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Offshore informatique : chroniques de l’aveuglement et de la complaisance des pouvoirs politiques, publics et économiques
Rubrique : DOSSIERS, POSITIONS > Offshore, délocalisations
Mots-clés : Offshore & Politique (France/UE) / Pro-offshore
Publié le 1er mai 2003, mis à jour le 17 décembre 2012
Nombre de visiteurs uniques : 8622 • Lien court : http://munci.org/article562.html


Source : 01.05.2003 | MAJ : 17.12.2012
Cet article répertorie les éléments d’information démontrant le regard complaisant, voir le soutien direct, que nos GOUVERNEMENTS, certaines INSTITUTIONS PUBLIQUES, ainsi que certains SYNDICATS et LOBBIES PATRONAUX, portent à l’égard de l’OFFSHORE (ou "offshoring") : les délocalisations/relocalisations de services (informatiques, centres d’appel et BPO) dans les pays à bas coûts. A désespérer de nos "élites"…

Les raisons principales à cela :
- les PVD (Pays en Voie de Développement) demandent une ouverture et une libéralisation totales aux "pays riches" de leurs marchés de services informatiques (notamment dans le cadre de l’AGCS) en échange de l’ouverture de leurs propres marchés,
- l’offshoring est parfois assimilé à des projets de "coopération technologique" ( !),
- l’administration, elle-même, recourt parfois à l’offshoring pour réduire ses coûts…

Hélas, force est de voir que les dé(re)localisations de services ne sont pas du tout prises en compte par les pouvoirs publics au même titre que les délocalisations industrielles, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de "l’archaïsme" d’une bonne partie de notre classe politique et de la forte influence qu’elle reçoit des lobbies économiques concernés (toujours plus syndicalisés côté moyennes et grandes entreprises de services comme au Syntec… toujours moins hélas côté salariés, freelance et TPE).

NDLR : à l’origine, cet article fut écrit pour dénoncer l’ambiguïté de cette situation plus spécifiquement vis à vis de l’Inde, d’où le texte initial :
" La coopération franco-indienne dans le secteur des technologies de l’information ressemble surtout à une grande hypocrisie en langage politiquement correct pour désigner principalement…l’offshore ! Cette "coopération" est en effet quasiment à sens unique avec l’Inde et ce sens est celui des délocalisations informatiques : chacun sait que "l’informatique française", elle, ne s’exporte pas (ou si peu ) en Inde…qui n’en a absolument pas besoin ! Mais l’Inde, qui assure 80% de la sous-traitance informatique mondiale, ne joue pas le jeu de son côté : c’est en effet un pays très protectionniste."


1. DU COTE des POUVOIRS PUBLICS et de l’ADMINISTRATION :

- Décembre 2012 : INCROYABLE... MAIS VRAI : la France prête 100M d’eur à une zone marocaine d’activités offshore (délocalisations de services) dans le cadre de la "co-localisation" !!!

- Mars 2010 : Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat chargée du Commerce extérieur, inaugure les nouveaux bureaux parisiens... d’un champion indien de l’offshore (Infosys) !!!

- Novembre 2008 - Septembre 2010 : Des programmes franco-marocains de coopération universitaire en faveur de l’offshore au Maroc !!!
"La coopération entre différents partenaires institutionnels, universitaires et industriels, a permis la mise en place en septembre 2010 d’une formation de Master dans le domaine de l’Offshoring des Technologies de l’Information (OTI) entre l’Université de Bretagne Occidentale et 8 universités marocaines (…)"

- Octobre 2008 : Orange et le ministère des Affaires étrangères décernent des bourses à des ingénieurs indiens pour leurs projets offshore
"Orange et le ministère des Affaires étrangères et européennes souhaitent inciter des étudiants indiens à suivre leur cursus de fin d’étude en France. Pour les encourager dans cette voie, l’opérateur et l’organisme public ont décidé d’attribuer une bourse « Orange - ministère des Affaires étrangères et européennes » à une dizaine d’entre eux.
[…] Cette initiative devrait permettre à cette dizaine de jeunes étudiants de poursuivre une année de mastère spécialisé en France avant de rentrer en Inde.
[…] Pour l’opérateur, déjà implanté en Inde avec plus de 2 000 salariés, le programme représente une opportunité pour recruter des cadres étrangers, ingénieurs de haut niveau, dans ses zones offshore."

- Août 2008 : réponse du Ministre Hervé NOVELLI (ministre des PME et du Commerce Extérieur) à un député
(Suite à la question N° : 17641 de M. Wojciechowski André (député UMP - Moselle), réponse publiée au JO le : 05/08/2008)
" (…) Dans le domaine des services informatiques, s’il est vrai que la plupart des SSII ont délocalisé une partie de leurs activités en Inde, le phénomène reste marginal : à l’exception de Cap Gemini, qui emploie 17 000 personnes en Inde grâce au rachat de l’Indien Kanbay fin 2006, les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) françaises ont beaucoup moins délocalisé que leurs concurrents. Selon une enquête réalisée par l’association indienne des société de logiciel Nasscom, les états-Unis ont délocalisé en Inde 2,8 % de leurs ressources en personnel, le Royaume-Uni 5,9 %, l’Allemagne 1 % et la France 0,2 %. Pour Atos Origin par exemple (2 300 employés en Inde), la stratégie en Inde consiste moins à délocaliser qu’à y accompagner ses grands clients (Renault par exemple). Ainsi, en intégrant une implantation ou un rachat en Inde dans leur stratégie globale, les SSII françaises maintiennent leur compétitivité, prospèrent, et gagnent des parts de marché dans le monde (…)".

- Mars 2008 : Le Sénat et M. Novelli (Secrétaire d’Etat aux entreprises) incitent-ils à l’offshore en Inde ? (attention : information diffusée sur nos forums, à étudier)

- Février 2008 : Novatech : la Commission Européenne soutient-elle l’outsourcing en Afrique ?

- Décembre 2006 : Plan Offshoring au Maroc (délocalisations de services) : le soutien implicite du 1er ministre DE VILLEPIN

- Fevrier 2005 : Chirac invite des patrons de l’informatique pro en Inde

- Mars 2004 : Déclarations tortueuses de Nicole Fontaine, ministre déléguée à l’Industrie, en faveur de la "délocalisation positive" en Inde ! Actions du Munci...

- Octobre 2003 : la 2EME PROVOCATION DE Mr RAFFARIN (mais aussi du sénateur Jean FRANCOIS-PONCET présidant le "Forum d’initiatives franco-indien") à l’égard de la communauté informaticienne de France : RAFFARIN REMET SA MEDAILLE AU PDT-FONDATEUR DU GROUPE INDIEN INFOSYS, UN DES CHAMPIONS DU MONDE DES SERVICES INFORMATIQUES OFFSHORE !!!

A lire : Le 1er ministre Raffarin récompense un champion de l’offshore !

- Février 2003 : la 1ERE PROVOCATION DE Mr RAFFARIN à l’égard de la communauté informaticienne de France : son voyage en Inde du 06 au 08 février 2003…avec le PDG de Valtech comme représentant de notre secteur informatique.
Sources : Prline, Communiqué Valtech, Les discours de JP Raffarin en Inde

C’est en effet la société Valtech, "championne de France" incontestée du développement offshore avec l’Inde (au point que le groupe a délocalisé dans ce pays la quasi-totalité de ses activités de développements informatiques !), en la personne de son PDG Jean-Yves Hardy, qui a été choisi pour représenter le secteur du conseil informatique (belle et prometteuse représentation en effet…) dans la délégation d’entreprises qui a accompagné le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin en visite officielle en Inde du 6 au 8 février 2003.
On pourrait imaginer, comme dans le rêve utopique d’une mondialisation juste et équilibrée (…), que le rôle de Mr Hardy aurait été de promouvoir un véritable échange ou une véritable coopération technologique dans le domaine de l’informatique entre la France et l’Inde…
Mais nous pensons plutôt qu’il y avait dans le choix de la représentation de Mr HARDY la volonté de développer (visiblement de manière assez discrète…) l’offshore entre les deux pays, on s’en doutait un peu à vrai dire car il fallait bien que la France offre une certaine compensation à l’Inde en échange des contrats aéronautiques…etc

Commentaire de Mr Hardy à l’occasion de ce voyage : ”la participation de Valtech à ce voyage officiel nous donne l’opportunité de présenter notre forte avance dans le domaine de la collaboration franco-indienne.”, et quelle "collaboration" en effet…une collaboration à sens unique qui symbolise surtout un fort recul, pour nous professionnels de l’informatique « locaux » !

Voici par ailleurs un extrait de La Tribune du 18/02/2003 ("Valtech intensifie sa délocalisation en Inde") : "Le PDG de Valtech a profité de son voyage en Inde avec le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, au début du mois, pour démarcher. Les négociations avec six sociétés candidates sont en cours. "Notre objectif est de compter 1.000 personnes en Inde d’ici à 2004."

- Dans le cadre de la "coopération franco-indienne dans les TIC", le Ministère de l’Industrie (qui dépend du MINEFI) encourage-t-il "l’exportation" des services informatiques indiens en France ?
Source : http://www.telecom.gouv.fr/international/heu_inde.htm
"…La France reste un marché potentiel pour l’exportation des services informatiques indiens. Avec 50 millions US$, le montant des exportations indiennes de services informatiques vers la France demeure à un niveau relativement faible. Le marché français constitue donc pour les SSII indiennes un marché prioritaire à l’exportation… Plusieurs d’entre elles ont déjà ouvert des filiales ou des bureaux de représentation en France (Tata Consultancy Services, WIPRO, Infosys Technologies, Sankhya Infotech,…)…"


2. DU COTE DES SYNDICATS & LOBBIES PATRONAUX :

- D’après le site de l’ambassade de l’Inde : le soutien du MEDEF à l’OFFSHORE !
"Une délégation de la Confédération des industries indiennes s’est rendue en France afin de rencontrer les entreprises adhérentes de MEDEF, son homologue français. Les dirigeants des principales entreprises indiennes des technologies de l’information (Wipro, Infosys, Nit) (NDLR : ces sociétés sont implantées en France pour ramener en Inde des contrats offshore) étaient présents à Paris où ils ont réussi à convaincre le Président du MEDEF, M. Ernest-Antoine Seillière, de la nécessité pour des entreprises françaises d’utiliser des capacités indiennes dans le secteur des technologies de l’information de la même manière que le font les entreprises américaines".

- La position du SYNTEC INFORMATIQUE a évolué depuis 2 ans pour devenir favorable à l’offshore, voir : Etude Syntec : situation actuelle et développement de l’offshore dans les services informatiques en France
Elle paraissait pourtant plus neutre il y a 2 ans lorsqu’elle nous avait été précisée lors de notre 2eme rencontre avec eux.
Lire également : Les SSII françaises face à la menace de l’offshore (VNUnet, le 21/05/03)
"Lors d’une conférence organisée par la chambre de commerce et d’industrie de Paris réunissant des prestataires indiens et des entreprises, Jean-Paul Eybert, délégué général adjoint du Syntec Informatique, organisation professionnelle représentant les SSII françaises, a posé la question : "L’offshore en Inde : menace ou opportunité ?" La réponse est évidemment : les deux. La disponibilité d’une main-d’oeuvre indienne qualifiée est une opportunité pour les SSII françaises en ceci qu’elle leur permet de maintenir leurs marges dans un contexte où les entreprises exercent une forte pression sur les prix. Mais c’est dans le même temps une menace car, pour les SSII indiennes, la France est un marché potentiel quasi vierge, contrairement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et beaucoup d’entre elles sont tentées de s’y implanter. Le représentant du Syntec Informatique les exhorte à respecter scrupuleusement la législation fiscale et sociale française de façon à ce que la concurrence soit loyale. Et de faire planer la menace d’une situation similaire à ce qui se passe dans le secteur du textile avec les ateliers clandestins…"
Jean-Paul Eybert avait rappelé par ailleurs qu’il y avait 35000 informaticiens au chômage en 2002 et que 10000 à 15000 autres devaient bientôt les rejoindre (le chiffre actuel est plutôt de 55000…)
A noter également que dans cette interview donnée à 01informatique, Mr Mounet, pdt du Syntec Informatique, anticipe une évolution du marché visant à ce que "que le phénomène offshore soit enfin maîtrisé"…

- Il faut noter cependant que le SYNTEC (la Fédération française des Syndicats de Sociétés d’ingénierie, de services informatiques, d’études et de conseil et de formation professionnelle), membre actif du MEDEF, a signé un protocole d’accord avec le NASSCOM (l’Association Indienne des sociétés de services et d’ingénierie informatiques) pour une plus grande coopération dans le secteur des nouvelles technologies d’information". Cet accord de "coopération" a été signé en janvier 2001.

- Le CIGREF (Club Informatique des Grandes Entreprises Francaises), enfin, semble s’intéresser de près à l’offshore…

Il nous apparaîtrait totalement inconcevable que des organisations économiques d’intérêt national telles que le MEDEF ou le SYNTEC (membre actif du MEDEF) puissent encourager les entreprises françaises à délocaliser leur informatique à l’étranger au mépris de l’emploi local. Et le plus souvent non pas pour des critères (relatifs) de compétitivité mais plutôt en guise d’une recherche immodérée de meilleurs profits !

3. LES LOBBIES ET ORGANISATIONS SUIVANTES SOUTIENNENT EGALEMENT L’OFFSHORE (plus ou moins directement…)

- La CCIP - Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris
(séminaire du 21/05/03 : « Externaliser l’informatique en Inde. Comment améliorer votre compétitivité en travaillant avec des entreprises indiennes ? »)
Sources : Présentation page1 - Présentation page 2
"La Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris organise avec le concours de l’Ambassade de l’Inde un séminaire sur les opportunités qu’offre l’Inde dans les technologies de l’information : « Externaliser l’informatique en inde. Comment améliorer votre compétitivité en travaillant avec des entreprises indiennes ? ». Ce séminaire aura lieu le 21 mai prochain de 8h30 à 12h30 dans les locaux de la CCIP au 27 avenue de Friedland à Paris."
=> Le MUNCI condamne la CCIP pour ce nouvel exemple de mépris à l’égard des informaticiens français et félicite ses responsables pour leurs sens de la défense de l’emploi et de l’intérêt national et européen. D’autant plus que cet évènement est désormais reconduit chaque année !!

- Le FORUM D’INITIATIVES FRANCO-INDIEN :
Créé en janvier 1998, à l’occasion de la visite d’Etat en Inde du Président de la République, le Forum réunit des personnalités du monde de la culture, des affaires et des sciences de la société civile française et indienne. Il a pour mission de promouvoir des "projets de coopération et d’intérêt commun" afin d’ancrer, dans la durée, la relation franco-indienne, en la nourrissant d’idées nouvelles pour lui permettre de se développer et de se densifier… Le Forum est présidé, côté français, par M. Jean FRANCOIS-PONCET, ancien ministre des Affaires étrangères.
Parmi ces "projets de coopération et d’intérêt commun afin d’ancrer, dans la durée, la relation franco-indienne", les délocalisations de services informatique offshore occupent une place importante dans le lobbying du forum d’initiatives franco-indien notamment auprès du gouvernement Raffarin…
En témoignent l’information communiquée plus haut concernant la médaille remise par MM JP. Raffarin et François-Poncet à l’indien Infosys et surtout ce courrier reçu de la part de ce sénateur UMP.

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