COMMENTAIRES MUNCI :
1. L’étude du cabinet Ambroise Bouteille nous laisse particulièrement perplexe sur un point :
46 % des jeunes diplômés des filières IT trouveraient leur premier emploi dans une entreprise de la Branche Syntec-Cicf… et les autres 54% chez les utilisateurs.
Ceci nous parait en forte contradiction avec la réalité observée depuis longtemps sur notre marché du travail… où ce sont principalement les SSII et sociétés de conseil qui embauchent des jeunes diplômés dans nos métiers, les utilisateurs embauchant essentiellement des profils confirmés.
(à lire à ce sujet : Les entreprises donnent la priorité aux talents confirmés (01informatique, 01.10.2008))
Il est possible que nous ayons à ce sujet (à l’instar de beaucoup d’autres observateurs de notre marché du travail dans ce cas !) une vision un peu trop "grands comptes" et trop "parisianiste" de la situation (…), mais enfin nous serions curieux de connaître la méthodologie et l’exhaustivité de cette enquête sur ce point précis…
En ce qui concerne le déficit d’attractivité de la filière IT, le MUNCI s’est déjà exprimé à plusieurs reprises sur le sujet.
Tout d’abord, il faut noter que, jusqu’à une période assez récente, la désaffection des études scientifiques ne concernait pas l’informatique.
Ce déficit d’attractivité de la filière IT est donc très récent ("la tendance s’inverse depuis l’année 2005-2006"…).
Il s’expliquerait, selon le Syntec Informatique, par une image « ringarde et masculine » de nos métiers.
En effet, selon une étude menée en 2006 par Sociovision Cofremca pour le compte de Syntec, les jeunes auraient en tête l’image du « technicien passionné et autiste qui effectue un travail sédentaire en solitaire au sein d’un univers trop masculin qui ne valorise pas assez les qualités humaines et dans lequel il faut vraiment être passionné pour s’épanouir »…
Néanmoins, dans cette étude, l’informatique se classe tout de même troisième sur les douze secteurs les plus attrayants !
C’est le seul point sur lequel nous pouvons rejoindre le Syntec : il faut redonner une meilleure image de nos métiers qui sont tout à fait passionnants (attention, nous parlons du contenu de nos métiers… il n’en est pas forcément de même pour les conditions de l’emploi et de travail de nos professions !).
En ce qui concerne l’image masculine, elle est malheureusement justifiée avec un pourcentage de femmes dans l’informatique inférieur à 20%.
Voir : Emploi : pourquoi les femmes se détournent des métiers de l’informatique.
Nous sommes tout à fait opposés à des mesures de discrimination positive pour attirer les femmes dans l’informatique pour la bonne et simple raison qu’elles n’y subissent (généralement) pas de …discrimination négative ! Il en est différemment du cas des seniors.
La gente féminine peut s’épanouir dans de nombreux métiers de l’informatique où le relationnel est de plus en plus important.
Pour le MUNCI, les raisons de ce déficit d’attractivité sont multiples :
1. La "prestarisation" de la profession et la mauvaise image des SSII
Voir les articles de nos rubriques :
Généralités, études, image des SSII
Conflits sociaux
Conditions de travail
GRH, Carrière
Ce n’est pas au moyen d’opérations de communication plus ou moins fantaisistes que l’on va attirer davantage les jeunes vers les SSII et les métiers des TIC…
Primo, les jeunes savent qu’ils ont désormais toute les « chances » de travailler en SSII une bonne partie de leur carrière avec toutes les contraintes et désavantages que cela peut entrainer (non-participation à un vrai projet d’entreprise, instabilité du lieu de travail et mobilité géographique imposée, absence ou faiblesse des politiques RH, subordination à des managers/commerciaux aux objectifs de rentabilité à CT, évolution de carrière difficilement maitrisable (ré)orientée au gré des missions, conditions de travail souvent stressantes avec pression morale pour faire face aux contraintes commerciales, convention collective peu avantageuse …etc)
Voir nos articles : Emploi et conditions de travail en SSII : tour d’horizon des problèmes et désavantages les plus fréquents et Les conflits sociaux dans le secteur informatique (SSII, DSI, télécoms...).
Cette « prestarisation » à marche forcée de la profession est le résultat de politiques d’externalisation et de recours à la sous-traitance trop poussées, qui contournent régulièrement les réglementations en vigueur (prêt de main d’œuvre), lesquelles s’avèrent insuffisantes en la matière.
Les ressentiments s’avèrent nombreux vis-à-vis des entreprises utilisatrices : volonté de se débarrasser des équipes internes, dilution des responsabilités, gestion des recrutements, des compétences et de la flexibilité (voire précarité) reportée chez les prestataires…
C’est pourquoi une réforme de la prestation de services s’impose : le fonctionnement actuel de nombreuses SSII et sociétés de conseil (focalisées sur la régie) doit être remis en cause car il s’agit le plus souvent de faux sous-traitants qui n’apportent aucune valeur ajoutée ni à leurs salariés ni à leurs clients.
Voir à ce sujet : Prêt de main d’oeuvre, vraie/fausse sous-traitance, prestation de services... le rapport CHAUDRON relance le débat !.
Il s’agit donc au contraire de freiner l’externalisation dans certains cas et de redonner les moyens de favoriser l’embauche directe dans les « vraies » entreprises (« ré-internalisation »…).
Secundo : changer les SSII avant de vouloir… « changer le monde » !
Les SSII doivent améliorer leurs politiques RH pour mieux fidéliser leurs collaborateurs. Le turnover record dans le secteur est révélateur de ces problèmes.
Nous observons depuis peu des progrès dans ce domaine (formation et gestion des compétences, accompagnement de carrière et suivi des collaborateurs en missions…) dans un certain nombre de SSII.
Tertio, donner aux informaticiens d’autres perspectives que celle de la prestation de services passe aussi par le développement du secteur de l’édition logicielle et plus généralement par le soutien à l’innovation, à la recherche et à de grands projets technologiques français et européens.
2. Revaloriser les métiers techniques, les salaires et s’attaquer à l’offshore
La revalorisation de nos métiers commence par celle du métier de développeur. C’est un métier qualifié – de niveau bac + 2 au minimum – créatif et non répétitif. Il est inacceptable qu’il soit de plus en plus délocalisé en offshore, entrainant ainsi un impact négatif à long terme sur les salaires.
Ce sont plus généralement l’ensemble des métiers les plus "offshorisables" (développement, maintenance/migrations/tests, création web/graphique…) qui connaitront au minimum une stagnation des revenus, au pire une fuite importante d’emplois.
Fort heureusement, les défenseurs de l’offshore, et avec eux beaucoup d’analystes, sont là pour nous rassurer : les métiers "à faible valeur ajoutée" sont déjà en voie de disparition avec l’industrialisation des services, l’offshore ne fait qu’accélérer leur disparition. En revanche, les emplois à "forte valeur ajoutée" (chef de projet, architectes, urbanistes, conseil et MOA…etc) vont pouvoir se développer tout en demeurant nécessairement en France.
C’est là, bien évidemment, une vision simpliste potentiellement catastrophique pour l’avenir de l’emploi IT : les métiers techniques constituent environ 80% des postes d’informaticiens. Les métiers moins (ou non) techniques sont beaucoup moins répandus et ne s’acquièrent que par l’expérience.
Le comportement socialement et professionnellement irresponsable de certaines SSII en matière d’offshore (voir Les grandes SSII privilégient les recrutements dans les pays à bas coûts et Offshore : ces SSII qui vont (déjà) trop loin...) n’est certainement pas un signal d’attraction donné aux jeunes générations !
Le problème dépasse la seule dimension de l’offshore : dans l’informatique, clients et prestataires sont associés dans un objectif commun, à savoir la réduction des coûts, qui a pour conséquences principales, outre le dérobement au coût du travail par l’offshore, les pressions sur la masse salariale.
Les enquêtes montrent en effet la faiblesse des salaires en SSII.
Voir : Enquête Cnisf 2007 : les salaires des ingénieurs en SSII sont toujours les plus bas du marché et Salaire moyen à l’embauche des cadres en SSII : 34k€ (vs 35k€ tous secteurs confondus...).
Un effort substantiel sur les salaires des ingénieurs et techniciens s’impose :
ils sont inférieurs, dans nos métiers, à ceux constatés dans la plupart des pays européens
ils sont inférieurs, dans nos SSII, à ceux des commerciaux et managers…
3. Le problème du jeunisme
Au premier abord, le vif intérêt des SSII pour les jeunes diplômés serait plutôt un facteur d’attractivité pour les intéressés…
Et pourtant : les étudiants ne se risqueront pas dans l’informatique s’ils savent que leur deuxième partie de carrière est pour le moins incertaine.
Il convient donc de s’attaquer au problème majeur de discrimination à l’embauche des seniors, et plus généralement au jeunisme du secteur. L’expérience doit bénéficier d’une meilleure valorisation. Des efforts doivent porter sur les évolutions professionnelles afin de favoriser en seconde partie de carrière les possibilités de transitions vers le management, le conseil ou l’expertise.
4. Le déséquilibre géographique de l’emploi dans les TIC
Près des deux tiers des informaticiens travaillent en Ile-de-France. Or de moins en moins de salariés en ont envie ! Un rééquilibrage géographique de l’emploi IT s’impose, et il n’est pas dit que ce soit la tendance réelle malgré le développement des centres de services en province.
Le MUNCI réclame des politiques d’aménagement du territoire pour mieux régionaliser l’emploi IT (ex. mesures fiscales pour favoriser l’implantation des sociétés IT en province… et, par la même occasion, pour s’attaquer à l’offshore).






















