Le turnover est le taux de rotation du personnel dans les sociétés. Il traduit donc la fluidité du marché du travail dans un secteur donné mais aussi la capacité des sociétés à fidéliser leurs salariés.
Les enquêtes "Panel Entreprise" et surtout Mobilité professionnelle des cadres (effectuées annuellement par l’Apec) nous apportent les éléments suivants :
Le taux de turnover moyen dans le secteur des services informatiques s’est élevé à plus de 10% en 2009 (après 15% en 2008 (p.23 du pdf), 13% en 2007, 16% en 2006, 15% en 2005, 14% en 2004 … ou encore 18% en 2001) : c’est le taux RECORD parmi tous les secteurs d’activité étudiés par l’Apec et environ le DOUBLE du taux moyen tous secteurs confondus qui est de 5.7% en 2009 (voir page 18) (après 7.2% en 2008) !!!
En réalité, s’il se situe en moyenne autour de 15%, ce taux varie fortement selon le type de SSII : entre 5 et 10% dans les "vraies" sociétés d’expertise les mieux cotées, jusqu’à 30-40% dans les "usines à régie" les plus décriées…
Mis à part l’hôtellerie et la restauration, il n’y a bien que les services informatiques pour connaître pareils roulements de personnel !
Dès lors, on comprend mieux la très forte disproportion entre les recrutements "bruts" et les créations d’emplois "nettes" dans le secteur des services informatiques, avec 75% à 85% de remplacements de personnel pour seulement 15 à 25% de créations d’emploi nettes selon les années.
Les plans de recrutement "gonflés" de certaines SSII ne doivent pas faire illusion et doivent même inciter les candidats à la prudence quand ils sont de toute évidence disproportionnés (en règle générale >25%) par rapport aux effectifs de la société : en effet, ceci cache très souvent un turnover anormalement élevé… et donc des problèmes importants de maintien de l’emploi au sein de la société.
Même problème d’ailleurs avec le surnombre fictif des offres d’emploi dans le secteur, lire à ce sujet : De l’illusion des “offres d’emploi non pourvues”… à l’illégalité des “recrutements bidons”.
A noter que certaines études affichent par contre des taux de turnover très inférieurs à la réalité (cf. Oberthur notamment…).
Ce turnover record dans le secteur dénote avant tout les difficultés de fidélisation des salariés en SSII (qui pratiquent entre elles, sans vergogne, le débauchage des collaborateurs en mission…).
Il s’explique tant par l’opportunisme des informaticiens (nouveau poste plus gratifiant, meilleure rémunération, embauche par le client…) que par les problèmes souvent rencontrés dans nos sociétés :
stagnation du salaire (à lire) : le changement de société est souvent le seul moyen de faire grimper sa rémunération en SSII…
évolution de carrière bloquée ou non désirée : missions démotivantes ou inadaptées aux compétences (sans formation d’adaptation), missions en régie qui s’éternisent ou à faible valeur ajoutée ("intérim de luxe")…
problèmes de GRH et de management (entourloupes fréquentes au droit du travail, mauvaise reconnaissance au travail, manager incompétent…)
conditions de travail difficiles (stress élevé, pression morale… à lire)
mobilité géographique excessive ou non désirée (conciliation difficile entre vie privée et vie professionnelle)
absence de formations et de gestion des compétences
intercontrat "oisif" qui se prolonge
…etc etc etc
Rappelons par ailleurs que les départs forcés (licenciements individuels et ruptures conventionnelles), particulièrement nombreux dans le secteur, sont également pris en compte dans le calcul du turnover (à lire) contrairement au discours des SSII qui restreint le turnover aux seules démissions (et pour cause…).
Selon les chiffres 2009 de la DARES, le turnover chez les ingénieurs informaticiens s’explique d’ailleurs moins par les démissions (42% des fins de contrats) que par les départs forcés (licenciements, ruptures conventionnelles, fins de période d’essai… 35% des fins de contrats) avec les autres types de fins de contrats (fins de CDD et autres sorties… 20% des fins de contrats).
Enfin, ce turnover record s’ajoute à la longue liste des records déjà établis par le secteur des services informatiques… et quels records : record du jeunisme et du plus faible taux d’emploi des seniors, record des offres d’emploi "fictives" et des recrutements abandonnés (lien 1 et lien 2), record du taux de syndicalisation le plus faible…etc
Et bientôt : record du nombre d’emplois délocalisés (offshore) ?
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