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par MUNCI, le 24 mai
Bonjour, Nous avons rajouté des réponses supplémentaires dans le texte. Cdlt.


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MOTS-CLES

Enquête "Besoins en Main-d’Oeuvre (BMO)" Pole-emploi 2009 : le trompe-l’oeil des [difficultés de] recrutements en informatique
Rubrique : ACTUS, INFOS > Emploi, Marché(s) > Année 2009
Mots-clés : Chiffres emploi informatique / Difficultés de recrutement / Enquêtes BMO Pôle-emploi / Previsions 2009
Publié le 11 avril 2009, mis à jour le 15 avril 2009
Nombre de visiteurs uniques : 6196



- Cadres de l’informatique : 36 717 projets de recrutements annoncés pour 2009 (39 390 en 2008), 53,7% des entreprises interrogées anticipent des difficultés de recrutements (contre 62.8% l’an dernier, soit -14,4%).
- Programmeurs et autres informaticiens (sauf ingénieurs et cadres) : 7 260 projets de recrutements annoncés pour 2009 (8 637 en 2008), 41,4% des entreprises interrogées anticipent des difficultés de recrutements (contre 44.8% l’an dernier, soit -7,6%).
- Moyenne pondérée des difficultés de recrutement anticipées pour les cadres et techniciens de l’informatique : 51,7% pour un total de 43 977 postes.

Quelques précisions utiles…
L’enquête Besoins en Main d’Oeuvre (BMO) mesure les intentions de recrutement des employeurs pour l’année à venir, qu’il s’agisse de créations de postes ou de remplacements.
Sur 10 embauches réalisées par les entreprises, quatre le sont en interne, trois par appel à des candidats débauchés dans une autre entreprise, deux viennent diminuer les rangs des chômeurs ou des inactifs et une correspond à un "primo arrivant" sur le marché du travail.
L’enquête BMO 2009, huitième édition du genre, a été réalisée en octobre-novembre 2008, c’est-à-dire au moment où la crise n’en était encore qu’à ses débuts
(sources : pôle-emploi)



NOS COMMENTAIRES :

- Une enquête… PEU FIABLE :
L’an passé, l’enquête BMO 2008 annonçait 39 390 projets de recrutements de cadres informaticiens pour l’année 2008.
Même son de cloche du côté de l’Apec (Panel Entreprise 2008) qui prévoyait entre 36 000 et 40 000 recrutements.
Le Syntec Informatique nous annonçait quant à lui (lors de sa conférence annuelle du 05 novembre 2008), 40 000 à 45 000 recrutements rien que pour les services informatiques en 2008 !
Mais ceux sont finalement… 28 500 recrutements de cadres informaticiens qui ont été réalisés en 2008 (en baisse de 24% par rapport à l’année 2007), soit une erreur de prévision d’environ 30% !! (rappelons que la crise ne s’est fait sentir qu’à partir du dernier trimestre 2008…)
Selon l’Apec, les prévisions de recrutement ne sont d’ailleurs jamais tenues dans l’informatique.
A lire à ce sujet : Apec Panel entreprises 2009 : des constats « déroutants » pour l’emploi informatique !

Il serait donc fort souhaitable que le pôle-emploi effectue un SUIVI de l’enquête BMO d’une année sur l’autre ! Mais aussi que l’enquête porte sur les prévisions de créations d’emplois NETTES : dans un secteur comme l’informatique, 75% des recrutements consistent à remplacer du personnel en raison d’un TURNOVER RECORD tandis que les créations d’emplois nettes ne concernent que les 25% restants.

- Les effets de la CRISE n’ont visiblement pas été pris en compte au moment de l’enquête :
Le Syntec Informatique ne s’attend à aucune création d’emploi nette dans le secteur en 2009. Déjà en 2008, selon l’Apec, le secteur a créé SEULEMENT 700 nouveaux emplois cadres (soit un petit +0.3% par rapport à 2007… contre +1.6% en moyenne tous secteurs confondus) !!
Depuis le début de la crise, la plupart des employeurs et notamment les SSII ont gelé (ou fortement diminué) leurs recrutements d’informaticiens…
Le chômage des informaticiens progresse fortement depuis l’été 2008. Depuis son plus bas du mois de juin 2008, il a progressé d’environ +25% en 6 mois, soit une progression supérieure à celle constatée sur l’ensemble du marché du travail, et concerne actuellement environ 5% des informaticiens.
Dans ces conditions là, les prévisions de recrutement d’informaticiens semblent FORTEMENT surestimées… et avec elles les "difficultés de recrutement".

- PLUS QUE JAMAIS, les employeurs, et en particulier les DRH des SSII, se moquent du monde quand ils parlent de "difficultés de recrutement" dans l’informatique…


1. D’abord précisons que ces "difficultés de recrutement" concernent essentiellement les SSII et beaucoup moins (voire nullement) les entreprises utilisatrices.
Plusieurs raisons à cela :
- Ces dernières ont la faveur des candidats à la différence des premières qui sont souvent boudées par les informaticiens pour des raisons de mauvaise image/GRH, d’instabilité du lieu de travail, de salaires inférieurs (…etc). Il est donc logique que les SSII connaissent davantage de "difficultés de recrutement" en recevant moins de candidatures !
Au sein même des SSII, il existe, pour les mêmes raisons, des disparités importantes… les (nombreux) "marchands de viande" étant davantage écartés par les informaticiens au profit des SSII les plus côtées.
- 85% des recrutements émanent des SSII qui obéissent à des logiques de recrutement bien particulières, à savoir principalement des recrutements de profils calibrés, en terme de compétences, sur mission. Alors que les entreprises utilisatrices sont plus souples et recrutent davantage, en terme de métiers/qualifications, sur profil.

Voici d’ailleurs des études (effectuées en 2006-2007, soit au plus fort des prétendues "difficultés de recrutement") qui vont dans ce sens :
- Etude Apec sur le recrutement des cadres en Europe
Extraits : "Seules 10% des entreprises européennes interrogées déclarent rencontrer des difficultés de recrutements de cadres informaticiens (à comparer aux 46% du secteur Production-Exploitation…). A noter qu’en France, les difficultés sont très ciblées et concernent notamment les cadres et les ingénieurs dans la Construction et les informaticiens dans les activités informatiques"
- 58% des entreprises parisiennes ne rencontrent pas de difficultés de recrutement d’informaticiens
Voir aussi "Entre chômage et difficultés de recrutement : se souvenir pour prévoir" (Etude Dares 2001) (pages 47 à 54)

2. Ensuite, les "difficultés de recrutement" en SSII cachent en réalité de nombreuses disparités qui doivent être analysées avec beaucoup de discernement sous l’angle des spécificités de notre marché du travail : le profil-type de l’informaticien employable est celui d’un francilien (ou vivant dans l’une des 4 régions qui comptent à elles seules près de 80% de l’emploi IT en France : IDF, Paca, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées), ingénieur ou au minimum bac+4, avec des compétences bien adaptées aux missions, déjà en poste ou avec peu d’ancienneté au chômage… et qui n’est plus dans la technique (développement, systèmes, réseaux, administrateurs… soit 80% des postes d’informaticiens) passé la quarantaine sous peine d’une fréquente et scandaleuse discrimination à l’embauche (hors spécialités les plus recherchées bien sur) !
Quand les SSII ne parviennent pas à recruter RAPIDEMENT (souvent le temps d’un appel d’offre…) ces profils-types ou bien des profils SUR MESURE ("moutons à 5 pattes" ou spécialistes rares) à des SALAIRES MODÉRÉS, elles crient naturellement à la "pénurie d’informaticiens" et aux "difficultés de recrutement", et cela quand bien même les profils difficiles à recruter ne représentent qu’une très faible part de leurs recrutements.
Si bien que même en période de crise, il n’est pas étonnant que certaines SSII continuent à se plaindre de pseudo-"difficultés de recrutement"…

3. L’inadéquation entre l’offre et la demande est un problème structurel : l’urgence et la spécialisation de l’offre (côté entreprises) sont et seront toujours plus ou moins en décalage avec la disponibilité et la qualification de la demande (côté candidats).
Voir à ce sujet : L’emploi informatique en Ile-de-France : inadéquation entre l’offre et la demande.
Les "fautifs" étant : les filières de formation initiale (encore trop souvent théoriques et pas assez professionnalisantes), les centres de formation professionnelle pour chômeurs (dont l’offre est souvent inadaptée aux principaux besoins du marché), les fournisseurs/éditeurs (qui n’assurent pas suffisamment de transfert de compétences sur leurs outils) et, enfin, les SSII elles-mêmes qui forment trop peu leurs salariés et plus particulièrement les nouveaux embauchés pour les adapter aux projets.
Cette situation risque cependant de s’amplifier pour plusieurs raisons :
- D’abord parce que les SI se complexifient, que les outils & langages se multiplient… et donc que les compétences recherchées ne cessent de s’accroitre.
- Ensuite à cause du recours croissant à l’externalisation et à la prestation de services, c’est à dire aux SSII (et ce au grand dam de la plupart des informaticiens qui refusent de plus en plus clairement cette « prestarisation » de la profession…)

Quoi qu’il en soit, la réalité reprend toujours le dessus : dans l’étude "Les salaires des cadres en 2007", l’Apec relativise fortement l’impact des "difficultés de recrutement" dans les SSII : "la difficulté à trouver le bon profil entraîne un recrutement « sous dimensionné » par rapport à la recherche envisagée dans 29 % des cas (autrement dit, le salarié finalement embauché possède un profil moins développé que celui envisagé par les recruteurs). Mais, si la moitié des recruteurs déclarent qu’il existe un écart entre le profil de la personne recrutée et le profil recherché, ils ne sont que 10 % à considérer cet écart comme important."

4. L’impression de "pénurie" est accentué artificiellement par la "démultiplication" des offres pour un même poste.
Explications :
Quand un client passe un appel d’offres, de nombreuses SSII cherchent à pourvoir simultanément le même poste en passant des annonces semblables.
Mais au final… il n’y a qu’un seul poste à pourvoir dans une seule SSII, Si bien que les SSII qui n’ont pas pu embaucher le profil convoité ressentent logiquement un sentiment accru de "difficultés de recrutement" !

5. Par ailleurs, exagérer sciemment les "difficultés de recrutement" a toujours été un moyen stratégique pour les SSII et le Syntec à la fois de monter les prix auprès de leurs clients (au pire de mieux résister aux pressions tarifaires…) mais aussi de légitimer davantage le recours à l’offshore et à l’immigration économique auprès des pouvoirs publics.
Or, ce dernier cas est très souvent synonyme de… dumping social, réduction des coûts oblige !
En effet, il est fréquent que les informaticiens étrangers venus en France soient payés en deçà des salaires réels du marché.
Autre leitmotiv : bénéficier des fonds de l’Assedic pour former à la va-vite des jeunes scientifiques aux métiers de l’informatique…

6. Rappelons enfin que dans l’immense majorité des SSII, ce sont les managers (ou commerciaux) qui sont sur le terrain et qui réalisent les embauches, si bien que les responsables RH évaluent quant à eux les difficultés réelles de recrutement de façon souvent approximative…
Voir à ce sujet : SSII, le trompe l’oeil de "l’effet pénurie" (étude Apec) (Étude Apec sur "les pratiques de recrutement des SSII", août 2006).

Pour approfondir ces questions, voir :
- SSII, le trompe l’oeil de "l’effet pénurie" (étude Apec)
- Une approche critique des données de l’emploi informatique (et ses nombreuses disparités...)
- http://munci.org/+-Tensions-difficu...


On peut d’ailleurs s’interroger sur l’objectivité de nos employeurs et sur la fiabilité de cette enquête (…) quand on constate que les prévisions de difficultés de recrutements sont parfois TRÈS différentes dans d’importants bassins d’emploi… pourtant LIMITROPHES !
Exemple :
HAUTS DE SEINE SUD : 4401 projets de recrutements, 73% d’annonces de difficultés de recrutement
PARIS LA VILLETTE : 3726 projets de recrutements, 32% d’annonces de difficultés de recrutement
… la différence est tout de même de taille !!!

- Des chiffres qui cachent des INÉGALITÉS importantes :
. Sur le plan de la qualification : si 53,7% des entreprises interrogées anticipent des difficultés de recrutements de cadres informaticiens, ce chiffre descend à 41.4% pour les non-cadres (techniciens).
. Sur le plan géographique : les difficultés annoncées de recrutements de cadres informaticiens (> 50%), parmi les plus importants projets de recrutements (ie. bassins d’emploi), concernent principalement l’Ile de France (qui concentre plus des 2/3 des intentions de recrutements) secondairement Rhône-Alpes, Paca, Loire-Atlantique et le Nord. Elles sont par contre beaucoup plus faibles (< 50%) voire parfois inexistantes dans les autres régions de France.

OR, une évaluation faussée de notre marché du travail (basée uniquement sur les volumes d’offres d’emploi et de recrutements bruts ainsi que sur les prétendues "difficultés de recrutement" annoncées par nos employeurs… au lieu des [créations d’emploi nettes->1213] et du taux de chômage sectoriel) peut avoir des conséquences néfastes en termes de politiques publiques, de décisions économiques/syndicales et de choix de carrière pour les étudiants : flexibilité accrue sur le marché du travail, offshore mieux légitimé (notamment auprès des pouvoirs publics et par l’administration), immigration économique injustifiée (c’est précisément sur les volumes d’offres d’emplois et de recrutements que s’est basé le gouvernement pour établir en 2008 les listes de "métiers en tension" ouverts à l’immigration économique avec en premier lieu les métiers de l’informatique), abus de financements publics (ex. formations financées par les Assedic pour le compte de SSII), multiplication des filières de formation en informatique (avec risque consécutif d’excédent de main d’oeuvre sur le marché du travail, ex : années 2001-2004)…

- De façon plus générale, il est admis que les résultats de cette enquête sont à prendre avec beaucoup de PRÉCAUTIONS :
A lire en effet (à propos de l’étude 2008) :
. Main-d’œuvre : une demande croissante
. Embauches : 2008, embellie en trompe-l’oeil
. Enquête BMO 2008 : un optimisme débridé
Extraits :
"Cette enquête, soumise fin 2007 à 1,5 million d’établissements affiliés à l’assurance-chômage, n’a obtenu que 356 800 réponses (soit 20% de réponses seulement), une proportion en baisse par rapport à l’année précédente (417.000 réponses sur 1,471 million). Et c’est sur ce taux de réponse plutôt faiblard que l’Unedic planifie son année par exemple pour les budgets formation…"
"Il y aura certes 1,3 millions d’embauches cette année. Mais cela ne correspond pas à des créations nettes d’emplois, loin de là. Les embauches concernent dans trois cas sur dix des salariés qui changent d’entreprises en gardant le même métier, et quatre fois sur dix un changement de poste d’un employé dans une même société."
"Ce dynamisme des intentions de recrutement peut sembler en contradiction avec la baisse du nombre de créations nettes d’emplois annoncée pour 2008. L’Unedic, dans sa note de prévision du 18 mars, estimait "que le rythme des embauches devait fortement s’infléchir en 2008, avec une création nette annuelle de 140 000 emplois", soit deux fois moins que les 307 000 créés en 2007.
L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) fait preuve de la même prudence dans sa note de conjoncture de mars : 96 000 créations d’emplois attendues pour le premier semestre, alors qu’elles étaient 361000 pour toute l’année 2007."

Voir aussi :
Enquête BMO 2009 : une dégradation prévisible (actuchomage.org)


REVUE DE PRESSE :

- Près de 1 million d’embauches prévues en 2009 (Le Parisien 11.04.2009)
- La vérité sur 990 000 recrutements annoncés par le pôle emploi pour 2009 (Humanité Dimanche, 24.04.2009)
- Recrutements dans l’informatique : les chiffres du Pôle Emploi critiqués (Zdnet, 14.04.2009)
- 36 717 intentions d’embauche prévues dans l’informatique en 2009 (01net, 14.04.2009)
- 36 700 recrutements de cadres IT en 2009 : il n’y a que le Pôle Emploi pour y croire (LeMagIT, 15.04.2009)
- Les difficultés du recrutement selon le Munci (ITRManager, 14.04.2009)


VOIR AUSSI :

- Enquête "BMO Unedic 2008" : des "difficultés de recrutement" très inégales dans l’informatique
- Enquête BMO Unedic 2007 : des recrutements d’informaticiens inégaux
- Enquête "Unedic BMO 2006" : l’eternel retour du mythe de la penurie d’informaticiens
- Chiffres de l’emploi en informatique (chômage des informaticiens, offres d’emplois, recrutements)


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