Comment ne pas être d’accord avec le fait que « les informaticiens doivent se remettre en question tous les deux ans » ? Ils sont tous conscients de détenir un savoir rapidement périssable…
L’innovation est en effet permanente dans ce secteur : nouveaux outils, nouveaux langages, etc.
Or, les informaticiens sont désireux d’apprendre car ils sont passionnés, tout simplement, comme en témoigne l’adoption rapide de certaines technologies (java ou les logiciels libres par exemple) et tout simplement l’abondance de manuels et de documentations sur les technologies les plus variées sur Internet. Ces sites, souvent alimentés par des informaticiens pour le seul amour de la technique, sont très consultés par tous ceux qui souhaitent réactualiser et enrichir leurs compétences.
Ils sont d’autant plus conscients de la nécessité d’assurer leur « employabilité » que le chômage dans ce secteur a grimpé en flèche, notamment depuis l’éclatement de la bulle Internet, pour atteindre un taux d’environ 12% : le double de celui de l’ensemble des cadres.
Mais s’autoformer ne suffit pas comme, comme vous le soulignez du reste : passer du langage C à Java est tout à fait possible par ce moyen mais beaucoup d’autres technologies et logiciels nécessitent des formations reconnues et certifiées. Comment cela se passe-t-il alors ?
En ce qui concerne la "recherche d’information pour savoir quelles sont les compétences les plus demandées sur le marché, recherche des formations les plus adaptées, constitution d’un dossier avec différentes offres de formation, et proposition à leurs dirigeants ou à leurs commerciaux, lecture des journaux et magazines économiques"…tout ceci n’est pas très difficile à obtenir. Ce n’est donc certainement pas cela que le mât blesse !
Il faudrait d’abord que nos propositions soient écoutées.
D’après un sondage récent du du Journal du Net (http://questionnaire.journaldunet.c...), « presque 7 répondants sur 10 sont catégoriques : leurs demandes de formation ne trouvent jamais écho auprès de leurs entreprises ! (…) Ce sont seulement 16,2% du total des répondants qui bénéficient de l’opportunité de mettre à jour formellement leurs connaissances, ou d’acquérir de nouvelles compétences. »
Comment cela se fait-il ?
Prenons l’exemple d’un salarié de SSII en mission chez un client : il a rarement l’occasion de rencontrer son manager et de lui parler de son désir de formation. D’ailleurs, celui-ci lui répondra souvent que les formations sont réservées aux personnes actuellement en intercontrat… et qu’il n’est donc pas prioritaire.
En effet, pendant les périodes de forte activité, comme entre 1997 et 2001, les collaborateurs n’avaient pas le temps d’être formés car ils n’étaient pas souvent en intercontrat. Et pour proposer un prestataire à un client, si les compétences ne cadraient pas tout à fait, on « arrangeait » le CV au lieu de proposer une formation. D’ailleurs, nombre de SSII préfèrent souvent licencier des collaborateurs en intercontrat dont les profils sont jugés pas assez employables pour réembaucher (parfois) des profils jugés plus employables ou, cas le plus fréquent, directement adaptés aux nouvelles missions…plutôt que de former ces collaborateurs en intercontrat.
Tandis que pendant les périodes de vaches maigres comme celle que nous connaissons depuis 3 ans, les budgets sont tellement faibles que les SSII ne veulent pas débourser pour former leurs collaborateurs.
La gestion des compétences en SSII est à (re)voir…
Les employeurs n’ont pas toujours conscience que leurs employés, même très diplômés et très qualifiés, ne sont pas corvéables à merci. Jadis, le contrat tacite entre les cadres et les entreprises dont ils étaient salariés fonctionnait, grâce au marché interne de l’emploi notamment. Autrement dit, les cadres échangeaient leur engagement spécifique contre le bénéfice d’une carrière. Aujourd’hui ce contrat est largement remis en question tout particulièrement dans les SSII. On se trouve dans un cercle vicieux où les gains de productivité ne s’obtiennent plus en créant un lien fort entre collaborateurs, mais par un nivellement par le bas en matière de réduction des coûts, de visions court-termiste et de souffrances au travail…
Mais il arrive aussi que ce soit l’utilisateur final qui bloque : il est parfois délicat pour ce même informaticien, habitué à s’adapter au planning de son client, de faire valoir son propre planning. « Du fait de la conjoncture, de la diminution des budgets formation et recrutement, et d’une certaine reprise des activités, les équipes se sont trouvées surchargées et les clients n’ont plus voulu les laisser partir en formation pendant plusieurs journées », explique Fabrice Buron, directeur de l’Agence de Formation.
De manière générale, « 42% des entreprises préféreraient se délester des équipes informatiques pour éviter de gérer les compétences » (enquête Unilog/IDC réalisée en 2004) : la vague d’externalisation actuellement en cours (Schneider, Thales) traduit bien ce désir. Quel terrible aveu !
Une dernière preuve de la réticence de l’entreprise à former ses informaticiens réside dans la « sous-utilisation » des plans de formation par les sociétés de services et de conseil : « en 2003, les entreprises de plus de dix salariés n’auraient consommé que 59 % de leurs plans de formation annoncés au Fafiec, l’organisme paritaire chargé de récolter les cotisations obligatoires pour la formation de la branche professionnelle de l’ingénierie, de l’informatique et du conseil. Explication avancée : en période difficile, les entreprises préfèrent garder les salariés à leur disposition ! » (Anne-Françoise Marès, 01 Informatique du 02/02/2004 : http://www.01net.com/article/231207.html)
Or, former ses salariés doit être possible : 95 % des PME de moins de 10 salariés d’entre elles ont utilisé les possibilités de formation offertes…
Pour finir, notons que les salariés du secteur informatique (et des SSII en particulier) reçoivent moins de formation que les salariés tous secteurs confondus, malgré les besoins importants dans ce domaine et bien qu’ils soient davantage demandeurs ! (cf. cet article JDNet du Lundi 24 juin 2002)
Enfin, l’élargissement des compétences par la formation ne suffit généralement pas à créer de nouvelles opportunités : c’est avant tout sur l’expérience professionnelle que se fait l’appréciation des recruteurs.
Il est d’ailleurs injuste de demander à un informaticien d’être opérationel immédiatement sur les outils qui interviennent dans ses missions. A quelle autre profession demanderait-on cela ?
Les SSII ont intérêt à spécialiser le profil de leurs collaborateurs pour répondre aux impératifs de leurs clients, ce qui est une façon pour elles de "capitaliser" à leur profit l’expérience acquise sur des missions de même type effectuées par le prestataire. Cela explique notamment leur usage parcimonieux des plans de formation…
A présent que l’accord national sur la formation professionnelle vient d’être signé dans notre Branche Syntec-Cicf (accord du 27/12/04), nous verrons si les SSII appliqueront le message des partenaires sociaux : "Les parties entendent, à travers la discussion du présent accord, donner une impulsion nouvelle à ce qu’elles considèrent comme une priorité absolue : la formation professionnelle et le développement des compétences."
Signé :
Des adhérents du MUNCI






















