant de sempiternelles "difficultés de recrutements" (très relatives en réalité), le patronat (et ses valets dans les cabinets ministériels) a en réalité… HORREUR DU PLEIN-EMPLOI, FLEXIBILITÉ OBLIGE !
- La troisième raison (liée elle-aussi, comme la précédente, à la grande médiocrité de nos politiques publiques en faveur de l’emploi) est celle de l’immigration économique : les deux listes de "métiers en tension" (la première concerne les ressortissants de l’Union européenne, la seconde celle des ressortissants des pays extérieurs à l’UE) établies début 2008 et dans lesquelles figure l’ensemble des métiers de l’informatique sur tout le territoire (listes pour lesquelles la situation de l’emploi ou l’absence de recherche préalable de candidats déjà présents sur le marché du travail local ne peut pas être opposée aux ressortissants étrangers) n’ont toujours pas été revues depuis le début de la crise… ce qui est totalement anormal.
En 2008 et 2009, ce sont ainsi plusieurs milliers de cartes de séjour (*) qui ont été accordées à des informaticiens étrangers (souvent payés à des salaires inférieurs aux prix du marché…) : si l’impact sur l’augmentation du chômage est relativement faible par rapport aux deux raisons précédentes, il n’est pas marginal pour autant… et ce d’autant plus que beaucoup d’informaticiens au chômage sont eux-mêmes des ressortissants étrangers (pour la plupart jeunes diplômés et ex.stagiaires en informatique originaires du Maghreb) !
(*) MAJ avril 2010 :
. Selon les statistiques de l’OCDE (division des migrations internationales), les immigrés représentent, en France et en 2007, 17,4% des actifs (hors chômeurs) exerçant dans l’informatique et 16,5 % dans les services aux entreprises, contre une moyenne de 11,3 % pour l’ensemble de la population active (source : Le Monde, 27.02.2010).
. Selon l’étude d’impact réalisée en mars 2010 par l’Assemblée Nationale dans le cadre du projet de loi "relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité", les métiers de l’informatique représentent 70 % de l’ensemble des autorisations de travail délivrées pour les métiers figurant sur la liste des métiers ouverts sans opposition de l’emploi !!

CONCLUSION : sur le plan de la hausse du chômage comme des pertes d’emplois, nous constatons que la crise actuelle est tout aussi sévère, sinon plus, que la crise précédente des années 2002 et 2003.
Le marché des services informatiques demeure un marché de "stop and go" fortement cyclique où la part des activités récurrentes (infogérance…), les progrès sur le plan de la formation, ou encore une (prétendue) meilleure perception par les DG des avantages compétitifs pour l’entreprise engendrés par des SI innovants et performants (…), ne suffisent pas à enrayer l’image "d’intérim de luxe" d’un secteur à faible visibilité où les prestataires de services servent le plus souvent de variables d’ajustement de l’activité économique des grands comptes comme des PME, telle une catégorie inférieure de cadres…
Sans oublier, bien sur, la part croissante que prennent les délocalisations offshore.

 Sur le plan de l’activité économique et des perspectives

Après plusieurs années de croissance, l’activité a reculé de 4% en 2009 selon le Syntec Informatique.

Cette récession avait été (malheureusement) anticipée par le MUNCI dès le mois de décembre 2008 (époque où l’immense majorité des acteurs du marché s’attendait encore à une petite croissance du secteur…) :
"Nous anticipons en effet pour l’année 2009 une récession du secteur que nous espérons inférieure à 5%.
Si une récession mineure et de courte durée n’est pas forcément préoccupante après un CA sectoriel aussi élevé que celui de 2008, les conséquences sur l’emploi peuvent toutefois être redoutables si l’on se souvient des deux dernières années de récession dans notre secteur (-3% en 2002 et -5% en 2003 => 25 000 emplois perdus)."

Le marché devrait retrouver en 2010 le chemin d’une croissance progressive pour s’établir entre 0 et +2% (reprise attendue au 2nd semestre), voir : Services informatiques : bilan 2009, prévisions 2010 (et quelques chiffres "fantaisistes"...) selon Syntec Informatique.

Selon l’Apec, les recrutements de cadres informaticiens devraient repartir à la hausse (entre 0 et +11%) en 2010.
Mais… à lire à ce sujet : Panel Apec entreprise 2010 (informatique) : peut-on encore se fier aux prévisions de l’Apec ?.
Selon le Syntec Informatique, le secteur devrait de nouveau créer 3.000 à 5.000 emplois nets en 2010.

Voir aussi :
- Prévisions Syntec : 2010, la reprise en pente douce (01net)
- Après avoir minimisé la crise, Syntec Informatique ne prévoit plus qu’une reprise molle en 2010 (LeMagIT)

 2008-2009 : les conflits sociaux s’exacerbent dans l’IT

Ces deux dernières années, des grèves et manifestations ont éclatées chez Atos, Capgemini, Altran, GFI, Thales Services, Akka IS, BT Services, NextiraOne, Business Objects, Calyon/CA ainsi que HP/EDS, IBM, Alcatel-Lucent, Nortel France…etc

Voir : Les conflits sociaux dans le secteur informatique (SSII, DSI, télécoms...).

 QUE COMPTE FAIRE LE MUNCI ?

A LIRE

Revue de presse :

- Le nombre de chômeurs dans l’informatique bondit de 58% en 2009 (Véronique Tison, REUTERS | Repris par Le Monde, Les Echos, Tf1 news…)
CORRECTION :
"l’informatique faisait partie des "métiers en tension" avant la crise"
ERREUR : l’informatique fait toujours partie de la liste des "métiers en tension"… malgré la crise.

- L’emploi des informaticiens mis à mal par la crise (Maxime Amiot, Les Echos)
CORRECTIONS :
. "De même, le secteur reste le plus gros recruteur français de cadres, loin devant l’ingénierie R&D, la santé et l’action sociale."
ERREUR : en se reportant au tableau de la page 6 du CP de l’Apec, on voit bien que l’informatique passe après les Etudes-R&D et le commercial en terme de volumes de recrutements.
. "l’Apec anticipe ainsi une croissance des effectifs comprise entre 0 et 11 %."
ERREUR : l’Apec anticipe une croissance des… recrutements, pas des effectifs. La distinction est importante compte-tenu de la forte décorrélation entre recrutements et créations nettes de postes dans l’informatique ainsi que le montrent les chiffres 2009.

- Informatique : 2009, « annus horribilis » pour l’emploi selon l’association professionnelle des informaticiens Munci (Cyril Duchamp, dépêche AEF n°127444)

- SSII : Neurones étoffe ses effectifs (Le Figaro Economie, 15/02/10)

- L’emploi en informatique en France : une année 2009 difficile (PcInpact)
- Munci : hausse du chômage de 58% chez les informaticiens en 2009 (L’informaticien)
- Forte hausse du nombre de demandeurs d’emploi en informatique (ITChannel.info)
- Emploi IT : 2009 annus horribilis (Programmez.com)
- Forte hausse du chômage chez les informaticiens en 2009 (Capital)
- Les métiers de l’informatique en difficulté (Le JDD)


Participez à nos sondages !

Recrutements et chômage des informaticiens en 2010 : hausse, baisse, stagnation… ?

Selon vous, croissance ou récession du secteur des services IT en 2010 ?


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