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Bonjour, Nous avons rajouté des réponses supplémentaires dans le texte. Cdlt.


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MOTS-CLES

Wipro (Bangalore) ou la face cachée de l’offshore en Inde
Rubrique : ACTUS, INFOS > Délocalisations, Offshore informatique > Offshore en Inde
Mots-clés : Industrialisation des services / Offshore et conditions de travail / Offshore indien / Wipro
Publié le 5 mars 2007
Nombre de visiteurs uniques : 3493


Cet excellent reportage de Capital (M6) sur la SSII indienne Wipro (une des plus importantes au monde), tournée dans les bureaux de Bangalore, apporte un éclairage nouveau sur l’offshore en Inde.

Rappelons tout d’abord que selon la NASSCOM (le Syntec Informatique indien), 70 à 80% des informaticiens indiens travaillent dans le cadre de projets offshore (ce qui, entre parenthèses, se fait au détriment de la modernisation de leur propre pays…)

Ceci est particulièrement vrai pour les plus grandes SSII indiennes, telle Wipro qui multiplie ses implantations dans le monde.

Ce reportage de M6, sur le thème "Entreprises : espionnage, discrimination et privilèges" (sujet "Inde : des entreprises de rêve ?"), met très bien en évidence la forte pression permanente qui pèse sur les informaticiens et managers indiens de Wipro, et ce par différents mécanismes :

- Les salariés sont mis en compétition les uns contre les autres pour leur promotion dans la société (c’est à celui qui obtiendra le plus grand nombre de gratifications…)

- Leur travail est totalement découpé en unités de tâches, avec un temps imparti pour chacune d’entre elles. Un superviseur suit continuellement l’évolution de ces tâches à partir d’un tableau de bord, les 10% de salariés les moins performants étant observés de plus près…

- De façon plus générale, la pression est tellement forte que de nombreux salariés sont obligés de pratiquer des exercices de relaxation, du yoga, de la gym…etc (dans les locaux mêmes de la société !)

Le journaliste nous apprend que 1 salarié sur 6 démissionne chaque année de Wipro en raison de cette pression (mais ce turnover s’explique aussi probablement par des raisons plus classiques comme le débauchage pour un meilleur salaire ou une promotion…)


COMMENTAIRES :

Ce reportage stigmatise l’approche hyper-tayloriste et étroitement surveillée du travail des informaticiens indiens de "l’usine à soft" Wipro.
C’est aussi un bon exemple des répercussions professionnelles que peut avoir une industrialisation des services un peu trop poussée…
En effet, les indicateurs d’accomplissement de tâches, vus dans le reportage, sont directement issus du fameux modèle CMMI de certification des processus (dit aussi référentiel de "bonnes pratiques"…) dont Wipro est certifié au niveau 5, le plus élevé.
Cette volonté de maitriser l’intervention humaine à grands coups de prescription, de contrôle et d’évaluation est au cour d’un mal-être grandissant dans le monde du travail. Le stress et la peur se répandent : stress lié à la pression accrue sur le travail, aux flux d’activités, stress de l’évaluation, peur de ne pas atteindre ses objectifs, peur d’être en dessous des moyennes, peur d’avoir dérogé à la prescription, bref peur de passer pour un maillon faible et de perdre son emploi.

Par conséquent, gardons à l’esprit que :

1) si l’offshore progresse en Inde et dans le monde, ce n’est pas du seulement aux différences de coûts mais aussi aux différences de conditions de travail ou de protection sociale… (la pression est d’autant plus forte en Inde qu’il n’existe pas d’assurance chômage)

2) à l’heure de l’industrialisation des services (avec ses indicateurs, SLA (accords sur la qualité de service), certifications et référentiels en tous genres où réduction des coûts, normes de qualité et respect des délais font souvent mauvais ménage…), cette évolution pourrait bien préfigurer celle des services informatiques de demain dans nos propres sociétés (si ce n’est pas déjà le cas dans certaines).

Alors que le stress professionnel est une véritable maladie (qui tue en France, nous l’avons vu récemment), les informaticiens risquent bien d’être soumis à des pressions toujours plus fortes dans les années à venir, tout particulièrement dans les services. D’où l’importance d’avoir des syndicats puissants, de bien faire respecter ses droits et surtout de ne pas hésiter à frapper à la porte du CHSCT voire de la médecine du travail en cas de pression trop forte.


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