Les propos ci-dessous nous ont été rapportés par plusieurs journalistes présents lors de cette conférence de presse pathétique.
1. Effectifs et chômage dans la profession
La conférence de presse commence par une contre-vérité de premier plan de la part de M. Guy Mamou-Mani au sujet des chiffres de l’Apec et du chômage dans le secteur.
M. Guy Mamou-Mani affirme que "tous les chiffres que l’on vous donne sont fournis par l’APEC, un organisme indépendant", qu’il n’y a "aucun changement, aucun arrangement", que "nous sommes particulièrement scrupuleux sur la donnée des chiffres parce que si on veut discuter d’un sujet, on doit avoir des repères" (dont acte)…
Il s’en suit immédiatement un topo sur le chômage dans nos professions où M. Guy Mamou-Mani rappelle les chiffres des demandeurs d’emploi dans le secteur (rappelons que ces chiffres ne sont pas communiqués par l’Apec mais par la Dares/Pôle-emploi).
Pour M. Guy Mamou-Mani, le nombre d’informaticiens en France s’élève à… 800 000 !! A savoir "400 000 environ dans les services informatiques et autant chez les clients".
Si bien que "le taux de chômage de la profession n’est que de 3%" : "un chiffre incontestable qui n’est pas donné par nous"… ose-t-il rajouter !
Nous avons une mauvaise nouvelle pour M. Guy Mamou-Mani : les "800 000 informaticiens en France" et les "3% de chômeurs dans l’informatique" sont une PURE INVENTION du Syntec Numérique, et CERTAINEMENT PAS des chiffres fournis par l’Apec (non présents d’ailleurs dans le baromètre Apec-Syntec Numérique) !
Nous renvoyons en effet M. Guy Mamou-Mani à cet article que nous venons de mettre à jour : Taux de chômage des informaticiens : la tromperie du Syntec Numérique.
Voir la partie 2. la surévaluation des effectifs de la profession (2eme approche) où nous rappelons ceci :
. Il est faux de dire qu’il y a "400 000 informaticiens" dans les services informatiques : en effet, selon cette étude récente de l’Apec, le secteur totalise 282 200 salariés (cadres et non-cadres) exerçant une fonction dans l’informatique (les autres, environ 84 000, exerçant des fonctions managériales, commerciales, administratives…).
. Selon la même étude pré-citée de l’Apec, il y aurait environ 391 000 salariés (cadres et non cadres) exerçant en France une fonction dans l’informatique : on est donc bien loin du chiffre du Syntec Numérique… qui prétend pourtant s’appuyer sur l’Apec pour "avoir des repères chiffrés" !!
. L’association Pascaline évalue de son côté à "539 244 le nombre d’ingénieurs et techniciens reconnus comme exerçant un métier centré sur l’informatique (dont respectivement 171 837 et 55 915 travaillent dans le secteur Logiciels et Services)" à la page 11 de ce rapport. Un chiffre crédible qui rejoint d’ailleurs celui de l’Insee. Le comble est que l’association Pascaline dépend elle-même… du Syntec Numérique !!
Il est grand temps que M. Guy Mamou-Mani connaisse le chiffre "officiel" des effectifs de la profession dont il veut être le grand représentant…
Ce chiffre est communiqué tous les 3 mois par la Dares dans l’étude "Dares Indicateurs - Tensions sur le marché du travail" à partir des enquêtes Emploi Insee. Il se situe, au 2eme trimestre 2011, à 533 000 informaticiens salariés et demandeurs d’emploi.
On le retrouve également dans cette récente étude de la Dares sur l’emploi informatique : Métiers en 2010 : focus sur l’informatique (étude Dares).
Pour connaître le niveau exact du chômage dans nos professions, voir : Evolution du chômage des informaticiens (sources : Dares-Pôle emploi, Insee).
M. Guy Mamou-Mani rajoute que "nous n’avons rien à gagner à mentir sur ces chiffres". Le MUNCI pense au contraire que les SSII ont tout à y gagner…
Nos employeurs craignent par dessus tout le plein emploi et ses "difficultés de recrutement" car c’est contraire à la flexibilité, entraine des dépenses de formation (besoins d’adaptation au poste pour les profils "non calibrés") et favorise la hausse le rattrapage des salaires.
Un marché du travail équilibré est forcément un marché de… "pénurie" !
De surcroît, exagérer les “difficultés de recrutement” a toujours été un moyen pour les SSII de légitimer davantage le recours à l’offshore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts… souvent synonymes de dumping social, réduction des coûts oblige !
Autre intérêt (moins critiquable évidemment) : bénéficier des fonds publics - pôle-emploi, collectivités territoriales… - pour former des chômeurs informaticiens et non-informaticiens à nos métiers (classés dans la liste des métiers prioritaires…).
2. RSE et premières charges contre le MUNCI
La conférence de presse se poursuit par une dénonciation voilée du MUNCI, "organisation pseudo-syndicale qui mène un très mauvais combat car cela nous empêche de faire pression sur les politiques pour améliorer le nombre de diplômés en informatique".
Nous voulons rassurer M. Guy Mamou-Mani sur ce point : nous voulons seulement éviter la sur-estimation des besoins sur notre marché du travail car nous en subissons régulièrement les conséquences (…), autrement nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher qui que ce soit de limiter le nombre de diplômés en informatique (si tant est que cela serait notre intention).
M. Guy Mamou-Mani affirme au passage que "le secteur est porteur même en période de crise" ( !), il n’est sans doute pas au courant que le chômage dans l’informatique a triplé au cours de la crise 2002-2003 et doublé au cours de la crise 2008-2009. Il demande ensuite une "mobilisation générale, en particulier des salariés, pour nous soutenir dans ce combat", décidément il ne manque pas d’air…
M. Guy Mamou-Mani considère que le secteur fait d’énormes efforts en terme de responsabilité sociale (handicapés, mixité…), mais pas un mot sur les seniors bien sur… Lire à ce sujet : Seniors et diversité : l’informatique encore et toujours bonnet d’âne .
Il déclare également que "le CV anonyme est une vaste rigolade" face à la diversité déjà présente dans le secteur. Nous le renvoyons à cette remarquable expérience de la SSII Norsys : [Presse] Grâce au CV anonyme, la SSII Norsys recrute plus de femmes et de seniors .
3. La Circulaire Guéant
Nous arrivons au 2eme temps fort de cette conférence après les chiffres du chômage.
Dans un discours alambiqué, M. Guy Mamou-Mani affirme que 6000 jeunes diplômés de nos grandes écoles ont été pénalisés à cause de la Circulaire Guéant dans la mesure où leurs stages et CDD n’ont pas pu être transformés en CDI malgré les possibilités d’embauche offertes par des entreprises du numérique.
Si nous rejoignons le Syntec Numérique sur le cas bien précis du changement de statut des diplômés étrangers (à lire), il est parfaitement ÉVIDENT que ce chiffre de 6000 diplômés étrangers refoulés est totalement disproportionné s’agissant des seules entreprises du numérique !
En effet, selon le Collectif du 31 mai (source) et ce reportage, ce sont 8 000 à 10 000 diplômés étrangers des grandes écoles et universités qui voudraient rester travailler en France.
Et comme le rappelle le gouvernement : " 5 700 autorisations de changement de statut ont été accordées jusqu’ici, soit une augmentation de 35 % par rapport à l’année dernière".
Par conséquent, il y aurait au grand maximum 2000 à 4000 dossiers refoulés ou pas encore traités… toutes filières confondues.
"6000 étudiants de grandes écoles refoulés rien que pour la filière numérique", c’est donc évidemment… "une vaste rigolade" !!! Et comme souvent un pur produit de l’imagination du Syntec Numérique.
Sauf que c’est grave d’en arriver à une désinformation aussi GROTESQUE devant la presse.
4. Le bouquet final
Selon M. Guy Mamou-Mani, les "centrales syndicales sont nos vraies interlocuteurs", bien qu’"elles ne s’expriment pas sur ces sujets" (ce qui doit bien arranger le président du Syntec numérique…), tandis que le MUNCI n’est en revanche qu’un "pseudo-défenseur des travailleurs".
M. Guy Mamou-Mani se demande toujours, d’ailleurs, si nous sommes "un syndicat ou une association" (il est bien le seul à se le demander encore… il suffit pour cela de voir notre logo) et considère que notre "association avec le CICF qui est un syndicat patronal" (il ne s’agit pas d’une "association" mais d’un partenariat avec le CICF Informatique) produit un "magma général"…
Nous voulons rappeler à M. Guy Mamou-Mani que nous sommes en démocratie et que les associations y ont un rôle important à jouer, y compris les associations professionnelles comme la nôtre. Et comme, justement, nous ne sommes pas un syndicat de salariés (car nous fédérons aussi des freelance/TPE et des demandeurs d’emploi), nous avons toute latitude pour nous allier à un syndicat "patronal" de freelance/TPE proche de notre philosophie et de (certains de) nos combats, ne lui en déplaise !
Mais on peut se demander si M. Guy Mamou-Mani a vraiment le sens de la démocratie…
Contre toute attente, il s’est d’ailleurs montré flatté de la tentation hégémonique que l’on prête au Syntec Numérique !
Pour M. Guy Mamou-Mani, notre "fond de commerce est la contestation des chiffres du Syntec" (si seulement nous n’avions que çà à faire…) et nous "travaillons contre l’intérêt de toute la profession et surtout des salariés". Nous sommes désolés de l’apprendre ! Il semble toutefois que M. Guy Mamou-Mani soit quelque peu en décalage par rapport à la vision qu’ont beaucoup de (ex)salariés des SSII et du Syntec Numérique…
L’Afdel en prend aussi indirectement pour son grade puisque que M. Guy Mamou-Mani affirme que "ca devient clair que le Syntec Numérique représente la profession des éditeurs". Sous-tendu : nous sommes les seuls représentants des éditeurs…
5. Conclusion
Comme M. Guy Mamou-Mani, le MUNCI est "particulièrement scrupuleux sur les chiffres car nous devons avoir des repères".
C’est d’ailleurs le rôle de l’Observatoire du Numérique qui existe actuellement au CSF STIC (présidé par Jean Mounet) et qui travaillera très bientôt en synergie avec la DGCIS et le Conseil National du Numérique. Espérons que cet observatoire sera plus rigoureux sur les chiffres de l’emploi IT que ne l’est le Syntec Numérique…
M. Guy Mamou-Mani défend une noble cause : la promotion de la filière numérique auprès du pouvoir politique.
Mais il faut absolument qu’il comprenne deux choses :
primo, il n’aura jamais à lui seul le monopole de la représentation du numérique en France, pas même des services informatiques… la "France numérique d’en bas" entend bien continuer à se faire entendre elle-aussi !
secundo, pour être crédible auprès du pouvoir politique, il faut arriver avec des indicateurs fiables et non avec des chiffres enjolivés ou fantaisistes car il en va de l’image de nos professions (censées avoir le sens de la précision…).
Visiblement le marketing a bien pris le dessus sur l’ancien professeur de mathématiques qu’est M. Guy Mamou-Mani… (ça ne s’invente pas !)
Le Syntec Numérique entend communiquer prochainement ses propositions auprès des candidats à la présidentielle, le MUNCI en fera de même et écrira en 2012 aux nouveaux députés pour demander un rapport parlementaire sur le fonctionnement des services informatiques en France.
La conférence de presse de M. Guy Mamou-Mani donne, une fois de plus, la détestable impression que seule la voix du "grand timonier du Syntec Numérique" devrait être écoutée…
Il semble que M. Guy Mamou-Mani ne supporte pas la contradiction et soit assez susceptible… en fin de compte une question se pose : est-il vraiment à la hauteur ?
Les précédents
Ce n’est pas la première fois que le Syntec Numérique se montre aussi approximatif avec les chiffres de l’emploi IT…
Voir :
Taux de chômage des informaticiens : la tromperie du Syntec Numérique
Emplois non pourvus : le Syntec Numérique induit en erreur le Conseil National du Numérique
Emploi : les premières "erreurs" du Syntec numérique (ex. Syntec informatique)
Par ailleurs, M. Guy Mamou-Mani avait déjà exprimé le clivage (à relativiser…) sur nos visions respectives des services informatiques dans cette itw donnée au Monde Informatique.
PS :
Revue de presse :
Emploi IT et pénurie : les arguments du Syntec Numérique ne tiennent pas (ZdNet)
Emploi IT : une bataille des chiffres entre le Syntec et le Munci qui n’est pas anodine (ZdNet)
IT : le Syntec prévoit une année 2012 terne (Clubic)
(merci à eux de nous avoir relayé suite aux attaques indignes de M. Guy Mamou Mani…)
http://www.zdnet.fr/actualites/econ…
http://www.zdnet.fr/actualites/empl…
http://www.lesechos.fr/entreprises-…
http://www.lemondeinformatique.fr/a…
http://www.usinenouvelle.com/articl…
http://www.silicon.fr/conjoncture%C…
A lire aussi (bog Nicolas Séné) :
Le patron du Syntec numérique fait son cinéma
Le baromètre incantatoire du Syntec numérique






















