COMMENTAIRES DU MUNCI :
Le MUNCI ne partage absolument pas cette vision d’un prétendu “déficit d’ingénieurs informaticiens français”, et publiera bientôt un dossier complet sur l’immigration économique dans les métiers de l’informatique.
En voici déjà l’essentiel :
1) Nos professions connaissent actuellement un taux de chômage sectoriel compris entre 5,1% et 6,3% (soit au dessus du taux de chômage moyen des cadres qui se situe à 3,9% selon l’Apec) avec 30 000 demandeurs d’emplois. Ce nombre a DOUBLÉ depuis l’été 2008 pour atteindre un plus haut fin 2009. Depuis, le chômage baisse lentement dans nos professions mais dans le meilleur des cas, c’est à dire en supposant que la tendance actuelle des recrutements se poursuive favorablement dans les mois à venir, il faudra attendre au minimum 12 mois pour retrouver un marché de plein emploi.
Source : http://munci.org/Le-chomage-des-inf&hellip ;
Sur la période 1998-2008, le taux de chômage moyen de la profession était compris entre 5,8% (inscrits cat.A) et 7,2% (inscrits toutes catégories), ce qui ne caractérise pas un marché de plein emploi.
Quant à l’indicateur moyen des tensions sur notre marché du travail, il était de 0,76 offres par demande d’emploi, soit un niveau à peine supérieur au chiffre moyen calculé pour l’ensemble du marché du travail (0,67)…
Sources : http://munci.org/Chomage-moyen-et-i&hellip ;
Les “difficultés de recrutement” sont à relativiser fortement sur notre marché du travail qui est essentiellement un marché de compétences fortement cyclique.
Lire à ce sujet :
De l’illusion des “offres d’emploi non pourvues”… à l’illégalité des “recrutements bidons”
Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
Si la pénurie d’informaticiens était réelle en France, alors les salaires grimperaient beaucoup plus rapidement.
Ce qui est loin d’être le cas… voir à ce sujet : http://munci.org/Salaires-remunerat&hellip ;
Et notamment ce passage (étude APEC) :
“85% des salaires à l’embauche sont équivalents ou inférieurs aux salaires envisagés en amont du recrutement, de même 92% des recruteurs estiment que l’écart entre le profil recherché et celui de la personne recrutée est nul ou faible : de toute évidence les difficultés de recrutement sont fortement à relativiser dans l’informatique !”
Le même constat est fait d’ailleurs en Allemagne par le syndicat IG Metall : http://munci.org/Pseudo-penurie-d-i&hellip ;
Nous avons malheureusement des raisons de penser que le dumping social, qui est en réalité l’une des motivations fréquentes de l’immigration économique (voir infra en PS), a une part de responsabilité dans le niveau "modéré" des salaires de l’informatique en France par rapport aux autres secteurs d’activité, cette situation étant facilitée par la très forte individualisation des salaires dans nos SSII.
Or, selon l’étude d’impact réalisée en mars 2010 par l’Assemblée Nationale dans le cadre du projet de loi "relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité", les métiers de l’informatique représentent 70 % de l’ensemble des autorisations de travail délivrées pour les métiers figurant sur la liste des métiers ouverts sans opposition de l’emploi… quand les métiers du BTP en représentent 15 % !!!
Dans ces conditions, le recours à l’immigration économique dans l’informatique doit redevenir plus sélectif qu’il ne l’est actuellement.
2) Les deux listes de métiers en tension établies en janvier 2008 à partir des données du marché du travail de l’année 2007 (la première, nationale, concerne les ressortissants de l’Union européenne / la seconde, régionale, celle des ressortissants des pays extérieurs à l’UE), listes pour lesquelles la situation de l’emploi ou l’absence de recherche préalable de candidats déjà présents sur le marché du travail local ne peut être opposée aux ressortissants étrangers, et dans lesquelles figure la TOTALITÉ des métiers de l’informatique sur tout le territoire national, n’ont pas été réactualisées depuis le début de la crise… ce qui est ANORMAL face à la flambée du chômage en France depuis 3 ans.
Ces listes ont été établies sur la base des critères suivants (voir annexe 1 page 4 de cette circulaire) :
Le principal critère est l’indicateur de tensions Dares/Pôle-emploi qui est le rapport entre le volume mensuel des offres d’emploi et celui des demandes d’emploi dans chaque domaine professionnel.
Mais cet indicateur est très peu fiable dans un secteur comme l’informatique où le volume d’offres, comme chacun sait, est disproportionné par rapport aux recrutements (offres utilisées à des fins commerciales, pour du sourcing de CV, démultipliées pour un même appel d’offres…etc) et où le taux de recrutements abandonnés est, de ce fait, le double de celui constaté sur l’ensemble du marché du travail.
Lire à ce sujet : SSII, le trompe l’oeil de "l’effet pénurie" (étude Apec) et Informatique : beaucoup d’offres mais un faible taux de recrutements (étude Apec).
Néanmoins, selon le dernier bulletin trimestriel de la Dares, les tensions sur notre marché du travail sont considérablement retombées avec 0,57 offres par demandeur d’emploi, soit exactement le même rapport que celui constaté pour l’ensemble du marché du travail !
Un autre critère tient compte des volumes les plus élevés de projets de recrutements pour lesquels les employeurs signalent des difficultés de recrutement (enquêtes BMO Pôle-emploi), mais là encore nous avons vu précédemment que ces difficultés sont à relativiser fortement dans nos métiers.
Du reste, selon la dernière enquête BMO-Pôle-emploi, 44.6% des entreprises, tous secteurs confondus, annoncent des difficultés de recrutement de cadres en informatique en 2011… ce qui représente moins d’une entreprise sur deux. La moyenne est de 37.6% sur l’ensemble du marché du travail… soit seulement de 7% de moins !
Source : http://munci.org/Difficultes-de-rec&hellip ;
Le dernier critère repose sur le travail de prospective réalisé par le Centre d’Analyse Stratégique et la Dares sur les métiers et qualifications à l’horizon 2015.
Et, là encore, celui-ci a déjà démontré ses faiblesses face à l’imprévisibilité des sauts de conjoncture, au point que la prédiction des 149 000 créations nettes d’emplois d’informaticiens entre 2005 et 2015 est d’ores et déjà vouée à l’échec…
Lire à ce sujet : http://munci.org/Emploi-informatiqu&hellip ;
L’appartenance d’un métier aux listes de métiers en tension a, certes, des conséquences favorables sur le plan de la formation : ces listes servent en effet de référence à la politique d’achat de Pôle emploi en matière de formations conventionnées, au financement de formations prioritaires pour les chômeurs (notamment ceux en fins de droits) et à la politique de financement de la VAE).
Néanmoins, il est absolument nécessaire de revoir les modalités d’élaboration de ces listes selon des critères plus fiables (chômage sectoriel, modulation selon les bassins d’emploi…) basés sur les seules statistiques publiques, et selon une périodicité annuelle.
3) Les principales raisons pour lesquelles certaines de nos SSII recrutent davantage à l’étranger sont les suivantes :
le dumping social, la flexibilité et le turnover : les informaticiens étrangers provenant des pays à bas coûts ("onshore") sont généralement payés à des salaires inférieurs à ceux du marché (parfois même aux minima conventionnels Syntec), cette constatation étant faite d’ailleurs au niveau macro-économique (voir infra en PS), ils sont par ailleurs plus flexibles (pour ne pas dire plus corvéables…) en raison de leur méconnaissance de notre droit du travail, ils ont enfin moins la "bougeotte" que les informaticiens français (en raison notamment des contraintes administratives que leurs imposent un changement d’employeur) ce qui freine le turnover dans les SSII concernées…
réduire les coûts de formation : certaines SSII préfèrent recruter un profil à l’étranger, quitte à ce que la procédure prenne plusieurs mois, plutôt que de former un demandeur d’emploi sur le marché local, cette constatation étant faite également au niveau macro-économique (voir infra en PS)
ce sont principalement les SSII considérées comme “les moins attractives” (tout au moins par le MUNCI), donc celles qui reçoivent moins de candidatures que les autres (…), qui recourent principalement à l’immigration économique dans les pays à bas coûts, il est d’ailleurs frappant de constater que certaines SSII françaises (des petites essentiellement) se sont fait réellement une spécialité dans les recrutements au Maghreb…
On retrouve parmi ces SSII des sociétés comme ALTEN, AKKA, DATAVANCE (groupe ADECCO), F-SYSTEM, UNIWARE, CGI, AXONES, 3WS (GROUPE EVEA), OPENBRIDGE, DAVEO, FINAXYS, NOVENCIA, LOGAXONE, ADDITEAM, METRIC, ONE POINT, ADDITEAM…
Autrement, il y a peu de raison de penser que nos employeurs vont trouver plus facilement dans ces pays (déjà confrontés à une réelle insuffisance de diplômés en informatique) des profils SUR MESURE qui feraient défaut en France…
Ces constatations ne sont pas à généraliser pour autant ! Il est évident que l’immigration professionnelle est justifiée dans un certain nombre de cas (détachements intra-groupes, recherches de qualifications ou compétences non réellement disponibles sur le marché…) et se déroule alors dans des conditions parfaitement normales.
Nous contestons par ailleurs l’idée que toute velléité de réduire l’immigration des informaticiens étrangers aurait pour conséquence un développement plus important de l’offshore.
Nous constatons au contraire que l’immigration économique accompagne fréquemment l’offshore, notamment dans le cadre de détachements "provisoires".
Ces détachements transnationaux sont facilités depuis la mise en place de la carte de séjour "salarié en mission" qui est accordée pour une durée pouvant aller jusqu’à SIX ANS sans que ne soit opposable la situation de l’emploi et avec comme seule condition de rémunération un minimum d’1,5 fois le SMIC (ce qui se situe donc en dessous des minima conventionnels Syntec…).
Sans surprise, cette carte est fréquemment utilisée par les SSII françaises implantées dans les pays à bas coûts pour transférer en France des informaticiens étrangers dans des conditions parfois extrêmement douteuses (…).
4) Enfin, beaucoup d’informaticiens au chômage sont eux-mêmes des ressortissants étrangers, pour la plupart des jeunes diplômés originaires du Maghreb venus faire leurs études en France ou un stage de formation professionnelle en informatique. Rappelons que le chômage des étrangers est presque 3 fois plus élevé en France que le chômage des français.
De surcroît, parler de "pillage des cerveaux” n’est pas de trop (même s’il s’agit plus de pillage "qualitatif" que "quantitatif") quant on sait que ces pays en développement sont déjà confrontés à une réelle pénurie d’informaticiens…
EN CONCLUSION :
Sur ce sujet sensible, il importe avant tout de rappeler que l’immigration économique dans les métiers de l’informatique n’est pas automatiquement synonyme "d’immigration d’informaticiens des pays à bas coûts" (Maghreb, Europe de l’Est, Inde, Chine, Asie du sud-est)…
En effet, compte-tenu de l’universalité des produits et des entreprises de l’informatique, il est parfaitement logique que les migrations internationales soient plus importantes dans nos professions que dans d’autres métiers.
C’est d’ailleurs ce qu’attestent les statistiques de l’OCDE (division des migrations internationales) selon lesquelles les immigrés représentent, en France et en 2007, 17,4% des actifs (hors chômeurs) exerçant dans l’informatique et 16,5 % dans les services aux entreprises, contre une moyenne de 11,3 % pour l’ensemble de la population active (source : Le Monde, 27.02.2010).
Il importe également de ne pas stigmatiser les informaticiens étrangers qui sont en France dans leur bon droit.
Il est nécessaire par contre de revoir ce système "d’immigration choisie" extrêmement mal géré.
Le manque de réactivité des politiques publiques à ce sujet est absolument déplorable, tant il est vrai que nous revivons depuis 2008 EXACTEMENT la même situation que celle des années 1998-2004 : ouverture de notre marché du travail aux informaticiens étrangers en 1998 sous fond de "pénurie d’informaticiens" (circulaire Aubry), crise entre 2001 et 2003 (avec un triplement du nombre d’informaticiens au chômage sur cette période), fermeture de notre marché du travail aux informaticiens étrangers en 2004 (circulaire Fillon)… soit 2 ans et demi après le début de la crise et alors que la reprise avait déjà commencé !
PS :
Ressources intéressantes sur le sujet :
- Rapport "Immigration, qualifications et marché du travail" (Gilles Saint-Paul, Conseil d’Analyse Économique, 2009)
Lire à ce sujet :
. http://forums.munci.org/immigration&hellip ;
. Analyses économiques de l’immigration de travail
Extraits (page 77) :
"Nous avons vu que le recours à l’immigration de travailleurs de haut niveau permet à l’État d’économiser sur le coût de la formation.
(…) Le développement d’un marché mondial des travailleurs très qualifiés réduit donc l’incitation des pouvoirs publics à investir dans l’enseignement supérieur, ce qui risque de conduire à une « race to the bottom » mondiale dans ces investissements. (…)
(…) L’immigration n’est qu’un palliatif temporaire à cet état de fait puisqu’une fois les immigrés ou leurs enfants assimilés, ils pâtissent des mêmes barrières (…)"
Extrait (page 127) :
"(…) à caractéristiques observables identiques, un immigré homme gagne approximativement 12,4 % de moins qu’un natif, 13 % de moins pour une femme immigrée. Ces pourcentages s’élèvent respectivement à 20,7% et 16,8% pour les immigrés d’Afrique du nord."
Des salaires 10 % moins élevés pour les immigrés (Les Echos, oct.2010)
Fait référence à l’enquête Trajectoires et Origines (enquête sur la diversité des populations en France) (Insee/Ined, 2010-2011)
Métiers en tension, mesure des emplois vacants (Min. du Travail)
Les dérives de l’offshore (témoignages sur "l’onshore")
Extraits :
"Je voudrais aborder un phénomène que je constate depuis un an et qui s’est amplifié au cours des derniers mois. Des entreprises proposent sur des missions en régie en France des ressources qu’elles ont été recruter dans des destinations offshore, à des niveaux de salaire souvent très bas. Cette pratique pénalise grandement les entreprises offshore, car elle connait, hélas, un succès (immérité, comme on le verra) auprès des jeunes ingénieurs des destinations offshore.
Au départ, la pénurie de ressources a poussé des entreprises a trouvé de nouvelles pistes de recrutement. Si elles ont dans un premier temps favorisé des implantations ou des partenariats offshore, elles ont peu à peu évolué vers l’immigration. Cela permet de ne pas avoir à afficher le mot offshore dans son offre, et, assez sournoisement, d’obtenir un consensus avec les collaborateurs et leurs représentants en n’assimilant pas l’offshore aux délocalisations.
(…) il arrive qu’on leur déduise un montant forfaitaire sur leurs premiers salaires, pour prise en charge de frais d’installation ( !), recouvrant notamment un montant que les employeurs doivent verser pour l’embauche de tout salarié étranger (et qu’il est illégal de faire supporter audit salarié).
(…) Cette pratique existe depuis des années, certaine sociétés ou SSII françaises vont encore plus loin, elles créent une filiale offshore en Tunisie qui va salarier des tunisiens et qui les enverra en détachement chez la SSII en France.
(…) J’ai travaillé dans une SSII tunisienne qui sous traite pour des SSII françaises de la main d’oeuvre Tunisienne, l’ingénieur est payé en Tunisie entre 1000 et 2000 DT (700 à 1400€) selon l’expérience. Il est envoyé en France pour faire du développement (ni réunions ni formations) chez le client et il y reste plusieurs semaines, voire pour certaines personnes plus d’un an. Je ne sais pas combien il est facturé par la SSII tunisienne, mais il ne prends que moins de 100€ par jour passé en france (y compris le weekend) exactement 85€.
(…) Une société offshore en Tunisie bénéficie d’une exonération TOTALE d’impôt pendant 10 ans, pas de charges sociales pour le gérant et pour les maigres cotisations pour les salariés, il y a des mécanismes pour se les faire rembourser.
Lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Eric Besson, Ministre de l’Immigration (31 mars 2009)






















