Si du fait des conditions de marché, des « sauts de conjoncture », de l’évolution des pratiques commerciales mais aussi du sureffectif d’informaticiens, le modèle SSII n’est plus en mesure AUSSI BIEN de s’adapter à l’évolution du marché QUE d’assurer convenablement une gestion de carrière respectueuse des collaborateurs (c’est le cas pour un grand nombre de ces sociétés qui se comportent exclusivement comme des cabinets de recrutements et de placements en informatique, l’équivalent de sociétés d’intérim, qui ne mènent aucun suivi individuel de leurs collaborateurs et qui choisissent souvent la voie des licenciements abusifs ), on peut se demander si ce modèle est encore viable sur ses bases actuelles aussi bien pour les clients et les informaticiens que pour ces sociétés elles-mêmes ?
C’est ici qu’il faut comparer l’exception française, avec son "surnombre" de SSII, à la situation d’autres pays (tels que les pays anglo-saxons) où la proportion d’indépendants est bien plus importante que chez nous (autour de 30% en Grande Bretagne, 40% aux USA
contre 5% chez nous) et où le nombre de SSII est proportionnellement très inférieur.
Nous constatons dans ces pays que l’emploi et l’investissement informatiques se portent généralement mieux et nous pensons que ce "ressource management" plus favorable aux solos n’y est pas pour rien
Nous pensons que l’intermédiaire SSII est souvent inutile et coûteux dans un nombre important de projets : au-delà de leur rôle commercial et de cette assurance collective que représente l’intercontrat pour les salariés, la plupart des SSII apportent peu trop de valeur ajoutée à leurs clients comme à leurs collaborateurs
Nous pensons également, surtout en période de crise, que l’emploi salarié en SSII peut s’avérer tout aussi précaire que le travail à son compte (=> licenciement abusifs, ruptures abusives de périodes d’essai généralement renouvelées, obligation d’effectuer parfois des missions éloignées ou ne correspondant pas à ses qualifications
etc)
En réalité c’est le marché et non pas le statut qui crée la précarité : il n’y a de ce fait aucune solution idéale !
Tout ceci va dans le sens d’une évolution de l’organisation générale du travail dans notre secteur :
Loin de vouloir remettre en cause l’intérêt du modèle SSII en soi, nous sommes attentifs aux projets du Syntec Informatique pour l’emploi, la formation et la flexibilité dans nos sociétés de services.
Nous pensons parallèlement que le développement de la prestation directe sans intermédiaire est profitable pour le secteur sous certaines conditions.
C’est précisément sur ce 2eme point que nous voulons apporter ici quelques réflexions générales.
Le MUNCI ne prend aucun parti-pris "idéologique" entre le salariat en SSII et le statut des indépendants
notre réflexion porte avant tout sur les moyens de favoriser (et mieux protéger) l’emploi et l’activité dans le secteur qui sont bien évidemment totalement tributaires des investissements des entreprises : à partir de là, et selon des contextes bien particuliers, on peut plébisciter davantage un système plutôt qu’un autre en exposant les avantages et les inconvénients.
Comme cela est précisé dans notre Charte, nous abordons globalement la REFLEXION SUR L’EMPLOI aussi bien sous l’angle de sa PROTECTION (principalement face à la mondialisation) que de son ORGANISATION (différents statuts, flexibilité, nouveaux modes de travail
etc) et de la STIMULATION DE L’ACTIVITE.
Face à la question du chômage de masse et celle de l’évolution de la mondialisation, il n’est PLUS POSSIBLE d’aborder le problème de l’emploi uniquement sur un seul de ces critères (tel que celui de son organisation
) en ignorant les autres (tel que celui de sa protection
) : tous les 3 doivent être pris en compte A PARTS EGALES !
Plusieurs questions se posent à nous :
Peut-on éviter cet intermédiaire (principalement de subordination) que représente la SSII (avec sa marge obligatoire, les salaires élevés de ses directeurs et de ses commerciaux
) ?
Comment répondre et s’organiser face à la réduction des coûts et face aux exigences croissantes de flexibilité du travail dans les services informatiques ? Comment stimuler et favoriser les investissements informatiques des entreprises de manière durable ?
Faudra-t-il en arriver à ce que les informaticiens en France concurrencent par eux-mêmes les prestataires en offshore ?
Une manière de répondre à ces problèmes majeurs pour l’avenir de nos professions peut se trouver dans l’avancement du modèle des indépendants (y compris les petites structures ou TPE
qui ont le souvent commencé par l’activité d’un indépendant) : celui du freelance (quelque soit le statut : SARL, EURL, profession libérale, salarié-indépendant d’une coopérative d’activités
etc) comme celui du portage salarial.
Sous réserve d’améliorer leur protection sociale afin de limiter les risques de précarité.
Nous faisons les constats suivant favorables aux indépendants :
1. Le travail à son compte apparaît en effet comme un moyen d’être hautement compétitif sur les prix de manière comparable à ceux des prestations offshore
et certainement plus intéressante que les SSII !
En effet, un indépendant facture généralement au moins 20%-30% de moins qu’une SSII pour une prestation et un niveau de qualification identique (voir : OFFSHORE : des alternatives...locales !)
Le recours aux indépendants apparaît donc comme la meilleure façon de répondre à la réduction des coûts et de donner aux entreprises (notamment aux PME, forte réserve de croissance pour les services informatiques) ainsi qu’aux administrations les meilleures conditions financières possibles pour libérer leurs investissements informatiques
et rattraper toujours un certain retard de la France dans ce domaine, cela tout en préservant l’emploi local.
Mais nous pensons en parallèle et dans l’intérêt de tous, clients comme prestataires, qu’il est grand temps que l’obsession de la réduction des coûts se "rationalise" elle aussi
2. Autre avantage : une bien meilleure flexibilité en matière de contrats et de conditions de travail (à la fois pour l’indépendant et pour le client)
L’indépendant peut notamment gérer le temps partagé ou le travail à distance (par exemple en télétravail) avec plusieurs clients bien plus facilement que pour les SSII.
Pour les prestations courtes, l’indépendant est forcément la meilleure solution alors que les SSII imposent généralement des durées minima pour les missions. Pour les prestations plus longues en régie, là où le contrat entre le client et l’indépendant peut être souple et adapté, les SSII imposent généralement des contrats de régie avec reconduction trimestrielle, ce qui peut être pénalisant pour le client.
Ces critères - tarifs comme flexibilité - sont particulièrement intéressants pour les PME, d’autant plus que les SSII traditionnelles refusent la plupart du temps de traiter les dossiers en dessous de 30 000 ou 50 000 EUR
De même, beaucoup de SSII refusent de signer avec des clients dont le CA est insuffisant (Cap Gemini par exemple affirme ne signer que très rarement des contrats avec des entreprises qui font -80M� de CA
)
C’est aussi pour ces raisons que les PME ont bien du mal à trouver des offres d’externalisation/infogérance adaptées.
3. Le rééquilibrage progressif des missions au forfait au détriment de la régie devrait par ailleurs profiter au marché des indépendants. Actuellement les contrats de type forfait représentent environ 20%-30% des projets contre 70%-80% pour ceux en régie
4. Le rôle commercial des SSII et plus précisément de la recherche de contrats est de moins en moins justifié avec le développement des places de marchés de prestations informatiques (celles notamment réservées aux indépendants), le rôle similaire d’associations de freelance ainsi que les sociétés de freelance qui ont leur propres commerciaux.
MAIS nous faisons aussi ces constats plus défavorables aux indépendants :
1. En raison de politiques de référencement commercial de plus en plus « draconiennes », les grands comptes et les grandes administrations ignorent le plus souvent les indépendants et les petites structures dès lors qu’un intermédiaire plus important n’est pas signataire du contrat et responsable du projet en MOE/MOA (maîtrise d’�uvre, maîtrise d’ouvrage).
C’est pour cela que les indépendants sont très souvent obligés de passer par des SSII pour des missions chez les clients (on estime que c’est le cas dans la moitié de leurs missions).
Le rôle des intermédiaires (jusqu’à 2 ou 3 parfois entre le client et le consultant !) est ici superflu et ne fait qu’engendrer une diminution des marges
Le verrouillage commercial du marché par les SSII et les excès de la sous-traitance en cascades sont des obstacles majeurs pour les indépendants, espérons que le développement des places de marchés de prestations de services pourra simplifier les choses de ce côté-là, au moins en partie !
2. Les projets font souvent appel à des besoins et des compétences variés, si bien que les clients préfèrent alors faire appel à une grande ou moyenne SSII
plutôt qu’à plusieurs indépendants.
On voit néanmoins apparaître des associations d’indépendants travaillant en mutualisation de compétences (telles les SCIC/SCOP ou sociétés coopératives ouvrières).
3. Les avantages que présentent EN THEORIE les SSII même temps que les risques et inconvénients du statut d’indépendant :
Avantages SSII : l’intercontrat, la gestion des compétences et l’accès à la formation professionnelle (en théorie
), l’évolution de carrière par la classification notamment (en théorie
)
Risques/inconvénients indépendants : précarité financière entre les missions, accès plus difficile à la formation professionnelle
Dans tous les cas, il n’est pas envisageable pour un jeune diplômé, avant d’avoir quelques années d’expérience, de pouvoir se mettre à son compte : c’est bien une des missions actuelles des SSII que de lancer la carrière des débutants en informatique
Enfin, nous pensons que le risque de précarité de ces indépendants peut être fortement limité :
d’une part par le portage salarial :
Le portage salarial permet de transformer des honoraires en salaire et un travailleur indépendant en salarié : un professionnel autonome, le salarié porté, propose à un employeur, la société de portage salarial, de le salarier pour qu’il effectue la mission dont il a négocié le contenu et le prix avec un client. Un professionnel autonome, salarié d’une entreprise de portage (en général CDD), conserve un statut de salarié et donc un régime complet de protection sociale. Il peut aussi être aidé dans sa gestion commerciale et administrative, prise en charge par la société, et peut bénéficier de formations adaptées.)
Il ne s’agirait pas cependant d’abuser du financement des Assedic qui doivent rester une assurance-chômage et non pas devenir un système de paiement à la place des entreprises !
Actuellement, les travailleurs intérimaires perçoivent 2,4 fois plus d’allocations que leurs cotisations ne rapportent au régime paritaire
A noter cependant cette étude sur le portage salarial et les Assedic qui remet en cause certaines idées reçues
d’autre part par un bon taux d’activité dans le secteur, d’ou l’importance quoi qu’il en soit d’une reprise durable des investissements dans les services informatiques.
enfin par un certain nombre de mesures que nous proposons dans l’article Professionnels autonomes, TPE : nos premières propositions
EN CONCLUSION :
Alors que la plupart de nos dirigeants voient la flexibilité toujours à sens unique et tout particulièrement dans notre secteur d’activités (dont il veulent faire visiblement un "laboratoire ultra-libéral" dans le paysage économique français : temps de travail
illimité, licenciements
commodes et souvent abusifs, GRH
inexistante, salaires en berne, délocalisations croissantes, etc.), on peut leur opposer une autre vision de la flexibilité dans les services informatiques avec le recours aux indépendants !
Encore faut-il qu’ils acceptent de leur donner une chance
Extrait de notre Editorial :
Les analyses et les propositions (tout comme la Charte du MUNCI) publiées sur ce site ont été rédigées pour le moment par le Bureau national du MUNCI mais ne sont pas figées pour autant : elles évolueront avec les réflexions de nos adhérents principalement à travers les Commissions de notre Conseil d’Orientations.
Pour l’instant le style "spontané" de nos articles cherche simplement à exprimer le vécu, le sentiment et le point de vue d’un grand nombre d’informaticiens
Aussi le MUNCI ne cherche-t-il pas à rassembler prioritairement sur ses idées et propositions actuelles mais bien sur le projet d’une grande association professionnelle pour notre secteur avec un mode de fonctionnement collégial.






















