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Taux de chômage des informaticiens : la tromperie du Syntec Numérique
Rubrique : > DOSSIERS, POSITIONS > Emploi, marché du Travail
Mot(s)-clé(s) : Chiffres emploi informatique / Syntec (Numérique)
Publié le 10 mars 2007, mis à jour le 17 novembre 2011
Nombre de visiteurs uniques : 15369


Depuis plusieurs années, le Syntec Numérique (tout comme l’association Pascaline qui en dépend) entretient l’illusion d’un taux de chômage dans le secteur informatique qui se situerait à un niveau plancher (dit également "frictionnel") compris entre 2% et 4%. En réalité, ce taux provient de calculs fantaisistes qui sous-estiment le niveau réel du chômage dans la profession.

MAJ 17.11.2011 :
Guy MAMOU-MANI, Président du Syntec Numérique, a de nouveau évoqué le chiffre fantaisiste de 3% de taux de chômage dans nos professions lors de la conférence de presse du 17.11.2011. Voir ci-dessous.
Même chose dans l’émission GOOD MORNING BUSINESS sur BFM Radio le 06 avril 2011.

 Deux pirouettes pour une même tromperie

Il existe deux vices de calcul qui aboutissent chacun au même résultat erroné :

- 1. le "chômage de Branche"

Dans cette version défendue par le Syntec Numérique de 2007 à 2010, le (pseudo) taux de chômage du secteur est établi à partir du nombre de demandeurs d’emploi en informatique dont le dernier employeur était une entreprise de la Branche "Logiciel, Conseil & Services informatiques" (soit entre 6000 et 8000 demandeurs d’emploi d’après les informations qui auraient été communiquées par Pôle-emploi) rapporté aux effectifs complets de la Branche.
En établissant ainsi une distinction pour le moins surprenante entre les informaticiens au chômage issus de la Branche "Logiciel, Conseil & Services Informatiques"… et les informaticiens au chômage issus d’autres sociétés, le Syntec Numérique a fait fort : il a inventé… le "chômage de branche" !

Mais ce calcul n’est ABSOLUMENT PAS SÉRIEUX du fait que :
- un demandeur d’emploi est identifié par un code ROME qui correspond non pas au secteur de sa précédente entreprise mais à sa qualification et (surtout) au poste recherché
- les jeunes diplômés (primo-demandeurs d’emploi) ne sont donc pas pris en compte pas plus que les chômeurs provenant d’autres secteurs et reconvertis à l’informatique
Ils le sont bien par contre dans le seul calcul valable du taux de chômage de la profession qui prend, lui, en considération L’ENSEMBLE des demandeurs d’emploi en informatique (cf. plus bas).

De surcroît, il semble que la base prise en compte par le Syntec Numérique soit celle de l’ensemble des (365 000) salariés de la branche (informaticiens… mais aussi administratifs, managers, commerciaux, cadres RH qui représentent environ 20% à 30% des effectifs de la branche), alors que les demandeurs d’emplois en question sont, quant à eux, les seuls informaticiens !

Enfin, nous sommes sceptiques sur la fiabilité même des chiffres prétendument communiqués au Syntec par le Pôle-emploi.
En effet, dans notre article Chiffres des fins de contrat (licenciements, ruptures conventionnelles...) dans les services informatiques (SSII, éditeurs...), nous constatons qu’il y a chaque année environ 17 000 nouveaux demandeurs d’emplois indemnisés par les Assedic provenant des sociétés de code NAF 72… ce qui donne un pourcentage (taux de chômage) d’environ 5% par rapport aux effectifs de la branche.

A noter que ce chiffre fantaisiste est colporté également par l’association Pascaline, une association fondée par le Syntec Numérique pour promouvoir la coopération entre les établissements d’enseignement et les professionnels dans les STIC (et qui, au passage, favorise largement la promotion des SSII auprès des étudiants…) : voir le paragraphe "le chômage dans les STIC", pages 16-17, de ce rapport.


- 2. la surévaluation des effectifs de la profession

Le taux de chômage dans la profession est calculé à partir du nombre de demandeurs d’emploi en "Systèmes d’information et de communication" (chiffre fourni chaque mois par la Dares dans le fichier excel des "séries nationales mensuelles brutes" (onglet Métier_V3_ABC) et que personne ne conteste) rapporté au nombre total d’informaticiens salariés et demandeurs d’emploi en France.
Ce dernier est communiqué tous les 3 mois par la Dares dans l’étude "Dares Indicateurs - Tensions sur le marché du travail" à partir des enquêtes Emploi Insee.
Il se situe (au 2eme trimestre 2011) autour de 530 000 informaticiens salariés et demandeurs d’emploi.
Seulement voilà, ce chiffre est jugé insuffisant par le Syntec Numérique qui cherche à le surévaluer significativement par deux approches différentes (et donc faire baisser le taux de chômage de la profession par la même occasion…) :

- La 1ere approche consiste à rajouter les indépendants et les informaticiens de la fonction publique.
Mais là aussi, ce calcul n’est ABSOLUMENT PAS SÉRIEUX du fait que :
. les indépendants de la profession (35 000 environ) ne doivent PAS être pris en compte dans le calcul du chômage puisqu’ils ne sont pas inscrits et ne cotisent pas à Pôle-emploi (qui plus est, personne ne connait leur taux d’activité…)
. idem pour les informaticiens fonctionnaires (qui, selon le Syntec numérique, seraient pris en compte par l’Insee dans la FAP des "agents administratifs" et non pas dans celle des informaticiens, CE QUI RESTE A VÉRIFIER…) car, tout comme les freelance, ces salariés du public ne sont pas inscrits et ne cotisent pas à Pôle-emploi
Par conséquent, il est évident que SEULS les informaticiens salariés et demandeurs d’emploi du secteur privé doivent être pris en compte dans le calcul du taux de chômage du secteur.

- La 2nde approche est nettement plus excentrique, elle a été entendue notamment lors de la conférence de presse du 17.11.2011 et consiste à dire "qu’il y a 400 000 informaticiens dans la branche des services informatiques, à peu près autant chez les clients et donc que les effectifs d’informaticiens en France s’élèvent à 800 000 environ" (… rien que çà !)
Là encore, ce calcul n’est ABSOLUMENT PAS SÉRIEUX :
. primo, il est faux de dire qu’il y a "400 000 informaticiens" dans les services informatiques : en effet, selon cette étude récente de l’Apec, le secteur totalise 282 200 salariés (cadres et non-cadres) exerçant une fonction dans l’informatique (les autres, environ 84 000, exerçant des fonctions managériales, commerciales, admininistratives…etc)
. secundo, selon la même étude pré-citée de l’Apec, il y aurait environ 391 000 salariés (cadres et non cadres) exerçant en France une fonction dans l’informatique : on est donc bien loin des chiffres du Syntec Numérique qui prétend pourtant s’appuyer sur l’Apec pour "avoir des repères chiffrés"…
. tertio, l’association Pascaline (qui dépend pourtant du Syntec Numérique !) évalue à "539 244 le nombre d’ingénieurs et techniciens reconnus comme exerçant un métier centré sur l’informatique (dont respectivement 171 837 et 55 915 travaillent dans le secteur Logiciels et Services)" à la page 11 de ce rapport. Un chiffre crédible qui rejoint d’ailleurs celui de l’Insee.
On le trouve également dans cette récente étude de la Dares sur l’emploi informatique : Métiers en 2010 : focus sur l’informatique (étude Dares).



Malheureusement, certains médias colportent le chiffre biaisé du Syntec Numérique sans discernement et surtout sans prendre en considération les statistiques publiques (Dares/Insee) qui concernent bien l’ensemble de la profession.

On notera également qu’à ce jour aucun des syndicats historiques de la Branche Syntec-Cicf n’a réagi à ce chiffre fantaisiste… ni d’ailleurs pris position sur le chômage des informaticiens en France.

Rétablissons les faits : selon les chiffres de la Dares, on dénombre fin 2010 entre 26 300 demandeurs d’emploi en informatique (cat.A) et 32 700 (cat. ABC), soit un taux de chômage moyen de la profession compris entre 5,1% (cat.A) et 6.3% (cat.ABC).

 A qui profite le "crime" ?

Dans un contexte de chômage de masse perdurant en France depuis plusieurs dizaines d’années, le mythe des “pénuries de main d’oeuvre” et des “emplois non pourvus” (à ne pas confondre avec les "difficultés de recrutement"…) est un triple fonds de commerce :

- Médiatique :
C’est là, manifestement, l’un des fleurons de la “pensée unique” ! Certains journalistes oublient en effet leur plus élémentaire règle déontologique quand ils n’ont d’oreilles que pour les “sources patronales”…
Or, relayer les "difficultés de recrutement" dans l’informatique sans en rechercher les causes (autres qu’un hypothétique manque de jeunes diplômés), c’est méconnaître les réalités de notre marché du travail, ou plutôt ne pas chercher à les connaître.
Propager le mythe de la "pénurie d’informaticiens" relève d’une véritable indécence qui porte un réel préjudice moral aux chômeurs - parfois de longue durée - de la profession (jusqu’à entrainer certains drames).

- Patronal :
Nos employeurs craignent par dessus tout le plein emploi et ses "difficultés de recrutement" car c’est contraire à la flexibilité, entraine des dépenses de formation (besoins d’adaptation aux postes pour les profils "non calibrés") et favorise la hausse le rattrapage des salaires. Un marché du travail équilibré est forcément un marché de… "pénurie" !
De surcroît, exagérer les “difficultés de recrutement” a toujours été un moyen pour les SSII de légitimer davantage le recours à l’offshore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts… souvent synonymes de dumping social, réduction des coûts oblige !
Autre intérêt (moins critiquable évidemment) : bénéficier des fonds publics - pôle-emploi, collectivités territoriales… - pour former ou adapter des chômeurs à nos métiers (classés dans la liste des métiers prioritaires).

- Politique :
Une aubaine pour les gouvernements car cela permet de détourner l’attention de l’opinion portée sur le chômage de masse et d’exaucer les proches lobbies patronaux en toute légitimité (raisons habituelles de cette proximité : financements des campagnes électorales, carrières post-politiciennes dans le privé, aides aux entreprises, voire parfois corruption…).

Problème : surestimer les besoins en main d’oeuvre sur notre marché du travail (fortement cyclique), démultiplier les filières de formation en informatique (et notamment celles de courte durée pour non-informaticiens), ouvrir totalement (sans contrôles et sans discernement) nos métiers à l’immigration économique, parfois même soutenir implicitement l’offshore… s’avèrent, tôt ou tard, dangereux pour l’emploi dans notre secteur : nous l’avons déjà constaté à deux reprises dans un passé récent suite à une "pénurie d’informaticiens" qui, chaque fois, s’annonçait durable et que les crises ont vite transformée en… sur-effectif d’informaticiens (triplement en 2002-2003 et doublement en 2008-2009 du nombre d’informaticiens au chômage en France).

Conclusion : un marché du travail équilibré, c’est à dire en situation de (quasi) plein-emploi, est nécessairement pour certains, un marché de "pénurie" qui doit être absolument corrigé…
Aussi la question se pose : veut-on vraiment du plein-emploi en France ?



Revue de presse :
- [Presse] Informaticiens : des recrutements, mais aussi du chômage (ZDnet, 02.11.2011)
- Le chômage s’aggrave chez les informaticiens français (ZDnet, 29.06.2009)
- Les chiffres du chômage des informaticiens sont-ils réalistes ? (JDNet, 07.04.2008)
- Pour le Syntec, logiciels et services sont en pleine croissance (01net, 11.10/2007)


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