MAJ 28.09.2012 : AMERTUME…
Le MUNCI ne peut pas s’empêcher d’exprimer une certaine amertume quant au traitement médiatique de cette enquête…
En effet, la plupart des titres de la presse professionnelle (*) ont retranscrit les chiffres de l’emploi avancés par le Syntec Numérique et Ernst & Young sans aucun élément critique et sans allusion aux différents éléments que nous mettons en avant dans cet article (à savoir principalement l’incompatibilité de ces chiffres avec, entre autres, les statistiques publiques et l’absence d’information sur la localisation de ces créations d’emploi).
Le MUNCI a pourtant transmis son communiqué (faisant référence à l’article ci-dessous) suffisamment tôt.
Peu importe que nous soyons repris nominativement ou pas (nous ne cherchons pas la gloire… et, après tout, les chiffres publics - qui sont sensés être les "chiffres officiels"- ne nous appartiennent pas) mais nous estimons qu’il aurait été plus objectif et plus démocratique d’apporter aux lecteurs une vision un peu plus contradictoire et distanciée de cette enquête (une simple phrase aurait suffit…) au vu des éléments ci-dessous.
En effet, ce n’est pas "chipoter" que d’opposer notamment les chiffres de l’INSEE (-3224 emplois) avec ceux du TOP 250 (+2694 emplois) en 2010 étant donné leur grand écart…
De plus, rappelons que ce n’est pas la première fois que les statistiques publiques ne correspondent pas à des études privées sur les chiffres de l’emploi dans le numérique…
(*) Voir notamment :
http://pro.01net.com/editorial/5737&hellip ;
http://www.lemagit.fr/economie/2012&hellip ;
http://www.journaldunet.com/solutio&hellip ;
http://frenchweb.fr/top-250-les-edi&hellip ;
http://www.lemondeinformatique.fr/a&hellip ;
http://www.distributique.com/actual&hellip ;
http://www.solutions-logiciels.com/&hellip ;
http://pro.clubic.com/actualite-e-b&hellip ;
Nous tenons par contre à remercier - et surtout complimenter - les médias suivants pour leur professionnalisme :
http://www.channelnews.fr/actu-soci&hellip ;
http://www.usinenouvelle.com/articl&hellip ;
http://www.itespresso.fr/top-250-fo&hellip ;
http://www.itrnews.com/articles/135&hellip ;
Le Syntec Numérique et Ernst & Young, avec le soutien cette année du Syndicat National du Jeu Vidéo (SNJV), viennent de publier la 2ème édition du Panorama Top 250 des éditeurs et créateurs de logiciels français.
Voici ce que nous lisons aux pages 9 et 10 du panorama (pdf) :
"Portés par une croissance éclatante dans un contexte plutôt morose, les éditeurs de logiciels français continuent à jouer un rôle important de créateurs d’emplois en France. Les effectifs des éditeurs du classement ont connu une croissance de 15 % sur les deux dernières années. Cette croissance atteint même 22 % pour les sociétés de moins de 250 personnes."
Ce "rôle important de créateurs d’emplois en France" se traduirait par… 5701 créations d’emplois dans le secteur entre début 2009 et fin 2011.
Plus précisément, sur la base de 260 répondants (et non les 408 annoncés pour l’ensemble de l’étude…), les chiffres communiqués sont les suivants :
2009 : 39 201 salariés
2010 : 41 895 salariés (+ 2694 emplois)
2011 : 44 902 salariés (+ 3007 emplois)
Seulement voilà, une fois de plus (à lire…), les chiffres publics ne vont (malheureusement) pas dans le même sens… problème : ils se contredisent eux-mêmes entre eux !
1. Source : Pôle-emploi
http://www.pole-emploi.org/statisti&hellip ;
Choisir : Statistique annuelle métropole - Données historiques définitives (2009) et provisoires (2010)
Et : Activité économique A 732 sans détail : choisir 5821Z, 5829A, 5829B, 5829C
| Année | Activité économique A 732 | Etablissements | Total H/F |
|---|---|---|---|
| 2010 | 5821Z. Édition de jeux électroniques | 86 | 1 532 |
| 2010 | 5829A. Édition de logiciel système et de réseau | 291 | 6 104 |
| 2010 | 5829B. Edit. logiciel outil dévelop. & langage | 116 | 2 020 |
| 2010 | 5829C. Edition de logiciels applicatifs | 2 060 | 35 859 |
| 2010 | Total Edition de logiciels | 45 515 salariés | |
| 2009 | 5821Z. Édition de jeux électroniques | 75 | 1 541 |
| 2009 | 5829A. Édition de logiciel système et de réseau | 287 | 5 782 |
| 2009 | 5829B. Edit. logiciel outil dévelop. & langage | 112 | 2 085 |
| 2009 | 5829C. Edition de logiciels applicatifs | 2 113 | 35 628 |
| 2009 | Total Edition de logiciels | 45 036 salariés |
Interprétation : selon les données de Pole Emploi, le secteur de l’édition logicielle a… créé 479 emplois en 2010 !
2. Source : Insee
http://www.alisse2.insee.fr/Selecti&hellip ;
Choisir :
En haut : "Effectifs salariés au 31.12"
Au milieu : Secteur JZ "Information et communication" puis Détailler secteur : "582 Editions de logiciels"
En bas : années 2009-2010
Au 31.12.2010 : 52 688 salariés
Au 31.12.2009 : 55 912 salariés
Voir extraction pdf.
Pour des données plus détaillées, voir : http://www.insee.fr/fr/themes/detai... (chercher 58.2 Édition de logiciels)
Interprétation : selon les données de l’Insee, le secteur de l’édition logicielle a perdu… 3224 emplois en 2010 !!!
=> Les données de PÔLE EMPLOI et de l’INSEE se contredisent mais, dans tous les cas, nous sommes loin des +2694 emplois annoncés par l’étude en 2010.
Les données publiques pour l’année 2011 ne sont pas encore connues…mais, compte-tenu du fait que l’année 2011 a été du même ordre que l’année 2010 pour l’emploi informatique (voire même un peu moins bonne : à lire), il n’y a donc aucune chance de constater cette année-là une forte augmentation des créations d’emploi dans le secteur du logiciel par rapport à l’année précédente (il aurait fallu que les éditeurs créent au minimum plus de 5.200 emplois cette année là pour parvenir aux 5700 sur les 2 ans…) !
Rappelons de surcroît qu’en 2011 : 150 136 offres d’emploi pour cadres informaticiens ont été diffusées par l’Apec (source)… pour 29 800 recrutements "bruts" dont 24 000 dans les activités informatiques & télécommunications… et seulement 3 500 créations d’emploi "nettes" dont 2 780 dans les activités informatiques & télécommunications (source).
Autre source comparable, celle du… Syntec numérique : 40 000 recrutements (dont 30 000 cadres) en 2011… pour seulement 5600 créations d’emplois nettes (cadres ET non-cadres informaticiens).
Sachant que l’industrie française du logiciel représente moins de 15% des effectifs de la Branche "Logiciel, Conseil et Services informatiques" (près de 400 000 emplois), on voit donc bien mal comment cette industrie aurait pu créer plus de 3000 emplois en 2011 (à l’instar de de 2010)…
CONCLUSIONS :
Même si les chiffres publics Insee / Pôle emploi, qui sont sensés être plus exhaustifs que ceux du TOP 250, se contredisent entre eux (les divergences seront sans doute rectifiées l’année prochaine avec les chiffres définitifs), ils demeurent éloignés des chiffres de Syntec numérique - Ernst & Young.
Comment expliquer de telles différences entre les chiffres publics et ceux d’études privées comme le TOP 250 ?
Nous avons déjà apporté plusieurs éléments de réponse dans notre article : L’industrie du logiciel n’est quasiment plus créatrice d’emplois... en France.
Le premier est celui de l’offshore (qui progresse sensiblement dans le secteur du logiciel…) : les effectifs fournis par les éditeurs sont des effectifs Monde, incluant les salariés en offshore. A l’inverse, les chiffres publics (en tout cas ceux de Pôle emploi) ne concernent que les effectifs France.
L’étude précise d’ailleurs à la page 15 que 31% des emplois R&D de ces éditeurs se situent à l’étranger (principalement en offshore ?)… ce qui n’est pas négligeable !
Une autre explication est celle des liquidations judiciaires : l’étude TOP 250 mesure l’évolution des effectifs de 260 éditeurs à périmètre constant, alors que les chiffres publics prennent en compte l’évolution globale des effectifs de la filière… ce qui inclue les pertes d’emplois des éditeurs ayant disparu depuis 2009.
Une autre piste tendrait à supposer que l’évolution des effectifs dans les TPE/PME du logiciel est beaucoup moins bonne que celle des entreprises du TOP 250, avec au final un solde global beaucoup moins favorable pour l’emploi : nous constatons d’ailleurs que si le périmètre global de l’étude porte sur 408 éditeurs, ils ne sont plus "que" 260 à avoir répondu à la question sur l’évolution des effectifs (cf. page 9 du Panorama). Mais l’étude TOP 250 ne semble pas aller dans ce sens.
Bref, on aimerait VIVEMENT que notre industrie du logiciel soit fortement créatrice d’emplois mais hélas on a de plus en plus de mal à y croire (…).
Et quoi qu’il en soit, nous préférons faire confiance à nos statistiques publiques plutôt qu’à des chiffres patronaux partiels… et quelquefois partiaux !



















