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Le MUNCI remercie l’auteur pour les nombreuses citations, tout au long du livre, extraites de notre site.
Voici toutefois quelques commentaires et rectificatifs sur certains passages du livre :
"une précarisation par le haut" (sous-titre du livre) : au sens premier du terme, il est difficile de parler de "précarité" dans nos professions où le taux de CDI est plus élevé que la moyenne (on compte en effet 85% de contrats en CDI chez les ingénieurs en informatique, contre 77% sur l’ensemble du marché du travail, sources Dares).
Toutefois, comme le rappelle l’auteur à la page 65 du livre (chapitre "6. Le supermarché de l’emploi") à partir de nos sources, les licenciements (plus généralement les ruptures de contrat à l’initiative de l’employeur…) sont fréquents dans notre secteur. Avec, de surcroît, un turnover élevé (qui résulte autant de l’opportunisme des informaticiens… que de situations provoquées par les SSII elles-mêmes), on peut parler au moins d’une forte instabilité de l’emploi.
Dans un sens plus global, toutefois, c’est à dire en englobant les problèmes de GRH, formation, conditions de travail…etc, le terme de "précarisation" n’est peut-être pas de trop…
"Introduction (page 11)" : "En 2008, elles employaient 370 000 des 700 000 informaticiens de France. Elles ont créé jusqu’à 20 000 postes par an entre 2003 et 2007"
Les chiffres sont un peu sur-évalués : c’est l’ensemble des sociétés appartenant au secteur des activités informatique (SSII mais aussi éditeurs et SICT) qui totalise environ 370 000 salariés, dont 80% environ sont classés parmi les informaticiens (sources : Insee, Apec). De plus on dénombre entre 550 000 et 600 000 informaticiens salariés, freelance et demandeurs d’emploi en France (sources : Dares, Insee). Enfin, les créations nettes d’emploi sont comprises entre 12 100 (source : Insee) et 15 900 (sources : Assedic) dans ce secteur entre 2003 et 2008 (ou encore : entre 7635 (source : Assedic) et 9260 (sources : Insee) entre 2000 et 2009 du fait de la crise 2001-2003).
"La grande tartufferie de la régie" (page 24)" : "Le forfait s’appelle ’assistance technique externalisée’ et la régie a pour nom ’assistance technique’ "
Une petite confusion est faite entre "assistance technique" et "régie". En fait, l’assistance technique est un type de prestation, la régie est le mode de facturation qui lui est associé dans l’immense majorité des cas. Néanmoins, par abus de langage, on identifie couramment l’assistance technique à la régie (nous y compris !).
L’illégalité de la régie fait toujours débat… on peut simplifier en disant que cette illégalité semble évidente dans le Droit du travail (le prêt de main d’oeuvre à but lucratif et à titre excusif étant réservé aux sociétés d’intérim, voir notamment cette réponse ministérielle de Martine Aubry en mars 2000) mais qu’elle est par contre beaucoup plus tolérée par les tribunaux…
(pour en savoir plus)
"La grande tartufferie de la régie" (page 33)" : "Les SSII font donc rentrer tout le monde au bercail et les salariés quittent en masse la régie pour revenir au forfait"
"L’open space" (page 105) : "Maintenant que la plupart (des informaticiens) abandonnent la régie pour revenir au forfait, ils travaillent désormais dans les locaux de leur entreprise"
Que nenni !! La régie est encore le mode de facturation le plus répandu en SSII loin devant le forfait, bien qu’on lise ou entende souvent le contraire…
En réalité, ce qui se développe surtout depuis plusieurs années est la "régie forfaitée" : de la régie déguisée en forfait (avec quelques arrangements…) mais toujours pour des prestations d’assistance technique.
Si les SSII avaient l’obligation de fournir un poste de travail à tous leurs salariés dans leurs propres locaux, ca se saurait… et le marché de l’immobilier de bureaux exploserait probablement en France !
"Le MUNCI, l’organisation professionnelle qui s’impose" (pages 163-165) :
Si nous remercions l’auteur de nous avoir mis ainsi en avant, il est dommage de ne pas avoir vérifié préalablement certaines affirmations auprès de nous…
En effet, dans ce chapitre, nous lisons (non sans surprise) :
"On voulait proposer (à la création du Munci) la promotion du modèle indépendant face à la rareté des syndicats dans la branche Syntec…"
"L’approche du monde du travail (du Munci) est toute anglo-saxonne".
"En clair le président du MUNCI préfère le statut d’indépendant à celui du salarié"
"D’un côté les centrales syndicales traditionnelles n’ont pas su appliquer le rapport de force qu’elles avaient su un temps mettre en oeuvre dans l’industrie ; de l’autre une organisation professionnelle (le Munci) assure un travail de documentation remarquable mais prône l’indépendance des ingénieurs, ce qui les prive du statut salarié".
"Encore faudrait-il que les organisations de salariés proposent de réelles solutions - en évitant, tant qu’à faire, de favoriser l’isolement du salarié, comme le MUNCI en prend le risque.
Tout ceci est profondément INEXACT…
Rappelons tout d’abord que la majorité de nos membres sont des salariés.
Mais surtout, nous n’avons JAMAIS cherché à promouvoir un modèle par rapport à un autre, qu’il s’agisse du salariat classique, de l’intérim, du freelance, ou du portage salarial. Le choix du statut est un choix PERSONNEL et notre effort consiste simplement à défendre les intérêts de nos professions quelque soit le mode d’activité choisi. Notre approche est purement pragmatique et en aucun cas idéologique.
Nous constatons simplement :
- que l’indépendance convient mieux (et est plus profitable) à CERTAINS PROFILS que le salariat en SSII, surtout lorsque ce dernier n’apporte aucune réelle valeur ajoutée (absence de GRH, manque de missions ou missions inadaptées…etc) en dehors d’un intercontrat qui peut être aussi source d’insécurité juridique, de pressions morales et de licenciements.
- que le portage salarial est bien plus intéressant que l’intérim et bien plus PROTECTEUR que le statut de freelance du fait des garanties sociales qui lui sont assorties (surtout depuis l’accord national du 24 juin 2010 : lien 1, lien 2).
Si le mot "flexibilité" ne nous fait pas spécialement peur, nous estimons cependant que celle-ci doit être ACCEPTÉE et PARTAGÉE par l’ensemble des parties prenantes avec contreparties à la clé (entre autres une meilleure rémunération en compensation du risque de précarité induite). Preuve en est que nous avons combattu le CDD-ODD (contrat de mission) tout comme nous critiquons le développement de l’intérim chez les cadres…
En ce qui concerne le modèle anglo-saxon (on pourrait dire aussi allemand, scandinave…), il est "meilleur" seulement en ce sens que la plupart des SSII sont, dans ces pays, des sociétés offrant une réelle valeur ajoutée dans le cadre de prestations essentiellement au forfait, la régie étant surtout laissée aux indépendants qui ont davantage de moyens pour gérer plus efficacement leurs carrières que chez nous (contrats directs avec les clients, revenus très supérieurs aux nôtres, partenariats et formations chez les éditeurs, syndicalisme de service via de grandes organisations professionnelles, transitions facilitées avec le salariat…etc).
Enfin, loin de vouloir "favoriser l’isolement du salarié", le but du MUNCI avec son partenaire syndical le SPECIS-UNSA, est au contraire de chercher à fédérer tous les membres de nos professions, sans distinction de statuts, afin, notamment, de les "sensibiliser aux dangers de l’isolement et de l’individualisme prédominants dans notre secteur" comme cela est indiqué depuis longtemps dans le texte défilant en haut de la page d’accueil de notre site…
01.11.2010 : publication d’un rectificatif sur le blog de Nicolas Séné
Mis à part ces quelques réserves, et certains passages sans-doute un peu noircis ou caricaturaux (toutes les SSII ne se valent pas non plus…), il n’en demeure pas moins que l’auteur donne un bon aperçu des points les plus critiquables qui entachent le modèle socio-économique français de la SSII.
Nous lui souhaitons un bon succès dans nos librairies !
MAJ 02.05.2011 : lettre de Martine Aubry en remerciement du livre envoyé
MAJ 21.11.2010 : émission 01business du 18.11.2010
Plusieurs grands patrons de SSII ont été interpellés sur ce livre… le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont botté en touche et continuent à se voiler la face sur le moins-disant socio-professionnel qui caractérise bon nombre de SSII !
La réaction de Nicolas Séné sur son blog.
REVUE DE PRESSE :
[Presse] Informaticiens en batterie (Le Monde Diplomatique, mai 2011)
Derrière l’écran de la révolution sociale (…) (Le Monde Diplomatique, avril 2011)
La singulière gestion RH des SSII (ITRManager, 11.03.2011)
Vers une "précarisation par le haut" des informaticiens ? (LeMonde.fr, 25.02.2011)
Cadre informatique dans la précarité (L’Humanité, 08.11.2010)
L’informatique, laboratoire du recul social (L’Humanité, 04.11.2010)
Un livre choc sur les conditions de travail en SSII (01net, 15.11.2010)
Le courrier picard
L’Humanité
Libération
La Voix du Midi























