MAJ 27.04.2012 :
Nous avons suivi le débat (que nous avons trouvé intéressant et de bon niveau contrairement à d’autres…) organisé par le Collectif du numérique hier matin entre Fleur Pellerin et Nicolas Princen.
Nous avons noté avec satisfaction les propos de Fleur Pellerin sur la question de l’emploi IT (à partir de la 8eme minute environ) : "nous avons 2 tendances un peu contradictoires sur le marché de l’emploi dans le numérique : à la fois une pénurie pour certains secteurs et pour certains types de postes et un chômage d’un certain nombre d’informaticiens (même s’il est inférieur à la moyenne nationale), il va falloir résoudre ce problème de formation…"
Même si Fleur Pellerin se trompe en pensant que c’est seulement un problème de formation, qui plus est de formation initiale selon elle, c’est déjà un progrès…
A l’inverse, Nicolas Princen a de nouveau cité à plusieurs reprises le DÉLIRE du Syntec numérique et du CNNum sur les "70 000 emplois non pourvus dans le secteur"…
Sur le plan de la formation par contre, comme nous l’avons expliqué ci-dessous et surtout dans notre article Présidentielle 2012 : actions et positions du MUNCI vis à vis des candidats, nous observons pour le moment une meilleure prise en compte des besoin de formation professionnelle (continue) par le candidat Sarkozy que par le candidat Hollande.
Sur le reste, nous n’avons malheureusement relevé aucune allusion sur les sujets qui nous tiennent à coeur et qui sont abordés dans notre document de position : problèmes de la sous-traitance dans le numérique et externalisation massive de l’emploi IT pour des motifs de flexibilité, "patriotisme économique" en faveur de l’industrie française du numérique et en particulier du logiciel (hors jeux vidéos…), volonté d’aller vers une plus grande indépendance technologique européenne…etc
Peu de choses ont finalement distingué les 2 intervenants, on finissait par en oublier que l’on était en pleine compétition présidentielle…
Revue de presse :
http://www.journaldunet.com/ebusine&hellip ;
http://www.lemonde.fr/technologies/&hellip ;
http://www.lepoint.fr/technologie/q&hellip ;
http://www.usinenouvelle.com/articl&hellip ;
CONSEILS DE LECTURE à Fleur PELLERIN, Laure de la RAUDIERE, Nicolas PRINCEN, F.HOLLANDE, N.SARKOZY… et tous ceux qui veulent sortir de la "pensée unique" sur l’emploi IT :
Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
ainsi que :
285 jours : l’ancienneté moyenne au chômage des demandeurs d’emploi en informatique !!!
La France forme suffisamment d’étudiants aux métiers de l’informatique
Voir aussi les débats sur d’autres communautés : http://linuxfr.org/users/jay--2/jou&hellip ; http://www.latribune.fr/technos-med&hellip ; http://forum.hardware.fr/hfr/Progra&hellip ; http://www.developpez.net/forums/d1&hellip ; http://www.pcinpact.com/news/68610-&hellip ; http://altaide.typepad.com/jacques_&hellip ; http://www.forum-auto.com/les-clubs&hellip ;
Fleur PELLERIN / F.HOLLANDE :
Sources :
http://digitalhollande.blogspot.fr/... (ou : http://www.collectifdunumerique.fr/...)
http://www.01net.com/editorial/5624...
http://www.challenges.fr/forums/spe...
Extraits :
"Les chefs d’entreprise font aujourd’hui face à une grave pénurie de développeurs et de jeunes formés aux nouveaux métiers du numérique. Cette situation est insupportable lorsqu’on sait le taux de chômage des jeunes dans notre pays et le potentiel de développement de ces activités. A côté des ingénieurs, il y a urgence à former des jeunes de qualifications intermédiaires dans des secteurs tels que la programmation, l’administration réseau, la numérisation et l’archivage ou la gestion de communautés
(…)
L’effort de formation au numérique
Vous le savez, la jeunesse est pour moi la grande priorité (…)
Il y aura donc un grand plan pour le numérique dans la formation, dont j’ai donné les grandes orientations : généralisation du manuel numérique à l’école en lien avec les collectivités locales, formation des enseignants au numérique, nouvelles pédagogies, ouverture à toutes les séries des baccalauréats généraux et technologiques d’une "spécialité optionnelle" tournée vers le numérique."
N. SARKOZY :
Sources :
http://www.franceinfo.fr/politique/...
http://www.melty.fr/nicolas-sarkozy... (1’50’’ et 2’45’’)
Extraits :
"N. SARKOZY s’est aussi adressé à "tous les jeunes passionnés par le net" pour rappeler sa proposition de créer "des académies avec un bac du numérique" pour former aux métiers d’un secteur qui compte "70.000 emplois non pourvus".
"70 000 offres d’emploi non satisfaites parce qu’il n’y a pas de formation"
COMMENTAIRES MUNCI :
1er PROBLÈME : il n’y absolument pas de "grave pénurie de développeurs en France" (à ne pas confondre avec les difficultés de recrutement…).
Ce discours, qui provient essentiellement des SSII et du Syntec numérique, ne tient pas à un instant face à la confrontation des données factuelles de notre marché du travail.
Voici par exemple les chiffres que nous lisons sur nos comptes Pôle emploi et Apec au 19 avril 2012 :
PÔLE EMPLOI - Métiers du ROME M1805 : Études et développement informatique - Lieu : un ou plusieurs départements (ie. toute la France)
=> 7347 CV (cat. ABC) !
APEC - Fonctions : Informatique de gestion + Informatique web, sites et portails Internet - Lieu : toute la France - Disponibilité : Immédiate
=> 7154 CV, dont 1814 CV de Jeunes Diplômés !
Autre exemple : suite au dépôt récent d’une offre de stage pour développeur web/php, nous avons reçu près d’une CENTAINE de candidatures d’étudiants (principalement de niveau bac+2) en quelques jours, or curieusement beaucoup d’entre eux nous ont confié qu’ils rencontraient de sérieuses difficultés pour trouver une entreprise accueil… cherchez l’erreur !
Par ailleurs, sur les 32 000 demandeurs d’emploi en informatique/télécoms (avril 2012), il y en a AU MOINS 10 000 (soit environ 40% des inscrits cat. A) qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle avec une ancienneté moyenne au chômage d’environ 10 MOIS, 25% des demandeurs d’emploi de l’IT sont d’ailleurs des chômeurs de longue durée (27% sur l’ensemble du marché du travail, soit une proportion quasi-identique).
A lire :
Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
285 jours : l’ancienneté moyenne au chômage des demandeurs d’emploi en informatique !!!
En ce qui concerne les "70 000 offres d’emploi non satisfaites", ce chiffre ARCHI-FANTAISISTE provient du CNN (qui, pour le coup, a bien joué son rôle de "panel d’employeurs"…) par la voix du Syntec Numérique.
Lire absolument : Emplois non pourvus : le Syntec Numérique induit en erreur le Conseil National du Numérique.
En vérité, il existe suffisamment de candidats et de formations dans le numérique, mais les employeurs ne veulent pas former les demandeurs d’emploi pour les adapter au poste et pratiquent, dans ce secteur plus qu’ailleurs, une forte discrimination, pardon sélectivité, à l’embauche sur différents critères : niveau d’études (70% ne veulent que des bac+5), âgisme (exclusion des +40ans…), ancienneté au chômage (+ de 6 mois…).
Ceux qui participent à cette "pensée unique" sur le thème de la pénurie de main d’oeuvre dans l’informatique ne font qu’approuver implicitement la politique de TRIAGE SOCIAL et de FLEXIBILITÉ des employeurs du numérique.
Ce faisant, ils n’imaginent pas un instant le PRÉJUDICE MORAL qu’ils causent aux milliers d’informaticiens au chômage très souvent depuis de longs mois…
Faudra-t-il encore d’autres actes de désespérés pour qu’ils en prennent conscience ?
Avant la véritable "pénurie de main d’oeuvre", il existe un état intermédiaire du marché où l’offre s’équilibre avec la demande et qui s’appelle le PLEIN EMPLOI, espérons que c’est réellement ce que souhaitent le PS et l’UMP pour la France, car on finit par en douter…
2eme PROBLÈME : les propos de Fleur PELLERIN, à l’image de F. HOLLANDE, et dans une moindre mesure de N.SARKOZY sont totalement axés sur le jeunisme.
Or, s’il est vrai que le chômage des jeunes est tout aussi préoccupant en France que celui des seniors, ce n’est pas du tout le cas dans les métiers du numérique comme chacun sait !
L’un des problèmes majeurs sinon LE problème majeur dans le numérique (SSII en tête) est celui de la forte discrimination sur l’âge (souvent à partir de la quarantaine, voir Seniors, âgisme et Âgisme, diversité). Voir aussi : Diversité, sélectivité et discriminations à l’embauche.
Il semble au demeurant que Fleur PELLERIN connaisse très mal notre marché du travail, qui se caractérise notamment par son grand retard sur le plan de la RSE et de la diversité (autres que ethnique), puisqu’elle déclarait dans cette émission radio du 28 mars dernier (après la 18eme minute environ) que le secteur est… "socialement non-discriminant" !!!
3eme PROBLÈME : il est fort surprenant (pour ne pas dire amusant…) de lire que "la numérisation, l’archivage ou la gestion de communautés" figurent parmi les "secteurs" considérés comme les plus pénuriques par Fleur PELLERIN !!
En effet, ces COMPÉTENCES peuvent s’acquérir assez facilement par des formations (généralement de courte durée) qui existent par dizaines en France (une recherche rapide sur Google ou sur des portails tels que Carif-Idf, Kelformation.com, Formaguide ou Studyrama le montre sans difficulté)
Il en est tout à fait autrement des métiers de développeur et d’administrateur réseau…
4eme PROBLÈME : on ne peut pas dire que la "pénurie de main d’oeuvre" s’explique par un problème d’inadaptation au marché… car dans ce cas ce n’est pas un problème de "pénurie" !
De deux choses l’une en effet :
- Ou bien on ne forme pas assez de jeunes (en formation initiale) ET de moins jeunes (en formation continue) à nos métiers et l’on peut dire alors qu’il y a vraiment pénurie de main d’oeuvre sur le marché (mais nous démontrons que ceci est FAUX chiffres à l’appui)
- Ou bien il y a assez de main d’oeuvre sur le marché (jeunes diplômés, chômeurs…et salariés : rappelons que notre marché du travail se caractérise par une grande fluidité avec plusieurs dizaines de milliers de recrutements d’informaticiens chaque année…) et les "difficultés de recrutement" s’expliquent par d’autres raisons telles que l’inadéquation des compétences : c’est donc un problème d’adaptation par la formation !
A moins bien sur que l’on considère (comme c’est le cas pour bon nombre de SSII et autres employeurs du numérique…) que l’informaticien est un spécialiste circonscrit à sa qualification d’origine et qu’il est incapable d’évoluer vers d’autres qualifications par la formation et l’acquisition de nouvelles compétences…
L’inadéquation des qualifications/compétences entre l’offre et la demande est seulement L’UNE des raisons qui explique les difficultés chroniques de recrutement dans l’informatique (plus généralement dans le numérique), mais elle doit être relativisée au vu de la forte sélectivité dans les recrutements (recherche de profils calibrés sans formations d’adaptation) par les principaux employeurs du marché que sont les SSII en réponse aux appels d’offre des clients…
En ce qui concerne la formation initiale (enseignement supérieur) dans les métiers du numérique, il nous apparait clairement qu’est elle suffisante en terme de capacité pour répondre aux besoins du marché bien qu’elle ne soit pas assez professionnalisante. Ce qui n’empêche pas les jeunes diplômés de rencontrer beaucoup moins de difficultés d’insertion professionnelle que les seniors dans nos métiers et ce en raison du modèle économique du secteur basé, comme chacun sait, sur le jeunisme…
C’est donc MOINS sur la formation initiale des étudiants que sur l’adaptation de la FORMATION CONTINUE des demandeurs d’emploi que l’effort de formation doit être mené prioritairement dans le numérique ET sur celui de la lutte contre les discriminations à l’embauche, ce que le MUNCI ne cesse de répéter depuis plusieurs années… mais que les candidats SARKOZY et HOLLANDE n’ont visiblement pas compris.
Hélas, la plupart des sociétés du numérique (SSII en tête) n’investissent pas suffisamment sur la formation des chômeurs et des jeunes recrues (ni d’ailleurs de leurs salariés dans une optique de GPEC) : plutôt que d’offrir des formations d’appoint à des candidats dont le profil est proche du profil recherché (ex. Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE), Action de Formation Préalable au Recrutement (AFPR), formations avec promesse d’embauche/garantie d’emploi…), elles préfèrent débaucher des salariés en poste (accentuant ainsi le fort turnover dans nos métiers) et se replient continuellement sur la "pénurie de compétences" ou carrément "d’informaticiens" pour masquer leur retard en terme de diversité et leur manque de maturité sur le plan de la GRH.
A lire : Formation au numérique : les propositions du Munci et du Syntec numérique.



















