Tableau 7 (page 10 ) • Métiers comptant le plus et le moins de seniors de 55 à 64 ans en proportion de leurs effectifs (2009-2011)
=> Les ingénieurs et techniciens de l’informatique (y compris ceux des télécoms, rappelons en effet que la Dares englobe les métiers des télécoms avec ceux de l’informatique) comptent seulement 6% de seniors dans leurs effectifs contre une moyenne générale de 12,3% (qui est déjà l’une des plus faibles des pays de l’OCDE…) : c’est la famille professionnelle (FAP) qui en compte le moins avec quelques autres FAP (Vendeurs ; Ouvriers non qualifiés de la mécanique ; Ouvriers non qualifiés du BTP ; Hôtellerie/restauration ; Caissiers, employés de libre service ; Agents administratifs et commerciaux des transports et du tourisme), juste avant la FAP Armée, police, pompiers…
On constate que les métiers qui comptent le moins de seniors dans leurs effectifs sont tous des métiers pénibles ou à faible qualification… à l’exception notable des métiers IT qui constituent donc la famille de métiers qualifiés ayant le plus faible taux de seniors en France !
A l’instar de quasiment tous les autres secteurs, on note seulement une légère progression de la part des seniors dans nos métiers IT entre 1982-1984 et 2009-2011 (+5%).
Par ailleurs, nous avons écrit au responsable de la publication pour contester cette phrase que l’on trouve en page 10 :
"Les seniors sont rares parmi les ingénieurs et techniciens de l’informatique, secteur où les compétences requises sont relativement récentes."
En réalité, il s’agit moins souvent d’une question de "compétences requises" que d’une question d’âgisme (discrimination sur le critère d’âge) et de salaire, donc de valorisation de l’expérience.
Nous réfutons cet argument selon lequel les "seniors" seraient davantage dépassés ou plus enfermés que les "jeunes" sur une technologie.
Au contraire, pour la plupart d’entre eux, il parait logique que leurs nombreuses expériences les ont enrichis de compétences variées et qu’ils devraient donc bénéficier en théorie d’une plus forte employabilité (a fortiori s’ils ont travaillé en SSII…).
Ce qui n’est évidemment pas le cas des jeunes diplômés dont on sait bien que la formation initiale n’est souvent pas assez professionnalisante dans les filières STIC en France… et pourtant ces derniers rencontrent beaucoup moins de difficultés d’insertion professionnelle que les seniors dans les entreprises du numérique, cherchez l’erreur !
Les principales raisons de la discrimination à l’embauche des seniors dans nos métiers (plus particulièrement dans nos SSII/SICT) sont les suivantes : face aux pressions tarifaires des clients, les marges sont faites principalement sur les jeunes et les plus expérimentés se retrouvent paradoxalement les moins employables pour des questions de “coût salarial”. Autres motifs souvent invoqués : leur “faible mobilité professionnelle ou géographique” , leur "sur-qualification" ou au contraire leur "trop grande spécialisation" ainsi que… le “besoin d’homogénéité des équipes” !
Le modèle socioéconomique de la profession est basé sur jeunisme et non sur la valorisation de l’expérience : 70% des recrutements portent sur des candidats ayant moins de 5 ans d’expérience (source Apec : tableau "Recrutements par niveau d’expérience en 2012") et 70% des offres d’emploi portent sur des métiers techniques (développeurs, administrateurs, ingénieurs S/R, consultants et experts techniques…) qui s’adressent, sans le dire, presque exclusivement à ces jeunes…
On pourrait par contre nous opposer le fait que nos métiers sont relativement jeunes et qu’il est donc logique qu’il y ait moins de seniors.
Il est vrai que les ingénieurs de l’informatique ont connu un doublement de leurs effectifs dans les années 90, passant d’environ 50 000 emplois au début des années 80 à près de 320 000 dans les années récentes. Mais l’explication générationnelle est réellement secondaire dans le faible taux de "seniors IT" en France, en effet :
1. nous constatons que la pyramide des âges s’inverse en fait dès 45 ans dans nos métiers par rapport à l’ensemble du marché du travail (ce qui correspond précisément à la génération des années 90…) : voir le graphique 2 à la page 18 de la fiche M-Informatique et télécommunications du Min. du Travail reproduit ci-dessous. Les plus de 45 ans représentent 24% des effectifs d’informaticiens, contre 39% tous métiers confondus.
| Tranches d’âge | Ingénieurs en informatique (%) | Tous métiers (%) |
|---|---|---|
| Moins de 30 ans | 23 | 20 |
| De 30 à 44 ans | 53 | 41 |
| 45 à 54 ans | 17 | 27 |
| Plus de 55 ans (seniors) | 7 | 12 |
2. Le taux des demandeurs d’emploi de +50ans est de 20% chez les informaticiens contre 16% tous métiers confondus. Mais surtout il est de 62% chez les 30-49ans de l’informatique… contre 48% tous métiers confondus ! Cf. graphique 13 à la page 23 reproduit ci-dessous.
Le fait qu’il soit supérieur chez les 30-49 ans (une statistique plus fine nous montrerait CERTAINEMENT qu’il est en fait plus élevé chez les 40-49 ans et probablement moins élevé chez les 30-39ans…) que chez les +50ans s’explique surtout par le fait que beaucoup de demandeurs d’emploi de +40ans se reconvertissent à d’autres métiers après une longue période de chômage (1/4 des informaticiens au chômage sont des chômeurs de longue durée).
| Tranches d’âge | DE ingénieurs en informatique (%) | DE tous métiers (%) |
|---|---|---|
| Moins de 30 ans | 18 | 36 |
| De 30 à 49 ans | 62 | 48 |
| Plus de 50 ans | 20 | 16 |
3. De nombreux demandeurs d’emploi seniors venant d’autres métiers ne demandent qu’à être formés aux métiers de l’informatique (qui font partie des "métiers en tension" prioritaires pour Pôle emploi dans les formations de reconversion…) , mais nos entreprises n’en veulent pas et préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes recrues…
4. Enfin, si cela n’était qu’une question de générations, alors il n’y aurait pas de différences notoires entre pays avancés… mais le fait est que la proportion de seniors dans l’IT est bien plus importante dans des pays comme les USA, le Canada ou même l’Allemagne et les Pays-Bas que dans notre pays.
Ainsi, le poste de "senior developer" est particulièrement recherché aux USA… en France il est rarissime et l’on devient par contre chef de projet en SSII de plus en plus tôt (…).
Tout ceci ne fait que nuire au professionnalisme de nos métiers, à la réussite des projets et surtout à l’allongement des durées d’activité.
Nous craignons malheureusement que cette situation s’aggrave dans les années à venir en raison de l’externalisation croissante des emplois IT dans les SSII/SICT et de l’impératif croissant de réduction des coûts (salariaux) dans ce secteur.
De nombreux témoignages (sur nos forums) et articles de presse (référencés sur notre site) illustrent malheureusement très bien les phénomènes de l’âgisme et du jeunisme dans les métiers de l’informatique depuis de longues années.
Lire à ce sujet :
Seniors, âgisme
Jeunisme
Seniors [dans l’informatique] : les premiers discriminés sur le marché du travail
Prise d’otage Pole-emploi : communiqué du MUNCI (chomage des informaticiens, seniors)
Et pour aller plus loin : Seniors et diversité : l’informatique encore et toujours bonnet d’âne
PS : Revue de presse :



















