ENFIN une étude portant sur notre marché des services informatiques qui, pour une fois, a tout l’air d’être pertinente !
On sait habituellement que les analystes d’inspiration anglo-saxonne défendent des idées court-termistes basées essentiellement sur la réduction des coûts.
Dans un contexte de crise marqué par le développement de l’offshore, cette étude prend visiblement le contre-pied de cette tendance, et l’on ne peut que s’en réjouir.
« Clarté de leur positionnement et de leur concept, spécialisation, mise en place d’une politique RH qui favorise la qualité des prestations, réflexion en profondeur sur leur identité et leur image, communication sur la valeur de leurs prestations plus que sur leur prix » sont quelques-unes des alternatives proposées par Precepta dans son étude.
Sur un plan plus "social", la RÉDUCTION DES COÛTS dans l’informatique, c’est aussi :
Un modèle économique basé sur le JEUNISME (moyenne d’âge : 34 ans, une des plus basses de tous les secteurs d’activité) :
Les marges sont faites principalement sur les jeunes et les plus expérimentés se retrouvent paradoxalement les moins employables (forte discrimination à l’embauche des "seniors") surtout pour des questions de salaire.
Conséquence logique : des débuts de carrière accélérés, répondant certes à l’ambition légitime des plus jeunes (ex. chefs de projet, consultants métiers ou architectes SI après 2 ou 3 années de carrière, voire même parfois à peine sortis des grandes écoles ! Ceci sous fond d’arrivisme et parfois d’élitisme savamment entretenus par nos DRH et managers…), mais qui font de notre secteur des services IT un secteur où l’expérience n’est plus suffisamment valorisée et où l’on est souvent considéré comme "vieux" dès la quarantaine, ou "trop cher" après une dizaine d’années d’expérience.
Tout ceci ne fait que nuire au professionnalisme de nos métiers, à la réussite et à la qualité des projets, à la confiance des clients (les moins naïfs…) et surtout à l’allongement des durées d’activité.
Voir Apec Panel Entreprise 2007 : les SSII privilégient très fortement le JEUNISME à L’EXPERIENCE et Seniors [dans l’informatique] : les premiers discriminés sur le marché du travail.
Une forte maitrise de la MASSE SALARIALE :
Les rémunérations moyennes sont inférieures à celles des entreprises utilisatrices : la rémunération moyenne des ingénieurs en SSII est la plus basse du marché, juste devant l’agriculture, selon les enquêtes du CNISF et de l’APEC.
Les hausses (essentiellement individualisées) de rémunérations ne sont effectives en réalité que :
. lors des phases de forte croissance du marché
. pour les débutants (des jeunes diplômés…aux premières années de carrière)
. à l’embauche (débauchages, turnover…)
La plupart des informaticiens en poste et expérimentés (> 10 ans exp) subissent pour la plupart une stagnation de leur rémunération et s’en plaignent d’ailleurs de plus en plus fréquemment (voir : Les conflits sociaux dans le secteur informatique (SSII, DSI, télécoms...)).
Principale CONSÉQUENCE de cette pression salariale : le TURNOVER RECORD du secteur (débauchages…) et tout ce qu’il peut engendrer en terme de difficultés pour les SSII et leurs clients (pertes de compétences sur les projets actuels et futurs, difficultés à bâtir des offres de services basées sur ces compétences, déficience des politiques RH/GPEC…etc).
Voir Enquête Cnisf 2007 : les salaires des ingénieurs en SSII sont toujours les plus bas du marché et Salaire moyen à l’embauche des cadres en SSII : 34k€ (vs 35k€ tous secteurs confondus...).
De nombreux LICENCIEMENTS à bon compte :
3.5 fois plus de licenciements pour motifs personnels (licenciements souvent…abusifs) que de licenciements économiques dans les SSII en 2007, sur un total impressionnant d’environ 10 000 licenciements !
Et pour cause : ces licenciements reviennent bien moins chers (en terme d’indemnités) à l’entreprise que le licenciement économique !
De plus, il sont bien plus faciles à mettre en oeuvre (n’importe quelle raison pouvant être invoquée…), bien plus discrets et beaucoup moins préjudiciables pour l’image de l’entreprise (vis à vis des clients, concurrents et candidats) que le licenciement économique.
Voir Les chiffres des départs forcés (licenciements, ruptures conventionnelles...) dans les services informatiques (SSII, éditeurs...).
Des cas assez fréquents de DUMPING SOCIAL :
1. par l’immigration économique : recours fréquent, par les SSII et par certaines grandes entreprises, à une main d’oeuvre flexible et bon marché provenant des pays "low-cost" (Inde, Maghreb, Europe de l’Est…) - soit par embauche directe, soit par le recours à de pseudo-indépendants, soit de plus en plus fréquemment par détachement de salariés (carte de séjour "salarié en mission") depuis des SSII ou filiales offshore - d’informaticiens étrangers souvent payés en deçà des salaires réels du marché voire au niveau des minima salariaux conventionnels (quand ce n’est pas en toute illégalité avec les salaires de leurs pays d’origine…).
2. par l’exploitation de stagiaires dans des conditions de "sous-salariat" : facturation aux clients de stagiaires-prestataires (gratifiés a minima) placés sur des projets commerciaux + stages de durée excessive (afin de coller à la durée des projets qui dépassent souvent les 6 mois) en recourant parfois à une main d’œuvre étrangère flexible, très bon marché et au final exploitée.
En ce qui concerne la MAUVAISE IMAGE des SSII (un "point faible" selon l’étude), voir :
Emploi et conditions de travail en SSII : tour d’horizon des problèmes et désavantages les plus fréquents
L’IT moins attractive pour les jeunes : une heureuse coïncidence, inquiétante à long terme
Ainsi que les articles de nos rubriques :
Généralités, études, image des SSII
Conflits sociaux
Conditions de travail
GRH, Carrière
En ce qui concerne la "mise en avant de la VALEUR AJOUTÉE des offres", voir le paragraphe "0. VRAIS et FAUX SOUS-TRAITANTS".
Voir aussi : La prolétarisation dans les sociétés informatiques.
Revue de presse :
Affectées par la baisse des prix, les SSII auront du mal à surmonter la crise (LMI)
Les SSII victimes de leur stratégie basée sur les prix (ZdNet)
Les SSII doivent arrêter de baisser leurs prix (Channelnews)






















