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MOTS-CLES

Prise d’otage Pole-emploi : communiqué du MUNCI (chomage des informaticiens, seniors)
Rubrique : ACTIONS, VIE DU MUNCI > Actions du Munci
Mots-clés : Chômage des informaticiens / Seniors, âgisme
Publié le 17 octobre 2011
Nombre de visiteurs uniques : 3793


Tout en condamnant et regrettant vivement l’acte de ce "désespéré" (informaticien parisien de 45 ans chômeur de longue durée), le MUNCI rappelle que le secteur n’est pas dans une situation de plein-emploi avec plus de 32 000 informaticiens au chômage en France et une discrimination à l’embauche des seniors qui perdure malgré les "difficultés de recrutement" (14% de seniors seulement dans l’informatique, contre 25% sur l’ensemble des métiers)…
(sources Dares / Pôle-emploi)

Christian Denisot a expliqué qu’il était informaticien, mais qu’à son âge – 45 ans – il ne parvient plus à trouver du travail :
« Je ne représente aucune idéologie politique, aucune religion (je suis laïc et athée), je ne représente que moi-même, un simple citoyen avec ses convictions et sa conscience.
Je m’appelle Christian Denisot, 45 ans, intelligence moyenne, culture moyenne, sans talents particuliers, français moyen.
Depuis le début des années 2000, comme pas mal de citoyens Français, je galère ; mais depuis quelques années, j’ai amorcé les étapes ultimes qui mènent à la précarité :
Mon âge est, à l’évidence, devenu un handicap certain dans ma recherche d’emploi (en fait, dès 35 ans vous êtes trop vieux).
Les CDI sont introuvables. CDD de plus en plus rares, de moins en moins qualifiés et rémunérés. »

En présentant régulièrement le secteur informatique comme un eldorado pour l’emploi, où la "pénurie d’informaticiens" et les "difficultés de recrutement" font rage (et amènent notamment nos employeurs à chercher nécessairement de la main d’oeuvre à l’étranger…), les médias prêtent exclusivement l’oreille à nos seuls dirigeants (notamment ceux des SSII et du Syntec numérique…) et occultent deux réalités :

- LA PREMIÈRE est celle d’un marché du travail fortement cyclique où le chômage est une réalité (on dénombre fin sept. 2011 plus de 32 000 informaticiens au chômage en France, soit environ 6% de la profession), et où le plein emploi ne dure jamais bien longtemps (…).
Les difficultés de recrutement y sont relatives (…) et concernent principalement les SSII - principaux employeurs du secteur - en raison d’un déficit d’attractivité lié principalement à des problèmes de salaires, de management/GRH, de spécificités et contraintes propres à la prestation de services (telles que la recherche de profils “sur mesure” avec des critères de recrutement particulièrement sélectifs comme le jeunisme, mais aussi la mobilité géographique, la quasi-impossibilité de maitriser sa carrière…etc), plus généralement en raison d’un modèle socioéconomique trop souvent basé sur le moins-disant social et professionnel (intérim déguisé, course à la rentabilité et à la réduction des coûts…).

LIRE A CE SUJET :
- Les “difficultés de recrutement” en informatique et la “pénurie d’informaticiens” : entre mythe et réalités
- Evolution du chômage des informaticiens (sources : Dares-Pôle emploi, Insee)
- Chômage moyen et indicateur moyen des tensions sur le marché du travail en informatique ces 10 dernières années
- [Presse] En SSII, un ingénieur français gagne deux fois moins qu’un Suisse
- Le recours à l’immigration redevient plus sélectif dans l’informatique

- LA SECONDE est celle d’un secteur où la discrimination à l’embauche sur l’âge est particulièrement fréquente et où le taux de seniors ne dépasse pas les 14% (contre 25% sur l’ensemble des métiers), soit l’un des taux les plus faibles de tous les secteur d’activité.
Elle commence dès l’âge de 35/40 ans dans nos métiers, principalement pour les profils les plus techniques (à savoir les développeurs, ingénieurs systèmes/réseaux, administrateurs… qui représentent la grande majorité des postes d’informaticiens) et résulte le plus souvent du dictat des clients qui laissent aux SSII la responsabilité d’assumer le recrutement et la gestion des compétences des informaticiens tout en leur imposant leurs critères de sélection avec une présentation préalable des candidats et sélection sur CV.
Ainsi, le secteur s’enfonce toujours plus dans un modèle économique basé sur le jeunisme, avec une accélération rapide et illusoire des débuts de carrière qui s’avère dangereuse au final pour l’allongement des durées d’activité, où les marges sont faites principalement sur les jeunes et où les plus expérimentés se retrouvent paradoxalement les moins employables notamment pour des questions de maitrise des coûts salariaux, de mobilité professionnelle/géographique, d’actualisation des connaissances et d’homogénéité des équipes.
Selon les conditions de marché (mais aussi le profil et le bassin d’emploi bien sur), les reconversions d’informaticiens sont fréquentes passé la quarantaine.

LIRE A CE SUJET :
- Seniors [dans l’informatique] : les premiers discriminés sur le marché du travail
- Seniors et diversité : l’informatique encore et toujours bonnet d’âne

En réalité, le profil type du candidat recherché sur notre marché du travail est l’ingénieur informaticien francilien, jeune et expérimenté (mais pas trop non plus). Il est vrai que ce profil n’est généralement pas le plus en difficulté… mais c’est là une vision parisianiste et réductrice de la réalité puisque ce stéréotype ne correspond grosso-modo qu’à 40% des postes.

Dans un contexte de chômage de masse perdurant en France depuis plusieurs dizaines d’années, le mythe des “pénuries de main d’oeuvre” et des “emplois non pourvus” (à ne pas confondre avec les "difficultés de recrutement"…) est un triple fonds de commerce :

- Médiatique :
C’est là, manifestement, l’un des fleurons de la “pensée unique” ! Certains journalistes oublient en effet leur plus élémentaire règle déontologique quand ils n’ont d’oreilles que pour les “sources patronales”…
Or, relayer les "difficultés de recrutement" dans l’informatique sans en rechercher les causes (autres qu’un hypothétique manque de jeunes diplômés), c’est méconnaître les réalités de notre marché du travail, ou plutôt ne pas chercher à les connaître.
Propager le mythe de la "pénurie d’informaticiens" relève d’une véritable indécence qui porte un réel préjudice moral aux chômeurs - parfois de longue durée - de la profession (jusqu’à entrainer certains drames).

- Patronal :
Nos employeurs craignent par dessus tout le plein emploi et ses "difficultés de recrutement" car c’est contraire à la flexibilité, entraine des dépenses de formation (besoins d’adaptation aux postes pour les profils "non calibrés") et favorise la hausse le rattrapage des salaires. Un marché du travail équilibré est forcément un marché de… "pénurie" !
De surcroît, exagérer les “difficultés de recrutement” a toujours été un moyen pour les SSII de légitimer davantage le recours à l’offshore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts… souvent synonymes de dumping social, réduction des coûts oblige !
Autre intérêt (moins critiquable évidemment) : bénéficier des fonds publics - pôle-emploi, collectivités territoriales… - pour former ou adapter des chômeurs à nos métiers (classés dans la liste des métiers prioritaires).

- Politique :
Une aubaine pour les gouvernements car cela permet de détourner l’attention de l’opinion portée sur le chômage de masse et d’exaucer les proches lobbies patronaux en toute légitimité (raisons habituelles de cette proximité : financements des campagnes électorales, carrières post-politiciennes dans le privé, aides aux entreprises, voire parfois corruption…).

Problème : surestimer les besoins en main d’oeuvre sur notre marché du travail (fortement cyclique), démultiplier les filières de formation en informatique (et notamment celles de courte durée pour non-informaticiens), ouvrir totalement (sans contrôles et sans discernement) nos métiers à l’immigration économique, parfois même soutenir implicitement l’offshore… s’avèrent, tôt ou tard, dangereux pour l’emploi dans notre secteur : nous l’avons déjà constaté à deux reprises dans un passé récent suite à une "pénurie d’informaticiens" qui, chaque fois, s’annonçait durable et que les crises ont vite transformée en… sur-effectif d’informaticiens (triplement en 2002-2003 et doublement en 2008-2009 du nombre d’informaticiens au chômage en France).

Conclusion : un marché du travail équilibré, c’est à dire en situation de (quasi) plein-emploi, est nécessairement pour certains, un marché de "pénurie" qui doit être absolument corrigé…
Aussi la question se pose : veut-on vraiment du plein-emploi en France ?


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25 octobre 2011, par Emilie

En même temps, le mot informaticien revêt une grande diversité de métiers. On a tendance à en parler comme d’un unique métier, alors qu’il s’agit d’une branche. Hormis le fait qu’il y n’y ait pas une pyramide des âges qui corresponde à celles d’autres branches (les seniors sont moins nombreux qu’ailleurs), on ne peut les mélanger. Ceux qui font de la 3d, de la maintenance, du développement .Net, de l’AS/400, de la sécu ne sont pas interchangeables. Il est vrai que quand on est informaticien, les gens nous demandent tout et n’importe quoi comme si nos savoirs étaient globaux, mais ce n’est pas vrai, et ce n’est pas vrai non plus pour le demandeur d’emploi ou pour l’offre d’emploi. Le 14% de seniors n’a pas trop de sens, si je puis me permettre. Bien sûr, le dieu en soudure sur plaque (je caricature) n’aura que difficilement du travail et ne sera pas pris, mais le développeur RPG expérimenté sera recherché. Il y a moins d’anciens que dans d’autres métiers, et le chômage nous affecte, les places étant effectivement parfois rares ou géographiquement disparates.

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