Extraits pertinents :
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Très diversifiés, les métiers de l’informatique sont aussi soumis à des évolutions multiples et rapides, sous l’impulsion de l’innovation technologique, mais aussi de facteurs commerciaux et organisationnels. Et ces évolutions ne sont pas de nature à faciliter les appariements sur le marché de l’emploi. Mais elles ne sont pas seules en cause dans les difficultés de recrutement qui sont périodiquement invoquées par les sociétés de service et d’ingénierie informatique.
L’examen sur longue période des données du marché du travail, ainsi que celui de la littérature disponible en la matière, montrent que de telles difficultés (de recrutement) sont aussi la rançon d’un mode de gestion de l’emploi très focalisé sur le court terme, et peu propice à répondre aux besoins lorsque ceux-ci s’accroissent : succédant à des périodes où les recrutements se sont raréfiés, les phases de reprise de l’activité sont aussi celles où les candidats sont devenus peu nombreux.
Certes très exposés, comme d’autres sous-traitants, aux aléas de la vie économique, et devant faire face à la pression de leurs concurrents et de leurs donneurs d’ordres, les prestataires de services informatiques bénéficieraient sans nul doute d’une gestion des compétences mieux assise dans la durée, et plus à la hauteur des enjeux dont est porteur ce domaine professionnel.
Les ingénieurs de l’informatique (M2Z), qui forment la famille la plus volumineuse de ce domaine au total très qualifié, ont connu une augmentation considérable de leurs effectifs, passant d’environ 50 000 emplois au début des années quatre-vingt à près de 320 000 dans les années récentes. En dépit de tassements périodiques, ce n’est qu’avec la crise de 2008-2009 que cette progression quasi-continue a marqué un véritable temps d’arrêt. Ces analystes programmeurs, ingénieurs d’études ou de développement et chefs de projets sont fortement concentrés en Île-de-France, ainsi qu’en Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes, accentuant ainsi des disparités régionales qui n’épargnent pas les deux autres familles du domaine. Il s’agit d’une profession jeune où la part des femmes, qui a peu progressé en vingt-cinq ans, n’est que de 19 % et reste faible parmi les jeunes. Le niveau de diplôme y est en outre très élevé, puisque les deux tiers de ces salariés détiennent un diplôme supérieur. Exercés sur CDI, ces emplois impliquent une charge de travail importante : 73 % de ces ingénieurs déclarent travailler plus de 40 heures par semaine.
Ces évolutions (des métiers), qui requièrent une adaptation permanente de certains professionnels, ne sont pas de nature à contribuer à une bonne lisibilité du domaine. C’est au demeurant en invoquant leur imprévisibilité que les représentants des employeurs concernés n’ont pas souhaité que soient inclus dans la convention collective de branche des emplois-repères reconnus [11].
Or les évolutions conjoncturelles pèsent plus particulièrement sur les SSII, puisque, comme d’autres sous-traitants, elles ont notamment pour fonction de gérer les aléas inhérents aux fluctuations de la vie économique. Dans la mesure où il s’agit d’investissements souvent lourds, nombre de projets informatiques sont abandonnés ou reportés lorsque celle-ci se dégrade. Par ailleurs, les donneurs d’ordres pourvoient fréquemment leurs propres emplois en faisant appel aux personnels des sociétés de service détachés auprès d’eux [8]. Dès lors, plutôt que d’investir dans une gestion des compétences à moyen et long terme, les prestataires sont tentés de se focaliser sur la satisfaction de leurs besoins immédiats. Mais, comme en témoignent les données disponibles sur longue période, ce mode de gestion de la main-d’oeuvre implique en retour des difficultés à trouver des candidats lorsque ces besoins s’accroissent.
Dans la mesure où ces entreprises s’adressent très fréquemment au service public de l’emploi [1], les offres que celui-ci a recueillies sur longue période fournissent une bonne illustration de ces mouvements.
(…)
L’évolution de l’indicateur de tensions traduit celle du rapport entre les offres recueillies et les demandes enregistrées par le service public de l’emploi. Le déséquilibre entre les premières et les secondes, nettement plus fluctuant pour le domaine que pour la moyenne des familles professionnelles, apparaît ici encore particulièrement accidenté dans le cas des ingénieurs de l’informatique.
Quelques précautions de lecture que nécessite l’examen des tensions sur le marché du travail (concernant celui de l’informatique, voir notamment [13]), ce déséquilibre incite à relativiser fortement la portée des supposées « pénuries de main-d’oeuvre » fréquemment invoquées par les employeurs des SSII, en particulier lorsque la conjoncture est propice.
Le repli (de l’emploi) amorcé en 2001, et dont l’amplitude a été forte dans les années suivantes, illustre pour sa part les écueils auxquels se heurterait une planification des formations à longue échéance : bon nombre des postulants attirés par les opportunités qui s’étaient fait jour précédemment sont alors venus grossir les rangs des demandeurs d’emploi. Même si la spécificité de certaines des compétences recherchées peut être parfois de nature à provoquer des désajustements momentanés, on peut surtout voir dans les difficultés de recrutement que peuvent rencontrer les SSII l’effet des amples fluctuations qui gouvernent la recherche de candidats, dans le cadre d’une gestion de l’emploi « happée par le court terme » [8].
On peut aussi les regarder comme la conséquence d’une faible attractivité des emplois proposés [3,9], qui encourage un important turn over, lequel implique à son tour, à plus ou moins brève échéance, la recherche de nouvelles compétences et de profils expérimentés. Comme le résume M. Zune (13), « c’est également dans ces SSII que l’on observe les taux d’ancienneté les plus faibles (inférieurs à neuf ans), la moyenne d’âge la plus basse (32-33 ans), des taux de promotion interne les plus bas, ainsi que des taux de recrutement et de départ les plus élevés.
En France, 77 % des jeunes diplômés en informatique débuteraient ainsi leur entrée dans la vie professionnelle à partir d’une SSII, alors que seul 1 % de l’effectif des SSII quitterait l’entreprise pour cause de départ à la retraite (contre 10,4 % en moyenne) ».
Rappelons enfin que c’est souvent en puisant dans le « vivier » que constituent les prestataires que les donneurs d’ordre pourvoient les emplois qui leurs sont propres.
COMMENTAIRE MUNCI : pour le MUNCI, la "faible attractivité" concerne beaucoup moins les "emplois proposés"… que les employeurs eux-mêmes, à savoir les sociétés de conseil et de services informatiques (SSII, SICT), nuance !
Le précédent exercice de Prospective des Métiers et des Qualifications, conduit par le Centre d’Analyse Stratégique et la Dares, anticipait une nette croissance du nombre des postes à pourvoir à l’horizon 2015 dans les métiers de l’informatique, surtout pour honorer des créations nettes d’emplois, les départs en fin de carrière étant peu structurants dans ce domaine.
Fondée sur un scénario reposant sur les tendances de long terme, cette prospective ne pouvait par construction prendre en compte l’ampleur des effets de la crise de 2008-2009, la plus importante depuis 80 ans.
COMMENTAIRE MUNCI : voir à ce sujet : [Emploi informatique] Ah les belles perspectives du CG du Plan....
Mais plus que sur les répercussions de ce fort ralentissement, on peut s’interroger sur les conséquences potentielles à moyen et long terme d’une intensification de la mondialisation de l’économie, et plus particulièrement du développement d’une informatique off shore qui s’est fortement implantée dans le sous-continent indien, et qui se déploie aujourd’hui en Chine. Comme le montre le récent travail du LISE [4], ce développement est largement porté par les grandes SSII – qu’il s’agisse de recours à des sous-traitants, de créations de filiales, de rachats-acquisitions ou de construction de réseaux d’alliance – mais il est aussi fortement encouragé par les donneurs d’ordres, qui y voient une opportunité pour la compression de leurs coûts. Il bénéficie en outre du fait que la production à distance de services informatiques n’exige pas de délocalisation formelle, comme ce peut être le cas dans des secteurs industriels.
Toutefois, on peut aussi se demander si les transformations des fonctions informatiques [2, 5] ne sont pas de nature à cantonner dans certaines limites le développement de cette informatique offshore, au demeurant bien réel. Naguère essentiellement focalisées sur la réalisation et l’assistance technique, les SSII ont joué de manière croissante un rôle de conseil [8] les conduisant à intervenir sur de multiples aspects de la vie des entreprises, y compris sur certains de leurs choix stratégiques. Or un tel rôle, qui implique une proximité avec le client final, ne peut guère s’exercer à distance, pas plus que celui qu’induit la diffusion des TIC dans les entreprises [5]. Dans cette perspective, il est sans doute peu probable qu’une informatique délocalisée soit en mesure de couvrir l’éventail des besoins qui se développent aujourd’hui.
COMMENTAIRE MUNCI : contrairement à une idée fausse de plus en plus répandue (…), les prestations d’assistance technique, plus généralement les prestations facturées en régie, sont encore majoritaires en SSII (nous les estimons à 50% environ de l’activité globale des SSII). N’oublions pas en effet que beaucoup de prestations au forfait sont surtout de la régie déguisée avec une dose d’engagement de résultats (dates de livrables…), c’est à dire de la "régie forfaitée".
Par ailleurs, les prestations en régie sont surtout le fait des petites et moyennes SSII, lesquelles sont peu prises en compte dans le périmètre des cabinets d’analystes et du Syntec Numérique, bien qu’elles représentent en volume et en emplois (pas en CA par contre) l’essentiel du marché
Bien plutôt, on peut estimer que la croissance de l’activité des SSII devrait s’ordonner selon une double polarité, d’ores et déjà perceptible : à une « industrialisation » accrue des tâches qui peuvent être automatisées ferait pendant une activité de conseil et de service plus intensive auprès du client final. Ce double mouvement d’industrialisation et de développement de la relation au client est d’ailleurs observable dans d’autres domaines (banques et assurances, commerce,…), et semble bien constituer une tendance lourde et transversale, dont l’informatique formerait un cas de figure à maints égards central.
En tout état de cause, l’ampleur des besoins qui sont attendus en la matière invite à réaménager une gestion de l’emploi trop souvent « court-termiste » [8], et à mettre en oeuvre une gestion des compétences à la mesure des enjeux dont est à présent porteuse une activité regardée comme hautement stratégique [6]. "
Pour en savoir plus :
[5] Klein T. et Ratier D. (travaux dirigés par), L’impact des TIC sur les conditions de travail, rapport et documents, CAS et DGT, à paraître, 2012
[10] Mordier, B. « Les sociétés de service d’ingénierie informatique », Insee Première, mai 2009.
[12] Zanda, J.-L. « Secteurs d’activité et métiers sur le marché des recrutements : des mouvements contrastés. L’évolution des offres d’emploi recueillies par Pôle emploi de 2008 à 2010 ». Pôle emploi, Les Cahiers (juillet 2011).
PS :
Voir aussi :
Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
Chômage moyen et indicateur moyen des tensions sur le marché du travail en informatique ces 10 dernières années
Métiers en 2010 : focus sur l’informatique (étude Dares)
Revue de presse :
Emploi IT et pénurie : les arguments du Syntec Numérique ne tiennent pas (ZDNet)
Pénurie de profils informatiques : la rançon du "court terme" (RegionsJob)
Pénurie de profils informatiques : la rançon du "court terme" (Sud-Ouest)
Pôle emploi relativise la pénurie d’informaticiens dans les SSII (Cadremploi)
Pôle emploi démystifie la « supposée » pénurie de main-d’œuvre en informatique (01net)
Recrutement : une gestion de court terme explique les problèmes de compétence dans les SSII (LeMagIT)
Pôle Emploi : étude sur les métiers de l’informatique (L’informaticien)
Qui se cache derrière l’informaticien des années-crise ? (JDNet)
Les journalistes peuvent contacter Jean-louis ZANDA (auteur de l’étude, chargé de mission à la direction des études et des statistiques de Pôle emploi) à l’adresse : jl.zanda pole-emploi.fr






















